2. « L'essence de toutes les essences »
Son premier biographe, Franckenberg, qui fut son disciple et son confident, attache une grande importance à une expérience que Boehme aurait vécue en 1600 et qu'il a d'ailleurs évoquée lui-même dans une lettre. La vision d'un vase d'étain l'aurait, dit-il, brusquement conduit au « centre » vivant et lumineux de cet objet opaque ; il y aurait entrevu, de façon indicible, « la totalité du monde créé », tel qu'il la décrira plus tard, dans le De signatura rerum (1622), en termes inspirés de la pratique et de la théorie alchimiques. Homme tout « simple », il n'avait, dit-il, aucunement souhaité d'être ainsi introduit dans ce qu'il appelle le « mystère divin ». Il ne cherchait qu'à devenir toujours plus intimement uni au « cœur de Jésus-Christ », mais en même temps à se prémunir contre « la terrible colère de Dieu » et contre « les attaques du démon ». En un quart d'heure, il crut avoir appris des vérités plus hautes et plus profondes que tout ce qui s'enseigne dans les universités au cours de « longues années » d'étude. Loin de s'effrayer, il loua Dieu de lui avoir ainsi révélé ce « fond » (Grund) et ce « sans-fond » (Ungrund) qu'il appelle aussi « essence de toutes les essences », c'est-à-dire « la naissance de la sainte Trinité, l'origine et la situation primitive de ce monde et de toutes les créatures ». À la lumière de la « sagesse divine », le « monde sensible et visible » lui apparut comme le produit d'une lutte, toujours recommencée, entre deux autres mondes, l'un « divin, angélique ou paradisiaque », l'autre voué aux « ténèbres ». Devant cette révélation (encore partielle), il compare sa propre attitude (humilité, admiration et joie) à celle de Marie le jour de l'Annonciation.
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