Star ou « femme enfant », vamp ou sauvageonne, adulée ou décriée, adorée ou honnie, Brigitte Bardot, dite B.B., a constitué assurément le mythe féminin le plus évident du cinéma des années cinquante. Des ouvrages multiples lui ont été consacrés ; des études signées d'auteurs célèbres comme Simone de Beauvoir, Marguerite Duras ou François Nourissier l'ont choisie pour thème. Elle a battu tous les records de box-office et déchaîné la presse du monde entier. La France, longtemps hostile au « phénomène Bardot », a fini par reconnaître les mérites incontestables de la vedette et l'a définitivement consacrée en lui demandant de poser pour la sculpture du buste de sa Marianne nationale ! Or, de l'avis général, ce n'est pas à ses dons de comédienne que l'actrice doit sa célébrité. Il faut attribuer l'existence du mythe Bardot au fait que B.B. a représenté un moment de l'histoire des mœurs en incarnant le personnage d'une femme totalement libre, à l'écran comme à la ville, dont l'impudicité joyeuse et l'amoralisme, provocant pour l'époque, coïncidèrent avec un courant de révolte contre les principes de la morale « bourgeoise ». Pour toute une génération, B.B. a symbolisé le comble de la féminité voluptueuse, la revanche et le triomphe de l'érotisme, vécu avec santé et bonheur, l'épanouissement de la sensualité débridée. Pourtant, avant elle, de nombreuses actrices s'étaient déjà déshabillées à l'écran. Le fait en lui-même n'était pas nouveau. S'il a pris une telle résonance avec Brigitte Bardot, c'est parce que, en renversant certains tabous, l'actrice imposait un style de femme et de féminité et rompait, en même temps, avec la star du cinéma hollywoodien. Par son aspect « retour à la nature », son apparence espiègle et sans apprêt, par son côté femme enfant, B.B. inventait un nouveau type de beauté qui lui conférait une accessibilité fictive plus grande : « Je suis tombée, dit-elle, à un moment où il n'y avait pas d'actrice de mon style. On en restait aux stars et aux femmes fatales inabordables. J'étais — je le suis encore — le contra […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



