« Anarchiste discipliné », comme l'a surnommé Bernard Heidsieck, François Dufrêne fut « le premier au monde, en tant que poète », en 1953, à utiliser le magnétophone comme « stylo vocal » pour enregistrer directement des poèmes phonétiques : les « crirythmes ». La spontanéité d'improvisation de ces cris, de ces bruits de gorge et de langue, y atteint le point culminant du paroxysme. En tant qu'artiste plasticien, il a révélé, à partir de 1957, avec ses « dessous d'affiches », un œil de peintre attentif aux plus grandes subtilités de la couleur. Exposés à la première biennale de Paris de 1959, ils suscitèrent l'enthousiasme des poètes et des critiques d'art d'avant-garde, qui les jugèrent « dignes de Marcel Duchamp », et l'intérêt d'André Malraux, qui les compara à des « vestiges hittites ». Double activité qui a permis à ce fonctionnaire du ministère des Travaux publics, où il était chargé de la programmation des autoroutes, d'accomplir une « révolution du regard » comparable à celle des pionniers de l'avant-garde, qu'il admirait : Kurt Schwitters, par exemple, lui aussi peintre et poète phonétique.
Ayant participé, dès l'âge de seize ans, au mouvement lettriste, et cela j […]
