Découpant le métal en parfait artisan, assemblant sans ordre apparent les objets les plus divers qui manifestent inlassablement leur tapageuse et bruyante existence, créant par d'incessantes combinaisons les formes animées de ses superbes machines en perpétuel devenir, et cela jusqu'à l'anéantissement, Jean Tinguely a élaboré une des œuvres de sculpteur les plus personnelles de notre époque.
1. Des sculptures-machines
Né à Fribourg, en Suisse, en 1925, Jean Tinguely s'inscrit à l'École des beaux-arts de Bâle, découvre Schwitters et Klee et se passionne pour le Bauhaus et pour les constructivistes. Installé en France à partir de 1953 avec sa femme, Eva Aeppli, il réalise ses premières machines mobiles ironiques et absurdes qui marquent le début de sa carrière artistique : machines bringuebalantes en fil de fer (« Moulins à prières », 1954) et tableaux-reliefs où sur un fond noir des formes blanches inspirées de l'abstraction géométrique tournent lentement (« Méta-Malevitch », 1954). Il pratique alors, dit-il, « la peinture abstraite d'une manière désespérée », avant d'en finir, quelques années plus tard, une fois pour toutes avec la peinture et l'abstraction en créant ses Méta-matics, machines à dessiner automatiques, animées par un moteur à explosion. Le célèbre Méta-matic 17, qui fut en 1959 la vedette de la première biennale de Paris, est conservé au musée d'Art moderne de Stockholm où il fonctionne une fois par semaine. En 1960, l'artiste participe avec Yves Klein à la fondation du groupe des Nouveaux Réalistes.
Hostile à la fixité de l'œuvre d'art, hostile à l’immortalité que lui confère la consécration du musée, Tinguely, allant jusqu'à l'extrême de sa démarche, celle qui, partant de la vie et du mouvement, aboutit à la destruction et à la mort, a présenté en 1960, dans la cour du Museum of Modern Art de New York, Hommage à New York, machine-happening autodestructrice faite d'un assemblage de ferraille, de roues de vélos et d'objets de toute sorte, qui après trente minutes de mouvements imprév […]
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