L'artiste italien Mimmo Rotella fut l'un des premiers à emprunter son vocabulaire formel aux matériaux issus du paysage urbain, et en particulier aux affiches publicitaires, qu'il récupère et détourne en les lacérant. Pierre Restany évoque « ce puissant instinct analytique qui le pousse à souligner le moindre effet-choc dans le champ du quotidien urbain et qui fait de lui le grand donneur à voir de la peau des murs de nos villes ».
Né le 7 octobre 1918 à Catanzaro, en Calabre, Mimmo Rotella étudie l'art à Naples. En 1945, il réalise un ensemble de peintures abstraites. Dans le même temps, il compose et récite des poèmes phonétiques. Cette pratique, qu'il qualifie de « langage épistaltique », restera l'un des temps forts de son activité. « La voix, dit-il, ne doit pas se limiter à la monotonie du langage articulé. Elle est une source inépuisable d'instruments musicaux naturels. »
C'est à Rome, en 1953, que Rotella arrache ses premières affiches. Affiches politiques, affiches publicitaires, affiches de cinéma vont servir de base à une technique qui fonctionne en deux temps : un arrachage sur le lieu d'origine, suivi d'un report sur toile, puis d'une deuxième lacération. Alliant étroitement destruction, détournement et mystification d'une certaine réalité, l'artiste reconstitue une image autre, dont il organise la composition selon une formulation abstraite, dictée par les effets de matière et de couleur. Ces Affiches lacérées seront exposées régulièrement à la Galleria del Naviglio de Milan. À partir de l958, Rotella abandonne l'apparence abstraite de ses œuvres, pour porter un intérêt croissant à l'iconographie de son matériau. En laissant apparaître progressivement des détails figuratifs, il affirme la valeur de l'image en tant qu'élément objectif de la réalité contemporaine.
À la même époque, Rotella fréquente à Paris le groupe des Nouveaux Réalistes que Pierre Restany vient de fonder, et en particulier les affichistes Raymond Hains, Jacques de la Villeglé et François Dufrêne, dont les investigations […]
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