3. L'existentialisme en procès
La dernière pensée de Maurice Merleau-Ponty, notamment dans Le Visible et l'Invisible (1904) et les Résumés de cours (1968), voudrait faire sentir quelque chose qui est situé au-delà de la philosophie, même si cette dernière se présente sous forme d'une phénoménologie. Merleau-Ponty cherche à s'évader de la représentation. C'est à la peinture qu'il recourt de préférence pour nous donner le sentiment que profondeur, couleur, forme, ligne, mouvement, contour, physionomie sont des rameaux de l'Être, que chacun de ces éléments appelle l'autre, qu'ils sont pris dans une histoire, dans une temporalité profonde. Il fait alors appel à Klee, après en avoir référé à Vinci : « Je suis insaisissable dans l'immanence. »
Pour compléter sa réflexion, il pense qu'il faudrait s'adresser à la physiologie et à la biologie et faire apparaître, derrière ce qui est, ce qui est possible. Il estime encore qu'il existe une indivision antérieure à la réflexion qu'on doit rechercher. De multiples manières, il faut cheminer au-delà du cogito. Sartre avait parlé du cogito tacite. C'est vers un silence qui n'est même plus pensé que nous allons en suivant les indications de Merleau-Ponty.
La phénoménologie avait été conçue par Husserl comme une philosophie des essences ; Sartre et Merleau-Ponty ont tenté de faire ce que le premier a appelé une ontologie phénoménologique, et, apparemment, cette ontologie phénoménologique débouche sur des phénomènes insaisissables pour la représentation, mais qui nous mettent, par cela même, au sein de l'existence.
Dans Le Visible et l'Invisible, Merleau-Ponty dégage cette surréflexion qui nous fait saisir les liens organiques de la perception et de la chose perçue et qui tente d'exprimer « notre contact muet avec les choses, quand elles ne sont pas encore des choses dites ». Il y a un point où l'on est tout près à la fois de Bergson et de Husserl. Merleau-Ponty décèle cette présence du monde entier à nous-mêmes à partir de la perception. On […]
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