En période économique faste, les studios hollywoodiens avaient conçu un star-system draconien et hautement compétitif : chaque « major company » devait créer une vedette qui, en contrepartie, allait travailler sept ans sous la bannière de la firme. Sous la férule de Harry Cohn, dirigeant de la Columbia, Rita Hayworth devint la star la plus identifiable de l'après-guerre, la plus vulnérable aussi, indissociable de Gilda (1946), archétype du film noir et d'un cinéma érotique jouant à enfreindre les règles du fameux code de censure « Hayes ». Peu de stars auront imposé une présence aussi charnelle et donné à de simples accessoires (le célèbre gant noir) une dimension aussi fortement symbolique.
En 1946, l'actrice avait déjà une carrière relativement longue : sous le nom de Rita Cansino, elle avait débuté dix ans auparavant comme danseuse dans des petits films de série – tels que Charlie Chan de Louis King (1935). Jeune beauté brune et typée, Rita Hayworth aurait pu se cantonner dans des rôles purement « exotiques » et décoratifs, selon les critères du cinéma d'évasion de l'époque, si elle n'avait rencontré celui qui allait devenir son premier mari, le milliardaire Edward Judson. Il la fait accéder à des rôles plus nuancés dans Seuls les anges ont des ailes, de Howard Hawks, au côté de Cary Grant (1939). Elle tourne ensuite avec Cukor Suzanne et ses idées (1940), et succède curieusement à Michèle Morgan dans le remake américain de Gribouille : The Lady in Question, de Charles Vidor (1940). Son image est encore imprécise : « femme fatale » dans Arènes sanglantes de Ruben Mamoulian (1941) où Tyrone Power reprend le rôle de Valentino, elle est l'irrésistible « Strawberry Blonde » dans le film du même titre de Raoul Walsh (1941), puis devient la partenaire de Fred Astaire dans L'amour vient en dansant (1941) et Ô toi, ma charmante (1942). Sur sa lancée, Rita Hayworth tourne deux autres comédies musicales, l'une pour la Fox, My Gal Sal (1942), la seconde pour la Columbia Cover Girl ( […]
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