5. Lutte sur deux fronts
Au cours des années (1541-1564) que Calvin a consacrées à Genève, il n'a guère connu que des luttes. Son labeur était considérable. Il assurait chaque jour une prédication à la cathédrale Saint-Pierre, plus un enseignement théologique. Peu à peu, par ses écrits, il donnait une structure à la doctrine de la Réforme, en précisait les données. Sa correspondance, plus de quatre mille lettres, nous le montre s'adressant aussi bien aux princes qu'aux persécutés, aux grands qu'aux humbles. Son combat se livrait sur deux fronts, celui des mœurs et celui de la doctrine. Plaque tournante de l'Europe, entre l'Italie, la France et l'Allemagne, Genève était une ville commerçante et ouverte, aimant le plaisir et la vie facile. Calvin s'efforça de tempérer cet épicurisme. Il trouva en face de lui les représentants des grandes familles genevoises, qui s'insurgeaient contre les rigueurs de « ce Français » et voulaient continuer à banqueter, à danser et à s'amuser malgré les Ordonnances. Un jour, le conflit s'aggrava. Deux procès étaient en cours, l'un contre Laurent Meigret, réfugié français, ami de Calvin, l'autre contre Ami Perrin, ambassadeur auprès du roi de France, qui était, avec toute sa famille, très opposé à Calvin. Le peuple de Genève prenait parti pour l'un ou pour l'autre et l'on était prêt à en venir aux mains. Le 16 décembre 1547, le Conseil des Deux-Cents tint une séance mouvementée. Malgré les avertissements, les protestations et les menaces, Calvin se rendit jusqu'à la salle des séances et réussit à apaiser le tumulte. « Tout faible et craintif que je suis, rappelait-il à la fin de sa vie, je fus néanmoins contraint pour rompre et apaiser les combats à la mort de mettre en danger ma vie et de me jeter tout au travers des coups. »
Sur le terrain de la doctrine, la lutte ne fut pas moins violente. Calvin était obligé d'admonester les timides, les « moyenneurs », les Nicodémites, comme on les appelait par allusion à Nicodème, le docteur de la Loi, venu […]
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