3. Un « philosophe militant »
À partir de la fin des années 1960, Bobbio devient un « philosophe militant ». Il analyse les questions d'actualité, du mouvement estudiantin au terrorisme, de la crise du marxisme à l'involution du communisme, du retour de la droite à la guerre du Golfe, du pacifisme à l'écologie, des combats pour l'Europe à la crise de la société italienne. Il fuit les vérités absolues réputées meurtrières pour le dialogue et pour la valeur qui le rend possible, la tolérance. De ces années-là datent ses livres sur le socialisme et la démocratie, sur la liberté et la justice.
Dans Quale Socialismo ? (1976), Bobbio écrit que le xxe siècle a eu des États socialistes sans démocratie et des sociétés démocratiques sans socialisme. Il impute les raisons de cette situation au sous-développement de la théorie socialiste de l'État, incapable de concilier les principes de l'égalité avec ceux de la liberté, d'accommoder le centralisme dérivant de la politique de liquidation des inégalités avec les exigences de l'autonomie sociale et des droits individuels, d'assurer un lien permanent entre les groupes sociaux et l'alternance de ceux-ci au pouvoir. Bobbio reste néanmoins convaincu que la rencontre du socialisme avec la démocratie est une nécessité absolue pour la survie de notre civilisation, pour la consolidation de l'esprit démocratique, pour l'équilibre social. À ses yeux, le socialisme représente l'exigence d'égalité, le libéralisme les limites au pouvoir de l'État et la démocratie le pluralisme et la dissension. Il est indispensable que ces trois traditions se rencontrent et fusionnent dans les sociétés postindustrielles, où l'existence de valeurs unanimement partagées est pratiquement impossible et où pourtant les choix communs sont inéluctables. Dans l'impossibilité absolue de dépasser les antagonismes de classe, d'éliminer les divisions sociales, de constituer la société en unité, seule la démocratie peut assurer la paix et le changement, le conflit et la cohésion, la […]
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