4. « Exposition du système du monde »
Au fur et à mesure de la découverte de corrections à apporter à une conception simpliste de l'ordre de l'Univers, nul ne s'était hasardé au xviiie siècle à reprendre le projet d'une explication générale, cher aux auteurs du siècle précédent. Tandis que l'attraction newtonienne s'imposait à l'opinion savante, le problème de la stabilité d'un univers soumis à cette attraction apparaissait difficile, sinon paradoxal. Divers auteurs avaient été amenés à imaginer des actions compensatrices, soit en compliquant la loi des actions entre deux points matériels (Rudjer Josip Bošković), soit en introduisant la résistance d'un fluide, l'éther, baignant tous les corps célestes.
Laplace rend compte de la stabilité de l'Univers sans faire appel à aucune de ces hypothèses, en utilisant les compensations que les mouvements de rotation permettent par l'intervention de forces centrifuges dans la lutte contre les tendances à la concentration que les attractions devraient normalement entraîner.
Mais il ne lui suffit pas de comprendre mathématiquement comment l'attraction est compatible avec la stabilité des distances entre les astres, il veut encore saisir une explication de ce phénomène singulier que constitue le mouvement des planètes et de leurs satellites, dans le même sens, à peu près dans un même plan et dans des orbes presque circulaires.
C'est alors que Laplace, s'inspirant des observations de William Herschel sur un grand nombre de nébuleuses lointaines, élabore une hypothèse générale appelée à une grande célébrité : tous les corps de l'Univers se seraient formés au sein d'une nébuleuse primitive, extrêmement diffuse et chaude, sous l'effet conjugué du refroidissement et de la condensation. Les figures stables que les lois de la mécanique permettent de prévoir pour les rassemblements de molécules sous ce double effet sont, comme le montre Laplace, des anneaux en rotation autour de leur axe, eux-mêmes susceptibles de participer comme éléments à des […]
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