4. « L'Aurore »
De toute manière, c'est tardivement que Boehme révéla son expérience. Pour ses amis, rien ne fut changé d'abord dans sa vie quotidienne de petit bourgeois. En 1610, il acquiert une maison nouvelle, mieux adaptée à l'exercice de son métier, et, en 1618, il aura fini de payer les arrérages de l'emprunt contracté en vue de cette acquisition. Pendant cette période, il compare sa vie intérieure à la croissance d'une plante dont la graine aurait été semée au moment de la première vision, et d'autant plus vigoureuse qu'elle porte moins de fruits précoces. Jour après jour, dit-il, il lui a fallu combattre contre le diable, tantôt vaincu, tantôt vainqueur, lisant les livres des « grands maîtres », écoutant les sermons des pasteurs mais sans jamais y trouver rien qui éclairât de façon décisive les traits encore confus du spectacle apparu sur le vase d'étain, véritable « chaos » qu'il s'efforce, dit-il, de « débrouiller ». On peut croire qu'il s'essaya plusieurs fois à noter les premières lueurs issues de cette réflexion, mais c'est en 1612 – peut-être après une nouvelle vision, que Franckenberg situe en 1610 – qu'il écrit un traité, modestement intitulé Morgenröthe im Aufgange (traduit sous le titre : L'Aurore à son lever). Walther imposera le titre latin d'Aurora, dont Nietzsche s'est souvenu.
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