Philosophe du droit, historien de la pensée politique, théoricien social, éditorialiste, Norberto Bobbio est l'auteur d'une œuvre considérable, peu systématique, faite essentiellement d'essais, de travaux universitaires, d'articles érudits, d'éditoriaux, d'interventions dans les débats politiques et culturels les plus importants de la péninsule. Tous ces écrits sont fondés sur les distinctions faits/valeurs, être/devoir être, sensations/émotions, idéaux/réalité. Tous évitent les synthèses et privilégient les analyses, les distinctions, les doutes. Ils couvrent essentiellement quatre domaines : la philosophie du droit, l'histoire des doctrines politiques et sociales, l'histoire de la culture et la philosophie de la politique.
1. Le droit est un langage
Né à Turin le 18 octobre 1909 dans une famille de la bonne bourgeoisie piémontaise, Norberto Bobbio, après une licence en droit, obtient, en 1933, un doctorat en philosophie avec une thèse sur la phénoménologie de Husserl. En 1935, il est inscrit sur les listes d'aptitudes à l'enseignement universitaire de la philosophie du droit et commence sa carrière à l'université de Camerino. Professeur des universités en 1938, il enseignera tout d'abord à Sienne et, dès 1940, à la faculté de droit de l'université de Padoue. S'étant engagé dans des activités de propagande antifasciste, le 6 décembre 1943 il est arrêté par la milice, puis incarcéré à la prison de Vérone. Relaxé à la fin du mois de février 1944, il se réfugie aussitôt à Turin, s'engage dans la Résistance et travaille pour elle dans la clandestinité jusqu'au mois d'avril 1945. En 1948, il est nommé par appel à la chaire de philosophie du droit de l'université de Turin. Membre correspondant de l'Accademia nazionale dei Lincei en 1958, il en devient membre titulaire en 1966. En 1972, il assume l'enseignement de la philosophie de la politique à la faculté de sciences politiques de l'université de Turin, dont il sera le doyen jusqu'en 1979. En 1985, il prendra sa retraite. Une année auparavant, le 18 juill […]
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