Après les Thèses sur Feuerbach de Karl Marx et l'écrit de Friedrich Engels, Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande, publiés en 1888, l'œuvre de Feuerbach a été en quelque sorte classée. Interprétée dès lors en référence à cet « esprit de parti » que Lénine jugeait indispensable en philosophie (Matérialisme et empiriocriticisme, 1908), la pensée du philosophe a été considérée comme l'expression de l'« humanisme athée ». À ce titre, on a imputé à l'auteur de L'Essence du christianisme (1841) les tendances antireligieuses du marxisme.
Mais cette appréciation conduit à laisser dans l'ambiguïté le sens de la critique feuerbachienne de la religion. Pour Feuerbach, l'homme ne dépasse pas l'homme. La conscience humaine est à la fois celle du moi, de l'individu ressenti comme limité, et celle du toi, de l'espèce connue en son infinité. Celle-ci se retrouve dans le désir de créer des dieux, projection qui constitue l'essence de toute religion. Il y a là une mystification qui conduit de la théogonie à la théologie, et dont n'est pas exempte toute philosophie. L'affirmation de la transcendance mène l'homme ailleurs qu'en lui : suprême aliénation. Mais, du moins, découvre-t-il cette dernière – la théologie était donc nécessaire – et peut-il se réapproprier sa propre essence. Ainsi, « le progrès historique des religions consiste en ce que les dernières regardent comme subjectif ou humain ce que les premières contemplaient, adoraient comme divin ». Ce retour à l'homme concret contient peut-être le paradoxe d'une libération du sentiment religieux dont le seul garant est l'authenticité.
1. La critique philosophique
• La critique de la philosophie hégélienne
Feuerbach reproche à la philosophie hégélienne de maintenir le désaccord entre l'homme et son expérience, de ne jamais pénétrer dans le monde concret. Il y a, certes, une opposition fondamentale entre la nature et l'esprit. Mais c'est précisément la philosophie qui doit s'efforcer de la surmonter en prenant pour […]
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