Depuis les années 1980, les analystes du système pénal cherchent à décrire l'inertie qui caractérise les institutions carcérales pour en interpréter l'étrange dynamique : au fil des époques, la prison semble changer autant qu'elle paraît immuable. Les tenants de la pensée critique, notamment dans le sillage de Michel Foucault – Surveiller et punir paraît en 1975 –, ont ainsi analysé comment les réformes pénitentiaires reproduisent plus qu'elles ne transforment le régime de pénalité moderne, et comment, en conséquence, elles participent paradoxalement à sa reproduction en en épousant explicitement ou implicitement la rationalité et les impensés. La prison est le lieu où l'imposition d'une discipline spécifique permet le redressement et l'amendement de personnes anormales ou perverties qui ont commis des infractions pénales : telle est la définition de la vocation de la peine de prison forgée par le xixe siècle qui, par le biais de plusieurs moments de réélaboration dont le dernier s'est produit après 1945, s'est transmise comme horizon de la réforme du système carcéral.
Pourtant, comment ne pas voir que, derrière ce monolithisme apparent, les transformations organisationnelles des prisons, mais également les nouvelles théories et plus largement encore les mutations des sociétés contemporaines modifient significativement cette institution ? Du point de vue organisationnel, la diversité, le pluralisme et le processus d'ouverture relative qui caractérisent la détention depuis quelques décennies (dans les domaines du travail, des activités, des interdits et des sanctions, des droits...) entraînent une complexification des rapports sociaux en détention. Du point de vue théorique de la pénologie, l'apparition de nouvelles idéologies pénales, l'usage de la catégorie du « risque », ses hybridations avec les notions de « dangerosité » et de « besoin », mais également l'essor de peines alternatives, la focalisation sur certaines incriminations ou figures de dangerosité, déplacent les […]
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