À son époque, Œtinger apparaît comme le père de la théosophie chrétienne en Souabe. Tempérament impressionnable (il a des contacts personnels dans le royaume des esprits), de très bonne heure pieux et mystique, il se nourrit d'abord de Malebranche, puis il découvre la Cabala denudata (1677) de Knorr de Rosenroth. À Tübingen, un artisan lui révèle les œuvres de Boehme ; aussitôt, Œtinger abandonne Malebranche ainsi que l'arianisme, dont il faisait plus ou moins sa doctrine. Il rencontre aussi Zinzendorf, mais ne s'entend guère avec lui. À Halle, un kabbaliste l'intéresse à la philosophie d'Isaac Louria, qui aura sur lui une influence déterminante à laquelle se mêlent celles de Boehme et de Swedenborg. Pour Œtinger, les sephiroth ne sont pas créatures de Dieu, mais formes de la manifestation divine, émanation (Ausstrahlung) de l'être divin dans le monde des créatures. Kabbaliste chrétien, il veut montrer que les traditions ésotériques juives contiennent déjà les vérités de la foi chrétienne ; il établit un rapprochement entre Boehme et Louria, et fait connaître au piétisme allemand — par Louria — le hassidisme, qui est spirituellement si étroitement apparenté au piétisme.
Œtinger, le Mage du Sud, s'est toujours considéré comme théologien luthérien membre de l'Église évangélique. À propos de la théorie de la monade, il s'oppose à Leibniz et à Wolf. Il parle fréquemment de « principes opposés » : tout consiste en feu et en eau, en attraction et en répulsion. Il remplace ainsi la conception leibnizienne, mathématique et mécanique, de la nature par une conception organique selon laquelle un principe spirituel fait agir la vie dans le monde des corps ; ce principe, il l'appelle, avec Jacob Boehme, Tinktur. Comme le philosophe teutonique, il décrit des états de combat, de contradiction, là où Leibniz voyait au contraire des « passages glissants ». Œtinger, qui s'oppose ainsi à la loi de continuité et qui a compris l'essentiel de la logique du contradictoire, semble se rapprocher de l'empirisme et du sen […]
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