2. Un personnage dédoublé
Dans X27, dans Shanghai Express, dans L'Impératrice rouge, le cinéaste s'emploie à magnifier la beauté de l'actrice, en recourant aux artifices de l'éclairage et du vêtement, en la fondant dans le décor, sans que la créature mythique cesse pour autant d'être une femme terrienne et charnelle. Dans La Femme et le pantin, d'après le roman de Pierre Louys, elle détruit moins ses deux amants qu'elle ne s'en prend à la vanité de leur code viril amoureux, tandis que dans Morocco, elle devient l'esclave d'un séduisant légionnaire au cœur dur. C'est dans Blonde Vénus que Sternberg touche au plus près l'opposition entre ses deux attitudes qui fonde le double personnage de Marlene. Pur objet de regard et de désir engoncé dans les costumes les plus inattendus – justifiant la description de la nouvelle Dietrich par Louise Brooks –, elle met le spectacle et la prostitution au service de l'amour conjugal et maternel. Sternberg joue merveilleusement de l'alternance entre la femme-décor et la femme d'intérieur dans des images qu'on croirait alors sortie d'un Heimat Film allemand. Pour lui, l'amour est à la fois une transformation de l'être aimé en objet de regard et l'acceptation du fait d'être statufié par le regard amoureux, pour la femme comme pour l'homme. « Ce qui est subversif dans la conception de Dietrich par Sternberg, écrit la critique féministe Molly Haskell, est qu'elle ne peut être enrôlée dans un camp idéologique-sexuel plutôt qu'un autre. Elle parodie les notions conventionnelles de l'autorité mâle et les règles du jeu sexuel sans détruire sa crédibilité en tant que femme. »
D'autres réalisateurs, après Sternberg, sauront magnifier le personnage de Marlene Dietrich sans l'affadir, comme Ernst Lubitsch (Angel [Ange], 1937), Billy Wilder (A Foreign Affair [La Scandaleuse de Berlin], 1948 ; Witness for Prosecution [Témoin à charge], 1957), Alfred Hitchcock (Stage Fright [Le Grand Alibi], 1950), Fritz Lang (Rancho Notorious [L'Ange des maudits], 1952). Son personnage ne cesse pourtant de devenir plus terrestre, jusqu'à la […]
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