10. La liberté originelle
Mieux valait évoquer sa figure que résumer – de façon nécessairement grossière – un ensemble complexe de doctrines. Le thème boehmien le plus original, et qui influera sur un secteur essentiel de la pensée allemande, est celui de la liberté originelle, « néant » dynamique d'où sortent l'esprit et la nature ; non point l'Acte pur des philosophes, indifférent au mal qu'il ignore, mais non point davantage le Dieu des théologiens, ou incapable de créer un monde à son image ou complice du mal qui naît au cœur de ses créatures – bien plutôt une force indéterminée qui contient tout ensemble le feu et la lumière. Plotin faisait de l'Esprit, dans un processus de simple dégradation, l'hypostase intermédiaire entre l'Unité pure et l'Âme curieuse d'agir. Boehme enracine tout devenir dans le « sans-fond » ambivalent d'où surgissent à la fois, dans un développement trinitaire, les forces inséparables du positif et du négatif, moments dialectiques du drame qui se joue à la fois dans le monde divin, angélique, animal, végétal, minéral, mais aussi (et toujours) dans le cœur de l'homme. De diverses manières, Baader, Schelling et même Hegel transposeront cette lecture théosophique de la Bible et de la Nature.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



