Cosignataire en 1960 de la déclaration constitutive du Nouveau Réalisme, Martial Raysse s'en désolidarise très vite pour entamer un cheminement totalement autonome en perpétuelle évolution. À partir de l'élaboration d'une théorie de la vision, de la mise à distance du monde de l'art à travers une attention particulière portée à la nature et à l'art des musées, il oriente au fil des années son œuvre vers une pratique que l'on est tenté de qualifier d'académique, au sens propre du terme, c'est-à-dire « en tant qu'observation étroite de la tradition ».
1. La couleur dans l'objet
Né en 1936 à Golfe-Juan (Vallauris), Martial Raysse cherche sa voie entre écriture et peinture pour opter définitivement en faveur de cette dernière à l'âge de dix-neuf ans. « Je voulais être écrivain. Mais je me suis aperçu qu'il y avait un phénomène tragique, celui de la communication des langages... Cela m'a conduit à chercher un au-delà des mots... L'au-delà des mots c'est la peinture, le langage visuel. Voilà comment j'ai commencé à peindre. » Après quelques essais de poèmes-objets, de tableaux abstraits et de mobiles, il réalise, à partir de 1959, des assemblages de produits manufacturés liés à la société de consommation. Il affirme alors : « ce qui m'intéresse c'est la profusion colorée de l'article en série », et il ajoute, « les Prisunic sont les musées de l'art moderne ». Dans le même temps, il élabore la vision d'un monde neuf aseptisé et pur qu'il nomme « Hygiène de la vision », assemblant des échantillons de boîtes de produits d'entretien ou encore des bouteilles et des objets en plastique de toutes sortes qu'il titre Supermarché magie multicolore (1960, Musée de Toulon).
À la même époque, avec ses amis niçois Arman et Yves Klein, il est introduit auprès du groupe des nouveaux réalistes et de Pierre Restany, dont il devait se séparer trois ans plus tard. Réagissant contre l'utilisation que font ses amis du déchet industriel ou de l'objet de rebut, les œuvres de Martial Raysse n'ont que peu à voir […]
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