2. La critique religieuse
• L'aliénation
La critique religieuse de Feuerbach est inspirée et orientée par la notion de l'aliénation. Celle-ci constitue l'élément moteur de la philosophie hégélienne. Mais, au lieu de s'inscrire dans le cadre de ce drame spéculatif qu'est la conquête de l'esprit, comme le divorce qui s'est établi entre l'esprit et la réalité, entre le sujet spirituel et l'objet matériel dont il s'est aliéné et qu'il veut reprendre, elle devient pour Feuerbach la transcendance qui, à tort, accapare ce qui revient à l'immanence seule. Comme, chez Hegel, l'esprit, après s'être aliéné dans la matière, s'y reconnaît et finit par prendre conscience de son caractère absolu, l'homme, après s'être perdu en Dieu, se retrouve en lui et, par là même, découvre sa souveraineté.
Lorsque l'homme compare ses connaissances et sa force morale aux actions et au savoir de l'humanité tout entière, ou encore sa faiblesse à la toute-puissance de la nature, il croit rencontrer ses propres limites. Convaincu de ne pouvoir réaliser par ses propres moyens le vrai, le bien et l'amour, il projette ces attributs humains hors de lui pour les transférer à un être supérieur qu'il appelle Dieu. Mais, si l'homme découvre ainsi sa propre essence, il en demeure néanmoins séparé, puisqu'il la confie à un être hors de lui-même.
Cette spoliation, sur laquelle repose la religion, porte préjudice aux qualités humaines elles-mêmes. La raison qui donne à l'homme la maîtrise du monde s'efface devant l'illusion religieuse. Pourquoi partir à la conquête du bonheur terrestre alors que la félicité divine seule semble digne d'intérêt ? La providence divine rend méprisable et inutile tout progrès matériel. Quant à la volonté, abandonnée entre les mains d'un être supérieur, elle entraîne la soumission totale et aveugle. L'homme renonce à interroger sa propre conscience et s'en remet au bon vouloir de son Dieu. Mais c'est l'amour surtout qui se trouve altéré par la religion. Au lieu de se reconnaître dans la communion a […]
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