Malgré l'intérêt incessant qu'a suscité l'étude de la perception tout au long de l'histoire de la philosophie occidentale et malgré l'énorme contribution, sur ce sujet, de la psychologie depuis l'époque où celle-ci a tenté de se définir comme science, ce topique constitue, par excellence, un domaine qui résiste à la fois à l'observation concrète et à l'analyse abstraite. Le malaise que provoque tout exposé traitant de la perception comme d'un en-soi trouve son origine dans le fait qu'elle ne saurait être distinguée du sujet percevant. On a d'abord pensé résoudre le problème de cette indissociabilité en ramenant la perception à la sensation ; ce modèle physiologique intuitif de la psychologie naissante permettait, en effet, d'établir une distance entre un résultat obligé et un fonctionnement supposé et de donner ainsi l'apparence d'une objectivation. Procédé commode sans doute, mais qui ne pouvait permettre de démasquer le caractère intuitif voilé par l'appareil et les méthodes de la métrologie. Procédé trompeur, parce qu'il dispensait d'affronter le principe de relativité que l'existence même du sujet introduit dans tout traitement psychologique du vécu. Ainsi s'est produite une […]
