Retraçant en 1969, dans un livre sur les avant-gardes publié avec Pierre Cabanne, l'histoire du Nouveau Réalisme, mouvement artistique dont il avait été le théoricien et le promoteur, le critique d'art Pierre Restany relevait que le « pouvoir coagulateur » de cette expression, autour de laquelle se constitua, en 1960, un collectif d'artistes aux styles fort disparates, ne reposait sur aucun consensus esthétique. Les artistes en question, cooptés en raison de leur capacité à promouvoir un « réel perçu en soi et non à travers le prisme de la transcription conceptuelle ou imaginative », avaient dû réfléchir à ce qui justifierait leur cohésion. « Qu'est-ce que le Nouveau Réalisme ? » fut l'unique objet de leur débat.
L'éclatement des cadres traditionnels de l'art, en pleine accélération depuis la fin des années 1950, appelait, sinon la redéfinition de ce dernier, du moins une réévaluation de sa situation dans le champ des activités humaines. Le Nouveau Réalisme, dont les activités collectives cesseront pourtant dès 1963, eut à cet égard un impact important durant toute la décennie. Non pas tant en raison de l'originalité – somme toute relative – des propositions théoriques de Pierre Restany, qu'en raison du choix des artistes (Arman, César, François Dufrêne, Raymond Hains, Yves Klein, Martial Raysse, Mimmo Rotella, Daniel Spoerri et Jacques de La Villeglé) qu'il avait invités à participer à cette aventure. Un choix associant des démarches individuelles fortes, déjà affirmées, et dont le rassemblement sous la bannière du Nouveau Réalisme n'atténuait en rien l'irréductible diversité. Un choix qui prenait acte toutefois d'une commune « appropriation » du réel, selon des modalités que Restany qualifiera, pour souligner à la fois leur caractère procédural et leur expansion potentielle (« l'imprégnation par la couleur pure chez Yves Klein, l'animation mécanique chez Tinguely, la sélection de l'affiche lacérée chez Hains »), de phénomène d'expression « quantitatif ». Un choix enfin qui, […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



