De Vienne à Berlin, et de Berlin à Hollywood en passant par Paris, Billy Wilder a traversé l'histoire du cinéma en laissant derrière lui l'image d'un amuseur intelligent et sarcastique : on se répète ses bons mots, on sait mieux grâce à lui que « personne n'est parfait », mais aussi que la comédie mérite vraiment d'être prise au sérieux. L'intelligence et le sarcasme peuvent cependant percer sous d'autres genres, dits sérieux (le drame, le « film noir »), que Billy Wilder fréquenta assidûment au début de sa carrière de cinéaste à Hollywood. Le réalisme serait donc une voie d'accès à la compréhension d'une œuvre riche et complexe qui, sans doute plus qu'aucune autre (si l'on excepte celle de Sacha Guitry) s'enracine dans l'écriture. Formé à l'école de la U.F.A. à Berlin au début du cinéma parlant, Wilder est un cinéaste qui a su rester un scénariste. D'aucuns semblent le lui reprocher. Ils oublient un peu vite que le scénariste est vite devenu un grand cinéaste, explorant à sa guise formes et genres en restant lui-même et réunissant les deux définitions de l'auteur de films : l'athlète complet qui filme (et produit) ce qu'il a écrit, mais aussi le metteur en scène, au style immédiatement identifiable, non pas selon des critères visuels mais par la reconnaissance de thèmes et de formes (la répétition, l'inversion) qui font du satiriste un véritable artiste.
1. De Vienne à Hollywood
Né en 1906 dans une petite ville de Galicie – ce qui fera dire à son maître et ami Ernst Lubitsch qu'il n'était pas un Juif de Vienne mais de Cracovie –, Samuel « Billie » Wilder, sujet de François-Joseph, est éduqué dans la capitale des Habsbourg. Quand il croisera bien plus tard son autre maître, Eric von Stroheim (auquel il confiera le rôle du maréchal Rommel dans Les Cinq Secrets du désert et celui de Max von Mayerling dans Sunset Boulevard), il deviendra l'un de ses proches en comprenant d'emblée que l'acteur était un aristocrate d'opérette et parlait l'allemand si caractéristique des faubourgs j […]
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