3. Le double refus
Et cependant d'autres témoignages, notamment ses déclarations explicites dans le traité sur L'Incarnation de Jésus-Christ et dans l'écrit Des quatre complexions, rendent un son différent et lient la « renaissance » de Boehme (c'est-à-dire, en langage théosophique, son illumination ou conversion de l'année 1600) à une grave crise de « mélancolie ». Mais ces noires humeurs, inséparables de tentations souvent renouvelées, furent toujours, dit-il, l'occasion d'un combat qu'il appelle « chevaleresque » (ritterlich). Trop nombreuses pourtant sont dans son œuvre les mentions d'une triste méditation sur la puissance du mal pour qu'on voie dans la « joie » de 1600 autre chose qu'une pierre d'attente, la brève certitude d'une lumière à venir. Au reste, le récit même de sa vision simplifie curieusement – à un niveau exotérique et pour des motifs sans doute pédagogiques – l'image d'un « double monde » où la lumière et les ténèbres seraient pour ainsi dire opposées, leur mélange n'apparaissant que dans la troisième sphère. L'originalité de sa doctrine – discernable à travers des formules étranges et parfois contradictoires – est justement le double refus d'un monisme qui réduirait le mal à une illusion, et d'un dualisme de type manichéen qui pense résoudre le problème en juxtaposant deux principes éternels, fondamentalement étrangers l'un à l'autre.
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