4. Prestige d'un style
L'éloquence de Bossuet, comme toute grande éloquence, est évidemment variée. Toutefois, l'un de ses caractères les plus visibles est le goût des périodes. Certaines, dans les oraisons funèbres, les sermons ou le Discours sur l'histoire universelle, sont restées célèbres ; ainsi le début de l'Oraison funèbre d'Henriette de France : « Celui qui règne dans les cieux, et de qui relèvent tous les empires, à qui seul appartient la gloire, la majesté et l'indépendance, est aussi le seul qui se glorifie de faire la loi aux rois, et de leur donner, quand il lui plaît, de grandes et de terribles leçons... » Par cette exceptionnelle maîtrise de la phrase, le nom de Bossuet a pris place, dans les manuels d'histoire littéraire, au rang des grands classiques, à côté de ceux de Racine et de Molière.
Mais il va de soi que dans son cas, non plus que pour Racine ou Molière, l'étiquette « classique » ne doit faire méconnaître la liberté du génie. Lui-même a souligné, dans son discours de réception à l'Académie, qu'il faut prendre garde « qu'une trop scrupuleuse régularité, qu'une délicatesse trop molle, n'éteigne le feu des esprits et n'affaiblisse la vigueur du style ». Au reste, par la date de sa naissance et par celle de ses débuts dans l'éloquence (vers 1650), il plonge dans l'époque baroque dont il conserve, en l'assagissant, le goût des images frappantes, des développements saisissants (en particulier l'orchestration de la mort) et des envolées lyriques. Enfin son style est constamment vivifié par des souvenirs bibliques ; il est certainement, avec Claudel, celui des écrivains français dont la Bible a le plus fortement marqué la manière.
Bossuet a suscité, et suscite encore, des jugements extrêmes. L'admiration pour son style (les phrases en « voûte », comme disait Valéry) est le seul point qui fasse l'unanimité. Pour le reste, les prises de position à l'égard de son œuvre restent trop souvent inspirées par des attitudes polémiques.
Il serait trop simple de croire qu'il a été loué p […]
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