Historiquement, et particulièrement pour le lecteur français, l'expression « Anciens et Modernes » renvoie à une fameuse querelle littéraire, sous le règne de Louis XIV, entre partisans de la supériorité des Anciens, les auteurs de l'Antiquité, et leurs adversaires, convaincus d'un progrès dans les arts qui donne nécessairement au temps présent l'avantage sur le passé. Paradoxes : alors que les premiers sont aujourd'hui communément considérés comme les grands écrivains de leur époque (Racine au premier rang) et donc aussi les plus représentatifs de cette dernière, il ne fait guère de doute que la conception opposée a durablement dominé les esprits, jusqu'à l'exigence rimbaldienne : « Il faut être absolument moderne. » Cet impératif de la modernité, serait-il vécu contradictoirement par ceux qu'Antoine Compagnon a appelé « les Antimodernes » – à commencer par celui qui a imposé le terme : Baudelaire –, fait de la littérature et des arts plastiques le laboratoire d'un « temps moderne » (Levent Yilmaz) qui est encore le nôtre, c'est-à-dire un temps de l'histoire, du devenir, et non plus de la renaissance ou de l'imitation. La conception progressiste a triomphé avec la notion d'avant-garde et l'esthétique radicale d'un Clement Greenberg. Lui résistent les tentatives réitérées d'un « classicisme moderne » (dont le néo-classicisme) et, pour finir, l'expression philosophique d'une « condition postmoderne » (Jean-François Lyotard) avec ses innombrables avatars artistiques. Souligner le sens que l'on peut dire archéologique de la Querelle des Anciens et des Modernes, c'est montrer tout l'intérêt de son étude, aussi bien dans le champ littéraire (Boileau contre Perrault, la querelle du merveilleux chrétien, la querelle d'Homère) que dans le champ artistique (Fréart de Chambray).
1. Littérature
Le terme « moderne » est calqué sur le latin modernus, ce qui est « à la mode », actuel. Il peut être employé de manière dépréciative, pour qualifier l'éphémère et partant le superficiel, la valeur étant dans ce cas associée à […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 8 pages…



