Après les Thèses sur Feuerbach de Karl Marx et l'écrit de Friedrich Engels, Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande, publiés en 1888, l'œuvre de Feuerbach a été en quelque sorte classée. Interprétée dès lors en référence à cet « esprit de parti » que Lénine jugeait indispensable en philosophie (Matérialisme et empiriocriticisme, 1908), la pensée du philosophe a été considérée comme l'expression de l'« humanisme athée ». À ce titre, on a imputé à l'auteur de L'Essence du christianisme (1841) les tendances antireligieuses du marxisme.
Mais cette appréciation conduit à laisser dans l'ambiguïté le sens de la critique feuerbachienne de la religion. Pour Feuerbach, l'homme ne dépasse pas l'homme. La conscience humaine est à la fois celle du moi, de l'individu ressenti comme limité, et celle du toi, de l'espèce connue en son infinité. Celle-ci se retrouve dans le désir de créer des dieux, projection qui constitue l'essence de toute religion. Il y a là une mystification qui conduit de la théogonie à la théologie, et dont n'est pas exempte toute philosophie. L'affirmation de la transcendance mène l'homme ailleurs qu'en lu […]
Bibliographie
Œuvres de Ludwig Feuerbach
Sämtliche Werke, éd. W. Bolin et F. Jodl, 12 vol., Stuttgart, 1960-1964
Geschichte der neueren Philosophie von Bacon bis Spinoza, Leipzig, 1844
Grundsätze der Philosophie der Zukunft, Zurich, 1843
Kritik des Anti-Hegels, Leipzig, 1844
Theogonie nach den Quellen des klassischen hebraïschen und christlichen Altertums, Leipzig, 1857
Das Wesen der Religion, Stuttgart, 1908
Manifestes philosophiques, textes choisis, 1839-1845, éd. L. Althusser, Paris, 1960
L'Essence du christianisme (Das Wesen des Christentums), trad. J.-P. Osier, Maspero, Paris, 1968, rééd. 1982
Pensées sur la mort et l'immortalité, trad. C. Berner, Cerf, Paris, 1991.
Études
H. Arvon, Ludwig Feuerbach ou la Transformation du sacré, Paris, 1957
Feuerbach, Paris, 1964
K. Barth, Die protestantische Theologie im 19. Jahrhundert, Zurich, 1947
M.-M. Cottier, L'Athéisme du jeune Marx. Ses origines hégéliennes, Paris, 1959
F. Engels, Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande (Ludwig Feuerbach und der Ausgang der klassischen deutschen Philosophie), Paris, 1952, rééd. Éd. sociales 1980
V. I. Lénine, Matérialisme et empiriocriticisme, Paris, 1950
A. Lévy, La Philosophie de Feuerbach et son influence sur la littérature allemande, Paris, 1904
F. Lombardi, Feuerbach e Marx, Florence, 1957
H. de Lubac, Le Drame de l'humanisme athée, Paris, 1945
K. Marx & F. Engels, Études philosophiques : Ludwig Feuerbach, le matérialisme historique, trad., Paris, 1947
L'Idéologie allemande, t. I, trad. R. Cartelle et G. Badia, Paris, 1965
La Sainte Famille, E. Cogniot, N. Meunier et G. Badia éd., Paris, 1969
A. Philonenko, La Jeunesse de Feuerbach. 1828-1848, Vrin, Paris, 1990
S. Rawidowicz, Ludwig Feuerbachs Philosophie, Berlin, 1931, rééd. Berlin, 1964
A. Schmidt, Emanzipatorische Sinnlichkeit, Reihe Hanser 109, Munich, 1973
H. Weser, Sigmund Freud und Ludwig Feuerbachs Religionskritik, Bottrop, 1936.
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