La coutume de louer et donc de pleurer un mort remonte à l'Antiquité : Grecs et Latins possédaient déjà la double tradition lyrique (thrènes ; nénies, élégies) et oratoire (panégyrique collectif ; laudatio funebris individuelle, méprisée par Cicéron pour ses excès). Le christianisme oriente le genre vers le sermon (les grands modèles en seront saint Ambroise et saint Grégoire de Nazianze) : l'éloge personnel donne matière à réflexion édifiante. L'identification usuelle du genre avec Bossuet occulte d'importantes fluctuations de la littérature funéraire. S'il est vrai qu'au Moyen Âge l'oraison funèbre en prose n'est guère pratiquée au profit d'une prédication sur la mort et les fins dernières, c'est qu'elle est dans une large mesure remplacée par la déploration en vers. Celle-ci dominera le domaine de l'éloge posthume jusqu'au milieu du xvie siècle.
Distincte de l'épitaphe (réduite aux données essentielles et prisonnière de formulations figées), la plainte funèbre telle qu'elle émerge en latin au haut Moyen Âge est un poème lyrique chanté, en strophes rythmiques, d'intitulé variable (lamentum, nenia, planctus, rhythmus de obitu, carmen de luctu, oratio in funebrem pompam). Elle est d'abord l'expression du deuil, collectif plutôt qu'individuel, justifiée par les mérites du défunt (toujours un haut personnage : l'un des premiers sera Charlemagne) et assortie d'une prière finale. Dès ce stade, certains textes, surtout s'ils sont liés à des assassinats, se voient assigner des finalités secondes, comme l'appel à la vengeance.
En langue vernaculaire (domaine français), les plus anciens modèles sont insérés dans des œuvres épiques (planctus de Charlemagne sur Roland) ou romanesques (Roman de Thèbes), mais ils concernent des personnages éloignés dans le temps. C'est dans la littérature des troubadours qu'apparaissent d'abord des poèmes autonomes consacrés à des défunts contemporains des auteurs : les planhs (43 exemples conservés de 1137 à 1343). Lyriques, adoptant le moule formel de la canso, ils sont cons […]
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