5. La colère et l'amour de Dieu
Le thème essentiel est ici la dualité d'aspects que revêt, en toute chose créée, la présence ambiguë de Dieu : colère et amour. Le mal est moins attitude morale de l'homme que, d'abord, tout ce qui se présente, dans les êtres de la nature, comme dur, opaque, réfractaire à la diffusion de la lumière. Mais il n'est aucune créature qui ne recèle, en même temps, en son « centre » (ou en son « cœur »), une source ignée capable d'éclairer et de purifier. La chute de Lucifer, telle que l'enseignent les théologiens, suffit-elle à expliquer cette juxtaposition de forces adverses ? Au temps de L'Aurore, Boehme n'a pas encore assez élaboré la notion centrale de « sans-fond » pour oser situer dans une source unique la dualité angoissante que manichéens et cathares tendent à définir comme éternelle présence de deux principes adverses, tandis qu'une théodicée traditionnelle réduit le mal au moindre bien tout en condamnant le pécheur opiniâtre à des supplices sans fin.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



