Hitchcock aura donc triomphé sur tous les plans. Non seulement la plupart de ses films ont été des succès : il a peu à peu imposé le respect. Il a su plaire, amuser, émouvoir, et en même temps susciter les travaux les plus savants. Comme si la clarté de ses cinquante-trois films cachait un secret. Le « cinéma selon Hitchcock » – pour reprendre la belle formule de Truffaut – est si simple, si évident qu'il défie le spectateur et le critique. Ou bien il ne faut pas chercher au-delà de l'intrigue : il suffit d'accepter le jeu du suspense et ses règles (c'est ce qu'on a cru longtemps) ; ou bien ce jeu dissimule un univers : alors c'est du très grand art, même si les sujets sont minces (ce que personne ne conteste plus).
1.
Né à Londres le 13 août 1899, Hitchcock a fait ses études chez les jésuites, au St. Ignatius College. Il s'oriente d'abord vers une carrière d'ingénieur et travaille à la compagnie télégraphique Henley en même temps qu'il apprend le dessin à l'université de Londres. Très jeune, il s'intéresse au théâtre et au cinéma. La Compagnie télégraphique lui confie les illustrations d'annonces publicitaires. Une société de cinéma l'engage pour dessiner les intertitres des films muets. Il écrit des scénarios et devient assistant. En 1925, il réalise son premier film The Pleasure Garden. C'est en 1940 que commence sa carrière américaine avec Rebecca.
Au cours des années cinquante, les critiques des Cahiers du cinéma – Chabrol, Rohmer, Truffaut, Godard, Douchet – contribuent à découvrir l'unité profonde de l'œuvre de Hitchcock. Pour eux, chaque film de Hitchcock repose sur une sorte de « postulat formel ». Désormais, la cause est entendue. Hitchcock est devenu un maître à filmer.
Pourtant, il n'est pas sûr que sa simplicité ait fait école. S'il y a deux sortes d'artistes, les « simplifieurs » et les « compliqueurs », les premiers sont de plus en plus rares. Hitchcock en est le représentant le plus accompli, avec John Ford, Howard Hawks, Ernst Lubitsch. Comme eux, il est aux antipodes de […]
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