7. Un réformateur de la fécondité de la grâce
En cinquante-cinq ans d'existence, Jean Calvin est ainsi devenu, presque malgré lui, le réformateur d'une ville et, à partir de ce modèle de république chrétienne des conseils, celui qui a dressé, au travers de l'Europe et bientôt au-delà des mers, une chrétienté qui ne s'appellera jamais calviniste, mais tantôt réformée, quant à la substance de son message à l'écoute des saintes Écritures, tantôt presbytérienne, si l'on s'attache à l'importance des laïcs, élus comme anciens, dans la direction des paroisses et le gouvernement de l'Église. Ce modèle d'Église sera destiné à jouer un grand rôle dans la participation des chrétiens à la création du monde moderne, puisque l'activité des puritains est la fille assez raidie, mais profondément efficace, de la discipline calvinienne. Si Luther a été le grand réformateur du salut par la grâce, Calvin est le grand réformateur de la fécondité active de la grâce. De même, l'Institution chrétienne, « œuvre d'enseignement qui a poussé comme un arbre pendant plus de vingt-cinq années de méditation » (Karl Barth), a été le livre qui a nourri la théologie des Églises réformées et qui a assuré la survie et la renaissance des paroisses à travers les dispersions et les persécutions, alors même que les pasteurs étaient martyrisés et que les synodes étaient interdits. Calvin s'est révélé, à l'usage des siècles, l'un des plus grands architectes de l'Église chrétienne et un pédagogue incomparable.
Pourtant, c'était un homme effacé derrière sa tâche. À Genève, il ne fut presque toute sa vie qu'un réfugié français assez difficilement admis. Genève elle-même est demeurée longtemps une ville assiégée par la Savoie. Ce n'est pas le catéchisme de Calvin qui est devenu le catéchisme officiel des Églises réformées, mais le catéchisme de Heidelberg, rédigé par deux théologiens d'une génération plus jeune, Ursinus et Olevianus. L'Institution chrétienne enfin ne peut pas se comparer à l'ampleur systématique et spéculative de la Somme théologique de saint Thomas au xiiie siècle, ni à celle de la Dogmatique de Karl Barth au xxe.
Tel est le destin contrasté de cet homme, indomptable et obéissant, dont l'œuvre, durant sa vie et après sa mort, a dépassé incomparablement la personnalité. Calvin, au tempérament timide et énergique, au style dru et clair, est certainement l'un des Français dont l'œuvre a le plus compté dans l'histoire universelle, sans qu'il y ait jamais prétendu, car il se voulait témoin et non héros.
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