Né sous François-Joseph comme Pabst et Stroheim, Sternberg, autrichien mi-américanisé, a pris avec son pays et avec son temps le recul de l'artiste et a traduit dans une œuvre inégale, formellement étincelante, sa haine du réel, homme, choses et époque. Comme ses deux compatriotes, il vécut en maître et en solitaire. Sa véritable personnalité n'appelle que des hypothèses. L'exégèse approfondie de ses films est encore à faire, qui fera mentir sa boutade : « Les critiques sont devant mes films comme devant un test de Rorschach qu'ils doivent déchiffrer. Leurs préférences et leurs idées ne sont que des projections d'eux-mêmes. »
1. Un errant
Né à Vienne en 1894 d'une famille israélite, Josef Sternberg (le von est une addition de coquetterie ou de défi) avait sept ans lorsqu'il émigra aux États-Unis avec ses parents en transitant par Hambourg, dont le sordide marqua sa sensibilité. Rentré en Autriche en 1910 pour y faire des études de lettres, il regagna l'Amérique au début de la guerre de 1914. Il y débuta aussitôt dans le cinéma. Monteur, assistant, puis réalisateur de films didactiques pour l'armée, il poursuivit pendant de longues années une carrière artisanale, à Londres, à New York et à Los Angeles, apprenant un métier sans savoir qu'il deviendrait un créateur.
Son œuvre de la période du muet, en partie remaniée : Escape (1925) ; refusée : La Mouette (The Sea Gull, 1926) ; ou perdue : L'Assommeur (Thunderbolt, 1929), fut entièrement réalisée en Californie. Elle est dominée par Les Chasseurs du salut (The Salvation Hunters, 1925), Les Nuits de Chicago (Underworld, 1927), Crépuscule de gloire (The Last Command, 1928) et Les Damnés de l'océan (The Docks of New York, 1928). Les réprouvés sociaux l'occupent tout entière : « Trois épaves humaines vivant sur un chaland à boue », la pègre nocturne de Chicago, un ex-général tsariste au fond de la déchéance, le soutier et la prostituée, sans oublier la servante séduite et abandonnée : Le Calvaire de Lena X (The Case of Lena Smith, 1929).
Appelé en Allemagne au début du parlant, il réalise L'Ange bleu
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