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IRLANDE

On sait fort peu de chose des premiers occupants de l'Irlande, que ce soit des communautés mésolithiques d'Ulster, des tribus néolithiques auxquelles renvoient les mégalithes de la Boyne, des populations de l'âge de bronze dont on repère la trace dans les monts Wicklow, et des vagues de guerriers celtes qui déferlent à partir du vie siècle avant J.-C. Les Gaëls, derniers venus, confèrent à l'Irlande sa physionomie première. Leurs traits dominants : une grande unité culturelle, linguistique, artistique et religieuse assurant à la société une cohésion que la colonisation mettra plusieurs siècles à éroder ; une turbulence politique et militaire endémique que ne viendra pas discipliner, comme en Gaule, l'influence de la Rome conquérante, ce qui mettra du même coup le pays à la merci des envahisseurs étrangers. Avant que ceux-ci ne se profilent à l'horizon, l'Irlande connaît, du vie au viiie siècle après J.-C., un âge d'or qui fait d'elle le pôle intellectuel et religieux d'une Europe encore enfoncée dans les ténèbres de la nuit barbare. Convertie en douceur à un christianisme qui se coule dans le moule de la vieille civilisation celtique, l'Irlande expédie aussi loin que Tarente et Kiev des nuées de saints et de missionnaires dans le même temps qu'elle se couvre de monastères et d'universités où s'élaborent les prémisses de la renaissance carolingienne. Le savoir et la foi sont un bien maigre rempart contre la convoitise des nouveaux envahisseurs : Vikings qui lancent des razzias et s'implantent en divers points de la côte dès le ixe siècle, et surtout chevaliers normands avides de nouveaux fiefs, qu'un roitelet local dépossédé commet l'imprudence d'introduire dans l'île dès 1169. Mais l'autorité du roi d'Angleterre, leur suzerain, est purement nominale et limitée dans l'espace. Quant aux barons anglo-normands, ils reculent ou s'assimilent, devenant « plus irlandais que les Irlandais mêmes ». L'avènement de la dynastie Tudor vient mettre un terme à cette semi-anarchie. Les révoltes sont matées, les barons repris en main et muselés, la conquête achevée par le fer et le feu. L'introduction de la Réforme vient imprimer à cette campagne d'asservissement le sceau d'une inexpiable guerre de religion.

Sous Jacques Ier, l'Ulster rebelle est mise au pas et livrée à la colonisation extensive. Une nouvelle révolte voit fondre sur l'Irlande le redoutable Cromwell et ses « Têtes Rondes » fanatisées. Le « protecteur » tente en vain de déporter tous les « sauvages irlandais » dans la province désolée du Connaught, de manière à pouvoir établir sur les meilleures terres ainsi libérées un colonat militaire de petits propriétaires puritains. C'est, à l'inverse, un régime aristocratique de grande propriété latifundiaire qui prend racine au sud, tandis que la région nord-est de l'Ulster devient un bastion de petits colons presbytériens. Ces deux piliers de la « garnison » anglaise en Irlande ne sont pas à l'abri des tentations. Exploitée économiquement par la métropole, l'aristocratie anglo-irlandaise profite de la révolte des colonies américaines pour arracher à Londres la liberté de son commerce et l'indépendance de son Parlement. Plus radicaux, les presbytériens d'Ulster se convertissent au jacobinisme exporté par la Révolution française et vont jusqu'à tendre la main aux catholiques. L'insurrection de 1798, noyée dans le sang, met un terme à ces errements et entraîne la promulgation de l'Acte d'union de 1800, qui fait à l'Irlande un sort paradoxal : elle est privée de liberté pour cause d'insubordination permanente, tout en se voyant reconnaître toutes les libertés accordées progressivement au reste du Royaume-Uni par suite du mouvement de démocratisation de la société anglaise. De fait, l'Irlande va, tout au long du xixe siècle, s'émanciper de la tutelle coloniale : émancipation religieuse sous la houlette de Daniel O'Connell, émancipation agraire et politique sous la direction de Charles Stewart Parnell, émancipation nationale, enfin, à l'issue des « Pâques sanglantes » de Dublin (avr. 1916), et de la guerre d'indépendance anglo-irlandaise (1919-1921). Mais l'émancipation nationale n'accouchera que d'une indépendance morcelée : la « partition » de l'Irlande, imposée par les presbytériens d'Ulster, repoussée par les nationalistes, est apparue surtout comme le fruit empoisonné d'une première décolonisation bâclée.

1.  Histoire

  L'Irlande gaële

La nomenclature fantaisiste des envahisseurs d'Érin que nous ont transmises les vieilles légendes celtes et chrétiennes suppléent les zones d'ombre dont l'historien, en l'état actuel des sciences, est contraint de s'accommoder. Tout au plus est-il permis de poser quelques jalons. La découverte d'ossements humains dans une grotte du comté de Waterford semble attester que l'homme fit son apparition aux alentours de 9 000 ans avant J.-C. Des peuplades mésolithiques prirent pied dans l'île vers 6600 avant notre ère. Venues du nord de l'Europe, via l'Écosse, elles s'implantèrent en Ulster : leurs traces abondent dans le comté d'Antrim, sur les côtes, en bordure des lacs et des voies d'eau. Vivant de chasse et de pêche, elles furent lentes à s'initier à la culture et à la domestication des animaux. Vers le milieu du IVe millénaire avant notre ère, des tribus néolithiques en provenance du Moyen-Orient et des Balkans les supplantèrent. Techniquement plus évolués, les nouveaux venus se servaient d'outils en pierre polie, pratiquaient l'agriculture et l'élevage, édifiaient des sanctuaires en pierre, dressaient mégalithes et dolmens pour honorer leurs morts qu'ils inhumaient sous des tertres et dans des chambres funéraires dont les vestiges les plus caractéristiques s'étagent le long de la rivière Boyne, à Newgrange, Knowth et Dowth. Une nouvelle vague d'immigrants fit entrer l'Irlande dans l'âge du bronze entre 2000 et 1700 avant J.-C. : fusionnant avec le vieux fond de population néolithique, ils ouvrirent des mines de cuivre dans les comtés de Cork et de Kerry et travaillèrent l'or extrait des montagnes du Wicklow, comme en font foi les admirables bijoux ornés de motifs géométriques qui sont parvenus jusqu'à nous. Introduisant en Irlande la civilisation de La Tène, les Celtes ou Gaëls, tardifs représentants de l'âge du fer, firent leur apparition aux environs de 500 avant J.-C. : ils arrivaient par la traditionnelle route du nord-est, via la Bretagne insulaire, ou par le sud-ouest, via la péninsule Ibérique. Ces vagues successives mirent plusieurs siècles pour s'intégrer, assimiler les populations aborigènes et donner naissance à la civilisation gaële qui est mieux connue au-delà des avatars d'une histoire confuse et difficilement vérifiable.

La société gaëlique nous renvoie l'image d'une société stratifiée où la division esclave/homme libre/noble s'accommodait d'une certaine mobilité codifiée dans le Senchus Môr ou Loi des Brehons. Le monopole des activités intellectuelles, tenues en grande estime par les Gaëls, était dévolu à une hiérarchie à trois degrés : les druides à la fois initiés, augures, magiciens et conseillers des rois ; les file ou filid, juges, poètes et historiens, dépositaires des cycles épiques par lesquels s'exprimait la mémoire de la race ; les bardes enfin qui accompagnaient sur leurs harpes les généalogies, les louanges du clan et l'élégie des morts.

La forme du gouvernement était monarchique et élective. Le roi, ou Ri, qui n'était que primus inter pares de la caste aristocratique, était loin d'exercer un pouvoir illimité. Borné par les limites du tuath – unité politique de la taille d'un canton – et la convoitise de ses voisins, il n'était pas moins contesté par les nobles et les hommes libres qu'un individualisme forcené ne disposait guère à l'obéissance. Les successions donnaient lieu à d'interminables querelles. La pratique, connue sous le nom de Tanistry, d'élire un héritier présomptif du vivant du roi ne mit fin ni aux palabres ni aux violences. Les roitelets irlandais étaient placés sous l'autorité nominale d'un roi suprême ou Ard-Ri, un titre le plus souvent honorifique dont le degré de souveraineté variait substantiellement d'un Ard-Ri à l'autre.

Au ive siècle de notre ère, cette poussière de royaumes minuscules se fédéra en cinq royaumes principaux correspondant en gros aux provinces d' Ulster, Leinster, Munster, Connaught et aux comtés de Meath et Westmeath. Les deux centres politico-religieux de l'Irlande gaële étaient Emain Macha, aujourd'hui Navan Fort près d'Armagh, et Tara dans la vallée de la Boyne, siège des rois de Meath et, plus tard, de l'Ard-Ri d'Irlande.

Comparée à l'atomisation du pouvoir politique, l'organisation sociale des Gaëls s'avéra d'une solidité à toute épreuve. Elle reposait essentiellement sur la fine, variété achevée de gens indo-européenne réunissant cinq générations du père à l'arrière-neveu, intégrée à un sept, groupe de familles censé descendre d'un ancêtre commun. La coutume du fosterage, en vertu de laquelle les enfants n'étaient pas élevés par leurs parents, mais confiés à une maison amie, tissait des liens serrés entre les diverses cellules familiales. La propriété collective des terres était un facteur supplémentaire de cohésion sociale auquel l'appropriation privée du système féodal eut bien du mal à se substituer. Plus que le travail des champs, c'est l' élevage qui occupait les Gaëls. Le Tain Bo Cuailnge, L'Iliade irlandaise qui relate les prouesses de Cuchulain, est un poème somptueux de la Quête du Taureau. Les razzias de troupeaux étaient d'ailleurs monnaie courante dans ce pays où la richesse s'appréciait en têtes de bétail.

  L'Irlande chrétienne

C'est ce peuple de pasteurs guerriersIrlande, Ve-VIIe siècle, farouchement solidaire lorsqu'il s'agissait des droits du sang, et réfractaire à toute initiative fédératrice, qui écrivit, singulièrement, une des plus belles pages du christianisme primitif, transformant l'Irlande en « Île des Saints et des Docteurs », en pépinière de cénobites et de missionnaires.

Irlande, Ve-VIIe siècle Dessin

Irlande, Ve-VIIe siècle Le monachisme irlandais, Ve-VIIe siècle. 

Crédits: Encyclopædia Universalis France Consulter

Selon la tradition, la verte Érin fut évangélisée par saint Patrick, fils d'un fonctionnaire romain de Bretagne insulaire emmené en captivité en Irlande par l'Ard-Ri Niall-des-Neuf-Otages. Après avoir passé six ans à conduire des troupeaux dans le comté d'Antrim, il parvint à s'évader, reçut une solide instruction ecclésiastique sur le continent, probablement à Auxerre et à Lérins, et retourna en Irlande qu'il gagna à la foi du Christ entre 432 et 461 ou, selon une autre théorie, entre 456 et 490. Le secret de cette conversion foudroyante est un terrain préparé sans doute par d'autres missionnaires, le déclin probable du druidisme à cette époque, les contacts nombreux avec la Bretagne insulaire et la Gaule, l'habileté de saint Patrick qui entreprit de gagner les grands, ce qui dans cette société très aristocratique entraînait invariablement la conversion du clan tout entier. Sans violences, sans martyrs, le pays se couvrit d'églises tandis que les sermons de l'apôtre faisaient lever des légions de clercs.

Le succès de saint Patrick a de quoi surprendre car son apostolat reposait sur une conception romaine de la religion, très éloignée du tempérament celte et d'autant plus étrangère au pays que jamais les légions romaines n'osèrent s'aventurer dans la sauvage Hibernie. C'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles l'héritage orthodoxe de saint Patrick ne lui survécut pas. Cinquante ans après sa mort, l'Église d'Irlande avait oublié jusqu'à son nom.

D'épiscopale et romaine, elle était devenue celte et monastique. Le monastère en effet correspondait mieux au cadre rural et tribal de la société irlandaise. Son organisation était calquée sur celle de la famille, sa vie était liée à celle de la tribu. Il était d'essence fortement aristocratique : l'abbé tout-puissant appartenait presque toujours à une famille noble, voire royale. Sa signification elle-même était continuation, non rupture. Le monastère succédait au bangor, le collège des druides. Les moines étaient souvent d'anciens membres de la classe sacerdotale fraîchement convertis. Ils transposaient purement et simplement les traditions religieuses des Celtes sur le mode chrétien. Ils dressaient le catalogue des lois, recueillaient les épopées mythiques, compilaient les récits historiques : ils succédaient aux druides comme chantres et conservateurs de l'épopée nationale. Ils prenaient en charge les enfants, combinant à merveille le fosterage irlandais et le magistère chrétien. Ils élaboraient une mythologie chrétienne où le saint succédait au héros comme champion protecteur du peuple et magicien du nouvel âge.

Sous la croix du Christ, la nature continuait à ordonner la vie du peuple, avec ses fêtes, ses pèlerinages aux innombrables lieux saints, ses mystères encore tout imprégnés de paganisme.

L'Irlande entière chantait la louange du Seigneur. Cette ruche bourdonnante en pleine nuit barbare apporta sa contribution au développement de la culture latine, poussa à son plus haut degré l'ascétisme mystique, développa les arts et spécialement la calligraphie et l'enluminure, dont les livres de Durrow, de Lindisfarme et de Kells constituent les chefs-d'œuvre les plus accomplis.

De toute part on accourait dans les écoles monastiques irlandaises : nobles bretons, rois de Northumbrie, princes mérovingiens, lettrés du continent se pressaient à Clonard, Clonmacnoise, Armagh, Glendalough. Scot Érigène y enseignait la théologie ; Dicuil y préparait sa géographie universelle ; Fergal, abbé d'Aghaboe, y affirmait la sphéricité de la terre. Pendant deux siècles, les moines d'Irlande furent les précepteurs de l'Europe barbare avant d'être les inspirateurs de la réforme carolingienne.

Reprenant la tradition celtique du voyage mystique, l'imram, les moines irlandais prenaient la mer « pour gagner par l'exil la patrie céleste ». Ils atteignaient les îles Féroé, l'Islande, peut-être l'Amérique, comme le suggère la célèbre saga chrétienne du Voyage de saint Brendan. Ils essaimaient un peu partout : monastère d'Iona en Écosse, de Lindisfarne en mer du Nord. Ils abordaient le continent qu'ils parcouraient en tous sens, multipliant les établissements religieux : Saint-Fursa à Peronne, Saint-Fiacre près de Meaux, Saint-Killian à Wurtzbourg, Gall à Saint-Gall, et d'autres encore aussi loin que Tarente et Kiev.

Le plus illustre fut assurément saint Colomban, le fondateur de Luxeuil et de bien d'autres abbayes : sa règle austère et rigoureuse s'appliquait conjointement avec celle de saint Benoît.

  Les invasions vikings et normandes

Mais, païenne ou chrétienne, guerrière ou monastique, l'Irlande était toujours divisée contre elle-même, protégée par sa seule insularité. Obstacle vite franchi par ces intrépides coureurs des mers que furent les Vikings. En 795, ils pillèrent Iona, violèrent la sépulture de saint Colmcille, débarquèrent sur l'île de Lambey. En 837, deux flottilles de soixante drakkars remontèrent la Boyne et la Liffey, semant la mort et la désolation sur leur passage. Non contents de ravager les côtes et l'intérieur de l'île, les Vikings se constituèrent des points d'appui qui se transformèrent progressivement en ports fortifiés, centre d'un commerce florissant et prospère : en 841, ils édifièrent un enclos palissadé sur la Liffey, qui deviendra Dublin ; Wicklow, Arklow, Wexford, Waterford, Cork, Limerick, Carlingford furent créées peu après. Celtes et Vikings s'affrontèrent autour de ces territoires disputés, nouèrent des alliances, formèrent des unions, en sorte qu'il est bien difficile de se retrouver dans cette période confuse et tourmentée.

Au xe siècle, les Celtes se ressaisirent. Brian Boru, Ri du petit royaume de Dal Cais dans le comté de Clare, se hissa à la royauté du Munster en 978 et, s'étant forgé une armée redoutable et une flotte puissante, obtint la soumission du Leinster et du Connaught. En 1002, ce fut au tour du puissant Malachie, Ard-Ri de Tara, de faire allégeance. En foi de quoi, Brian Boru se couronna du titre d'Imperator Scottorum, empereur des Irlandais.

En 1014, à la bataille de Clontarf, il mit en déroute les troupes coalisées de Mael Morda, le roi celte du Leinster, et du Viking Sigurd, comte d'Orkney, mais il fut tué sous sa tente par un fugitifAssassinat du roi Brian Boru en 1014. Délivrée du péril viking, l'Irlande retombait dans l'anarchie la plus complète.

Assassinat du roi Brian Boru en 1014 Photographie

Assassinat du roi Brian Boru en 1014 Brian Boru (941-1014), roi de toute l'Irlande (1002-1014), est assassiné sous sa tente par un fuyard normand, le jour même où il défait à Clontarf les Normands de Sigurd et leurs alliés irlandais du royaume de Leinster, conduits par Mael Morda. Brian Boru se désignait lui-même comme empereur des Irlandais. 

Crédits: Hulton Getty Consulter

Sous l'influence du christianisme celtique postpatricien, l'Église irlandaise avait pris des libertés avec Rome. Une reprise en main s'imposait. Le pape Innocent II eut recours à l'archevêque d'Armagh, saint Malachie, compagnon de saint Bernard de Clairvaux, qui fut chargé de mettre au pas cette Église par trop indépendante. Un cardinal-légat réunit en 1152 à Kells un grand synode national qui promulgua les réformes nécessaires et instaura l'organisation diocésaine qui est encore celle de l'Irlande d'aujourd'hui avec les quatre archevêchés de Cashel, Tuam, Dublin et Armagh, siège du primat d'Irlande, et trente-six évêchés. En contrepartie, la tutelle de Cantorbéry était abolie au profit d'Armagh. La réforme du spirituel requérait un temporel fort : en vertu de la donation de Constantin qui stipulait que toutes les îles de la chrétienté appartenaient de droit au Saint-Siège, le pape Adrien IV – un Anglais – fit don de l'Irlande au roi d'Angleterre Henri II par une bulle Laudabiliter de 1155, que certains historiens considèrent comme apocryphe.

En 1169, à l'appel de Dermot Mac Murrough roi de Leinster, dépossédé de sa couronne par le roi de Connaught, un premier corps de chevaliers normands commandés par Richard comte de Pembroke, plus connu sous le nom de Strongbow, débarqua en Irlande, suivi bientôt par le roi d'Angleterre, duc de Normandie et d'Aquitaine, Henri II Plantagenêt, qui ne s'attarda que le temps de se faire reconnaître en tant que seigneur suzerain de l'île par les chefs celtes, les barons normands et les princes de l'Église.

Pour les chefs celtes, il n'était qu'un roitelet supplémentaire. Pour les barons normands, cette suzeraineté n'entravait en rien la conquête qu'ils entreprenaient et étendaient pour eux-mêmes. Pourtant, le pas était franchi. L'Angleterre avait un pied dans la place.

L'Irlande se couvrit de tours, de donjons, de châteaux, de villages fortifiés. On battit monnaie. Les Strongbow, les Fitz-Stephen, les Courcy, les Quincy, les Raymond-le-Gros, les FitzGerald, que l'imprudent Dermot Mac Murrough avait introduits en Irlande ou qui s'y étaient rués à la suite de Henri II, se taillèrent des fiefs dans les terres des O'Brien, des O'Donnell, des Mac Carthy, des Tyrell, des O'Niall et de tous les clans celtiques des quatre provinces gaëles.

Trois siècles durant, Celtes et Normands se firent opiniâtrement la guerre avec des fortunes diverses : d'abord étrillés par leurs adversaires, les Celtes assimilèrent la technologie militaire des Normands et commencèrent de leur infliger défaite sur défaite sous Aedh O'Connor, sous Art Mac Murrough, sous Donald O'Neill, sous l'Écossais Edouard Bruce. Harcelés par les Gaëls, décimés par la peste noire, les Normands se replièrent. Le Pale, qui marquait la limite de leur territoire, se rétrécit comme une peau de chagrin et ne comprit bientôt plus qu'une mince bande côtière de Dublin à Dundalk.

  Conquête sous les Tudors

La colonie n'était pas seulement menacée de l'extérieur. Elle était rongée de l'intérieur. À l'instar des Danois qui les avaient précédés, un grand nombre de seigneurs normands s'assimilèrent, devenant Hibernis ipsis Hiberniores, plus irlandais que les Irlandais eux-mêmes : ils se soumettaient au code Brehon, parlaient le gaëlique à la place du français, se laissaient pousser la barbe et les cheveux comme les indigènes, montaient leurs chevaux à cru selon la coutume du pays, s'entouraient de bardes qui chantaient leurs louanges sur la harpe celtique, échangeaient leur patronyme contre des noms irlandais, s'alliaient aux clans locaux et menaient dans leurs châteaux l'existence de rois celtes sur leurs terres ancestrales. En 1366, le Parlement colonial vota les Statuts de Kilkenny pour enrayer cette « dégénérescence » des Anglo-Normands. Se commettre avec les indigènes et ressembler même extérieurement à un Irlandais devenait passible de confiscation, d'emprisonnement et même de mort. Cette reprise en main était un aveu d'impuissance. Et, de fait, le gouvernement de Dublin acquittait une « rente noire » pour se soustraire aux attaques des chefs celtes. Richard II eut beau débarquer à la tête d'une troupe nombreuse en 1394 et 1399, il ne réussit pas davantage à écarter la menace des « ennemis irlandais et des rebelles anglais ».

Trois grandes familles anglo-normandes, plus ou moins irlandisées, possédant des fiefs immenses et des vassaux sans nombre constituaient l'essentiel de ces transfuges qualifiés d'« Anglais dégénérés » ou de « vieux Anglais » : la maison d' Ormond aux mains des Butler ; et les maisons de Desmond et de Kildare aux mains des FitzGerald ou Geraldine. Le plus célèbre des grands feudataires anglo-irlandais fut Garret More, huitième comte de Kildare. Pour le réduire à merci, sir Edward Poynings, lieutenant-général d'Henri VII, le fit accuser de trahison par un parlement réuni à Drogheda en 1494, lequel vota également le célèbre Poynings Act qui faisait obligation à la législature irlandaise d'obtenir l'autorisation du roi et de son conseil pour se réunir. Incarcéré à la Tour de Londres, Garret More fut néanmoins libéré et restauré dans sa toute-puissance par Henri VII à qui l'on prête ce mot : « Puisque toute l'Irlande ne peut régir Kildare, eh bien que Kildare régisse l'Irlande. » De fait, il assuma le pouvoir suprême jusqu'à sa mort en 1513. Ce n'était qu'un répit. La révolte de Thomas le Soyeux, son petit-fils, fut matée avec la dernière fermeté par Henri VIII : en 1537, le rebelle et cinq de ses oncles montèrent sur l'échafaud. C'en était fini de la suprématie des Geraldine. Dans la foulée, Henri VIII se fit remettre les terres des grands féodaux et des chefs irlandais qu'il leur restitua ex dono regis. Ce tour de passe-passe juridique dissimulait une véritable révolution civile. Ce que le roi avait donné, il pouvait le reprendre librement. Le principe des confiscations ultérieures était clairement établi. Surtout, Henri VIII rompait avec Rome et étendait à l'Irlande l'Acte de suprématie. Les monastères furent dissous. L'Église anglo-normande du Pale, inféodée à l'Église d'Angleterre, héritait des dépouilles de l'Église catholique irlandaise à laquelle demeuraient obstinément fidèles « rebelles irlandais » et « Anglais dégénérés ». Henri VIII, pour finir, ceignait la couronne d'Irlande.

Sous le règne de Marie Tudor eurent lieu les premières tentatives pour coloniser les terres confisquées aux O'Mores et aux O'Connors dans les comtés de Laois et Offaly, rebaptisés comté de la Reine et comté du Roi. Mais c'est sous Elisabeth Ire que l'Irlande fut matée sans ménagements à la suite d'une cascade de révoltes. Ce fut d'abord Shane O'Neill dont les velléités d'indépendance s'éteignirent lorsqu'il fut tué par des rivaux écossais (1567). Ce fut ensuite James Fitzmaurice Fitzgerald, cousin du quinzième comte de Desmond, qui prit les armes une première fois en 1569, puis une seconde en 1579 avec pour tout résultat de livrer le Munster à l'appétit vorace des colons. Après la dispersion de l'Invincible Armada en 1588, ce fut enfin l'embrasement de l'Ulster à l'appel de Hugh O'Neill, comte de Tyrone, et de Hugh O'Donnell, comte de Tyrconnell. Après quelques engagements à l'issue incertaine, les Anglais sous Henry Bagenal furent mis en déroute à la bataille de Yellow Ford (1598). C'était la première fois que l'Irlande était victorieuse de l'Angleterre en bataille rangée. Du nord au sud, les clans entrèrent en dissidence. Le Munster cria haro sur les colons. Le comte d'Essex, favori d'Élisabeth, prit le parti de temporiser et le paya de sa tête. Lord Mountjoy, son successeur, résolut d'épuiser la rébellion en déchaînant une campagne d'extermination et de terre brûlée. Des régions jusque-là fertiles et peuplées devinrent soudainement vides et stériles. En septembre 1601, un parti d'Espagnols ayant débarqué à Kinsale, Mountjoy se porta à leur rencontre, talonné par les bandes armées d'O'Neill et d'O'Donnell. L'impéritie et la précipitation des assiégés et assiégeants permit à Mountjoy de remporter une double victoire sur les Espagnols et les Irlandais. O'Donnell rembarqua avec les Espagnols pour s'en aller mourir au loin tandis qu'O'Neill retraitait à marches forcées vers ses inexpugnables montagnes d'Ulster. Par le traité de Mellifont de 1603, il se vit offrir une paix que l'état exsangue du pays ne lui permettait pas de décliner. Sur ces entrefaites, la reine Élisabeth Ire rendit l'âme. Elle laissait l'Irlande pantelante et pacifiée de la paix sinistre des cimetières et des charniers.

Les conditions de paix et l'acte de pardon n'étaient pas tels qu'O'Neill pût se satisfaire des empiétements de la Couronne et de la décadence irrémédiable de la civilisation gaële. Avec une centaine de ses pairs, il s'embarqua pour le continent et vint échouer à Rome où il mourut en 1616. Cette « fuite des comtes », outre qu'elle portait le coup de grâce à l'ancien mode de vie et amputait le peuple de ses élites traditionnelles, fournit le prétexte, si longtemps attendu, de faire définitivement rentrer dans le rang cette turbulente province d'Ulster pour qui la révolte était comme une seconde nature.

  Confiscation et colonisation sous les Stuarts et Cromwell

Alléguant la forfaiture des chefs rebelles, la quasi-totalité de l'Ulster fut confisquée par la Couronne récemment dévolue à la dynastie écossaise des Stuarts qui n'allait pas se révéler plus amène que les Tudors dans le traitement réservé à l'Île-Sœur. Sous le règne de Jacques Ier, c'est plus d'un demi-million d'acres qui furent ainsi accaparés et redistribués, non au hasard mais selon un plan préétabli visant rien moins qu'à constituer des districts anglais et écossais au loyalisme éprouvé, le but poursuivi étant de substituer purement et simplement un peuple à un autre.

En l'espace de quelques années, la propriété foncière changea de mains dans les six comtés d'Armagh, Cavan, Donegal, Derry, Fermanagh et Tyrone tandis que les comtés d'Antrim et de Down étaient subrepticement livrés à la colonisation par les intrigues de deux aventuriers écossais. Poussés par l'esprit d'aventure et de lucre, encouragés par la spéculation foncière, les gens d'affaires s'abattirent sur l'Ulster, bientôt suivis par les colons, Anglais du Yorkshire et surtout Écossais des Basses-Terres fuyant la persécution de l'Église anglicane contre les non-conformistes. Loin de venir les mains vides, les colons apportaient avec eux tout un réseau serré de traditions, d'institutions, de coutumes religieuses qu'ils se mirent en devoir d'imposer avec une énergie farouche dans leur nouveau pays. Ces pionniers défrichaient les terres incultes où les Irlandais se contentaient de mener une existence pastorale, relevaient les villes ruinées par les guerres, telle Derry rebaptisée Londonderry, qu'une corporation de Londres transforma en centre important et prospère, construisaient de nouvelles cités, ouvraient des marchés, bâtissaient des églises et des écoles. Vers 1650, on dénombrait plus de cent mille colons en Ulster. En une génération, les comtés d'Antrim et de Down, radicalement transformés par le travail des immigrants, semblaient être comme le prolongement des Basses-Terres d'Écosse.

Une province avait échappé à la colonisation : le Connaught. Charles Ier en digne émule de son père expédia le vice-roi Wentworth, comte de Strafford, avec une bonne armée et une poignée d'hommes de loi, pour mettre fin à cette anomalie. Une fois l'absence de titres ou le vice de l'acte de propriété constaté par des discoverers stipendiés, on faisait appel à une Cour de réclamations ou à un jury pour prononcer la confiscation. En Angleterre, toutefois, le Parlement était réticent. Le parti puritain stigmatisait la prérogative royale et le « papisme ». Pour jeter du lest, le roi se laissa convaincre de sacrifier Strafford qui fut rappelé à Londres, jugé et pendu. L'Angleterre en fièvre, l'armée de Strafford dissoute, il n'en fallait pas davantage pour enflammer les Irlandais. En 1641, une violente jacquerie mit l'Ulster en émoi.

Aux cris de Erin go bragh, les Irlandais se ruèrent sur les colons et en massacrèrent un grand nombre. Au début, ce n'était pas une guerre religieuse, encore moins une guerre nationale, tout au plus un soulèvement de paysans qui guettaient depuis des lustres l'occasion de faire rendre gorge aux colons protestants installés sur leurs terres. Peu à peu, le soulèvement s'étendit et s'organisa. Un valeureux chef de guerre, le général Owen Roe O'Neill, neveu du comte de Tyrone, qui avait été colonel dans l'armée espagnole des Flandres, enrégimenta les bandes rebelles tandis qu'un gouvernement central, la Confédération catholique, se constituait à Kilkenny au mois de mai 1642. Vieux Anglais catholiques et indigènes irlandais se ralliaient à sa bannière. Si les premiers étaient tentés d'accepter les ouvertures royales sur la liberté du culte, les seconds enflammés par le cardinal Rinuccini, nonce du pape, exigeaient la victoire et la redistribution des terres. En 1646, Owen Roe O'Neill remporta une écrasante victoire à Benburb, mais plutôt que d'en tirer parti il se précipita à Kilkenny pour imposer les vues du légat de Rome. Les rebelles succombaient au poison de la division. La nouvelle de l'exécution de Charles Ier rétablit un semblant d'unité. Mais il était trop tard. L'Angleterre en révolution s'était donnée à Olivier Cromwell, prophète d'un puritanisme agressif qui unissait la valeur militaire et un fulgurant génie politique. En tant qu'Anglais et en tant que puritain, il prêchait contre l'Irlande une guerre doublement sainte. Owen Roe O'Neill était seul de taille à tenir tête à la fureur armée du « Protecteur ». Mais, recru de fatigue, malade, il rendit l'âme avant d'avoir pu se mesurer à ce formidable adversaire.

Cromwell débarqua à Dublin le 15 août 1649. Il s'empara de Drogheda dont il fit massacrer les défenseurs et tous les habitants sans distinction d'âge ou de sexe. Wexford, malgré la capitulation de sa forteresse, subit un sort analogue. Le carnage s'étendit à tout le pays comme au temps d'Élisabeth Ire. Les villes tombèrent les unes après les autres. La rébellion s'éteignit sous cette poigne de fer. On estime à cinq cent mille Irlandais le nombre des victimes de cette guerre atroce, sans compter les exécutions prononcées par les cours martiales, l'exil de trente mille soldats – les fameuses « Oies sauvages » – qui s'en vinrent mettre leur épée au service de la France ou de l'Espagne et la déportation de milliers d'enfants, de femmes, de jeunes gens, embarqués de force pour la Jamaïque et les Barbades pour y être vendus à l'encan comme les Nègres.

Mais il restait encore bien trop de « sauvages Irlandais » au goût du Protecteur qui voulait donner l'Irlande en partage à son armée de manière à créer un colonat de petits propriétaires puritains, garants des vertus républicaines et de la présence anglaise. On décida donc de refouler les Irlandais dans le Connaught et dans le Clare, et d'isoler par un cordon militaire cette réserve indigène du reste de la colonie : « Va en enfer ou en Connaught », ordonnait-on à la pointe du sabre aux débris de la race gaële. Dans toute l'Irlande, ce fut un lamentable exode de foules hébétées, traînant leurs hardes sur d'invraisemblables charrois s'étirant tout au long des routes et des chemins qui conduisent aux terres ingrates cernées par le Shannon, les loughs et l'océan hostile.

Pour transplanter un peuple entier, il eût fallu une dictature de fer, une unité de vues et de moyens, que l'Angleterre de l'époque ne pouvait mettre en œuvre, même sous la poigne autoritaire du Protecteur. Le Cromwellian Settlement fut un double échec. En premier lieu, les créanciers de l'opération, les soldats impayés et les colons dépouillés, ignorèrent les intentions du gouvernement et s'arrogèrent des terres dans les régions en principe réservées aux Irlandais. Ils s'empressèrent de revendre ces terres à vil prix pour rentrer dans leurs foyers, rebutés par ce pays où rôdaient la folie et la mort. Au lieu d'un colonat de petits propriétaires puritains, c'est un régime de grande propriété latifundiaire qui se constitua en Irlande du Sud. En second lieu, l'armée et l'administration ne réussirent pas à venir à bout de la résistance passive d'un peuple qui refusait l'exil intérieur que voulait lui imposer son vainqueur. Il subsista des Irlandais en Leinster, en Munster et même en Ulster, quoique en moins grand nombre. Là, la colonisation de peuplement avait réussi. Dès Cromwell, le clivage qui pèse encore sur l'Irlande contemporaine était en place.

  Ultime défaite de l'Irlande catholique

Le rétablissement des Stuarts n'apporta aucun changement notable dans la situation de l'Île-Sœur. Toutefois, si l'indolent Charles II ne se fit pas prier pour confirmer les expropriations du Cromwellian Settlement, le catholique Jacques II éprouva le besoin de ménager les Irlandais dans le dessein de se constituer une base sûre contre l'opposition qu'il sentait gronder contre lui en Angleterre. De fait, lorsque éclata la « Glorieuse Révolution », c'est d'Irlande qu'il s'ingénia à reconquérir son trône usurpé par sa fille Mary et son gendre, Guillaume d'Orange, Stathouder de Hollande. L'Île-Sœur, sous l'influence de Richard Talbot, comte de Tyrconnell, un Anglo-Normand catholique, ne demandait qu'à reprendre les armes. Purgée de ses cadres protestants, rejointe par les bandes rebelles qui battaient la campagne, ralliée par les Vieux Anglais loyalistes et les survivants de l'aristocratie irlandaise, l'armée de Talbot fut bientôt en mesure de contrôler toute l'île à l'exception de l'Ulster presbytérien gagné à la cause de la maison d'Orange. Le 12 mars 1689, une flotte française envoyée par Louis XIV débarquait à Kinsale le roi Jacques, une centaine d'officiers français, des fusils, des munitions et de l'argent pour payer la solde de dix mille hommes. L'armée jacobite vint aussitôt mettre le siège devant Londonderry que son gouverneur, Robert Lundy, voulait rendre sans condition. Exaspérés, les protestants de la ville placèrent à leur tête le pasteur Walker et, bravant la famine et les épidémies, opposèrent une héroïque résistance de quinze semaines qui fit subir au roi des pertes énormes et le força à lever le camp le 30 juillet 1689. Le siège d'Enniskillen ne fut pas plus heureux. L'Ulster où prenait pied le maréchal Schomberg à la tête de vingt mille soldats, huguenots pour la plupart, était perdu pour le roi Stuart. Le 7 mai 1689, celui-ci réunissait les États d'Irlande, plus connus sous le nom de « Parlement patriote », dernière législature nationale à faire sa place à la vieille race irlandaise et à la foi catholique jusqu'en 1922. Mais il n'était plus temps de proclamer la liberté de conscience et la restitution des terres. Louis XIV expédiait un renfort de sept mille hommes sous Lauzun tandis que Guillaume d'Orange débarquait à Carrickfergus à la tête de trente-six mille mercenaires. La confrontation décisive qui eut lieu sur les rives de la Boyne le 1er juillet 1690 se solda par la défaite du roi Jacques. Tandis que ce dernier prenait honteusement la fuite, les restes de son armée se replièrent derrière le Shannon et résistèrent vaillamment pendant treize longs mois aux assauts des troupes orangistes. Pour mettre fin au siège de la ville, les Jacobites sous Sarsfield et les Williamites sous Ginkel signèrent le 30 octobre 1691 le traité de Limerick qui mettait fin à la guerre dans l'honneur. Les soldats du roi Jacques étaient autorisés à s'embarquer pour la France. Les catholiques se voyaient reconnaître les droits et privilèges dont ils jouissaient sous Charles II pour autant qu'ils fussent compatibles avec les lois de l'Irlande. Les clauses militaires furent respectées : sept mille Oies sauvages s'embarquèrent dès la fin du siège pour le royaume de France ; tout au long du xviiie siècle, des milliers d'autres viendront se battre et mourir sous le drapeau à fleurs de lys sur tous les champs de bataille du Nouveau et de l'Ancien Monde. Les articles civils, par contre, furent violés presque immédiatement : passant outre la volonté de conciliation du sage Guillaume III, la « garnison » protestante irlandaise s'arrogea toutes les terres, toutes les richesses, tout le pouvoir. Les catholiques, Gaëls ou Vieux Anglais furent contraints à l'apostasie ou relégués au ban de la société.

« La loi ne suppose pas l'existence de ce qu'on appelle un catholique romain », devait péremptoirement déclarer un lord chancelier d'Irlande. De fait, sous le nom de « Lois pénales », un minutieux code d'oppression et d'exclusion fut promulgué sous Guillaume III, la reine Anne et George Ier. Moines et évêques « papistes » étaient bannis d'Irlande sous peine de mort et les curés réfractaires traqués par des chasseurs de primes. L'enseignement catholique était proscrit. Il était interdit aux catholiques de posséder une arme ou un cheval d'une valeur supérieure à cinq livres. Ils étaient présumés coupables de tous les délits qui se commettaient dans le voisinage de leur résidence. La loi leur fermait les carrières civiles et militaires. Ils n'étaient ni éligibles ni électeurs. Hormis la médecine, il ne leur était loisible d'exercer aucune profession libérale. Il leur était impossible d'acquérir la moindre parcelle de terre. Ils ne pouvaient se consacrer à l'industrie qui était jalousement régentée par des corporations protestantes sectaires et pusillanimes. Empêchés d'hériter d'un protestant, de se marier à une protestante, de défendre leur maigre bien contre un fils ou un frère apostat, ils étaient rejetés dans les limbes du non-être social, économique et politique. En revanche, ils acquittaient l'impôt, entretenaient la milice et, outrage suprême, versaient la dîme à cette Église protestante établie qui offensait leur foi et leur dignité.

Réduit à l'état d'ilote, ignorant et misérable, l'Irlandais n'avait d'autre perspective que le servage dans les grandes propriétés des landlords anglicans de la colonie. Courbant l'échine, il n'en continuait pas moins à lutter et à vivre pour sa foi. Enfant, il fréquentait les hedge schools, réplique catholique des écoles buissonnières huguenotes. Adulte, il suivait les messes clandestines célébrées par les prêtres et les frères proscrits. L'Église catholique devint une immense société secrète, protégée par le peuple d'Érin, et souffrant avec lui et pour lui. D'autres sociétés secrètes plus violentes – Whiteboys, Oakboys, Ribbonmen, Molly Maguires, etc. – exhibaient périodiquement le visage menaçant de la paysannerie rebelle, prompte à brûler les moissons, à tuer les bêtes, à piller les maisons coloniales, à torturer landlords et intendants : réactions de chiens enragés, bien vite matées.

Une fois écrasé, l'ennemi irlandais et détruites l'ancestrale société gaëlique et la vieille aristocratie anglo-normande catholique qui nourrissaient la résistance de cette île turbulente, l'Angleterre put croire la conquête achevée. Assujettie au parlement de Londres, soumise aux astreintes politiques et économiques édictées par la métropole, l'Irlande était, de surcroît, étroitement surveillée par une garnison vigilante mais passablement hétérogène. En Ulster, elle se composait d'une masse compacte de petits protestants non conformistes et radicaux ; dans le reste du pays régnait une caste minoritaire de landlords anglicans et réactionnaires, l'Ascendancy. Si les aspirations et les intérêts des deux piliers de la garnison étaient divergents, l'unité était maintenue, vaille que vaille, par l'existence d'un ennemi commun, « le papiste irlandais », dont on savait qu'il conservait vivace le souvenir cuisant des outrages et de la spoliation.

  La nation protestante (1779-1800)

Les vingt dernières années du siècle figurent l'âge d'or de la colonie protestante, qui voit triompher partout le blason des grandes maisons aristocratiques anglo-irlandaises. Elles possèdent la terre, source de richesse, les mandats parlementaires, source de pouvoir, et jusqu'au gouvernement des âmes que gère à leur profit l'Église anglicane d'Irlande, seul établissement ecclésiastique toléré, reconnu et entretenu par l'État. Ce sentiment de puissance les conduit à fronder une métropole soucieuse avant tout de prémunir ses marchands et ses industriels contre la concurrence irlandaise qui s'ébauche. Des voix s'élèvent pour stigmatiser le mercantilisme éhonté de la grande île : Jonathan Swift dans ses Lettres du drapier déchaîne la colère contre les manipulations frauduleuses de la dynastie hanovrienne. Survient la révolte des colonies américaines. Prétextant la nécessité de défendre les côtes d'Irlande contre les raids des corsaires français, le parlement de Dublin vote une loi autorisant la formation de corps de volontaires. En 1779, il y a quarante mille hommes sous les armes. À leur tête, on trouve les chefs du Parti patriote : Henry GrattanHenry Grattan, figure du parlementarisme irlandais, Flood, lord Charlemont. Passée l'inquiétude des premiers mois de guerre, les volontaires se servent de leurs armes pour exiger la suppression des entraves commerciales et constitutionnelles. L'avertissement porte ses fruits. À la fin de 1779 et au début de 1780, Londres rétablit la liberté du commerce. Deux ans plus tard, l'indépendance législative de l'Irlande est reconnue et la tutelle du parlement anglais sur la législature dublinoise abrogée. C'est le triomphe du Parti patriote, qui s'attache à relever l'industrie et le commerce et va même jusqu'à promulguer quelques maigres réformes en faveur des catholiques. Mais cette révolte aristocratique est bientôt dépassée.

Henry Grattan, figure du parlementarisme irlandais Photographie

Henry Grattan, figure du parlementarisme irlandais Membre du Parlement irlandais depuis 1775 et leader incontesté du parti patriote, Henry Grattan (1746-1820), bien que d'ascendance protestante, se battit toute sa vie, en vain, pour la reconnaissance civique des catholiques. Champion de l'indépendance du Parlement irlandais au sein de la Couronne, il ne put pas empêcher l'Acte d'union de 1800 avec Westminster, qui mit fin à l'autonomie de Dublin. 

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La Révolution française agit comme un révélateur. Un frémissement parcourt l'Irlande. Il prend naissance au nord, chez les ouvriers et artisans presbytériens, et trouve un écho puissant, encore que déformé, dans la petite classe moyenne catholique du sud. À l'intersection des deux mouvements, le jacobinisme irlandais trouve son héraut en la personne de Theobald Wolfe Tone, jeune avocat épiscopalien du barreau de Dublin, membre fondateur du Club des Irlandais unis, et secrétaire adjoint du Comité catholique de Dublin.

Le rapprochement presbytériens-catholiques inquiète le château de Dublin et les possédants. Après quelques timides réformes, on décide de recourir à la manière forte. On s'emploie à réveiller le fanatisme religieux en Ulster où il ne demande qu'à se rallumer. Instrument de cette politique sectaire, l'ordre d'Orange fait son apparition. Tandis que l'on fourbit les armes de la guerre de religion et de l'affrontement social, le gouvernement lève des milices, fait débarquer des troupes et lâche sur la population des mercenaires auxquels un arsenal législatif anti-insurrectionnel garantit la plus totale impunité. Jusqu'alors révolutionnaire en paroles, le Club des Irlandais unis se voit contraint de passer aux actes. Devenu soudain clandestin, républicain et militaire, il invite la France à voler au secours de l'Irlande méprisée et persécutée. À Paris, Theobald Wolfe Tone fait le siège du Directoire qu'il parvient à intéresser à un projet de « descente » en Irlande.

À deux reprises, la France tentera d'épauler les jacobins irlandais. En décembre 1796, sous le commandement de Hoche, une petite escadre sera dispersée par la tempête. En août 1798, une poignée de grognards sous les ordres du général Humbert se couvrira de gloire sur le sol irlandais, avant de succomber à des forces supérieures en nombre. Entre-temps, une rébellion désespérée aura embrasé une partie de l'Ulster et les montagnes du Wicklow avant d'être taillée en pièces sur la colline de Vinegar Hill, le 21 juin 1798. Capturé, jugé et condamné à être pendu, Theobald Wolfe Tone, considéré à juste titre comme le père du nationalisme républicain irlandais, se tranche la gorge dans sa cellule. Avec lui s'éteint l'indépendance nominale de l'« île verte » chère au cœur de Grattan. Intimidé, terrorisé, corrompu, le parlement de Dublin vote en 1800 l'Acte d'union de l'Irlande et de la Grande-Bretagne, qui donne naissance au Royaume-Uni. Mais l'étincelle de la révolution jacobine allumée par Wolfe Tone couve sous la cendre. Trois ans à peine après le vote de l'union, un raid malheureux contre le château de Dublin, dirigé par un autre patriote protestant, Robert Emmet, témoignera de la vigueur de cette jeune greffe révolutionnaire. Elle produira ces surgeons successifs qui ont nom : Jeune Irlande, Fenians, Sinn Fein, Irish Republican Army.

L'Acte d'union déjoua les plans de ceux qui en escomptaient la mise au pas définitive de l'île sœur. Indirectement, et pas toujours de bonne grâce, l'Irlande bénéficia de la démocratisation progressive de la société britannique à laquelle elle se trouvait intégrée à son corps défendant.

L'émancipation catholique

Les vingt premières années du xixe siècle avaient pourtant relégué l'Irlande au dernier rang des préoccupations anglaises. Le pays était calme, la rébellion n'était plus qu'un mauvais souvenir. Au sud, une paysannerie catholique docile obéissait à ses maîtres, tandis qu'au nord les presbytériens se lançaient dans la révolution industrielle qui allait creuser le fossé les séparant du peuple des campagnes méridionales. C'est une accalmie de courte durée à laquelle vient bientôt mettre fin un tribun de génie, Daniel O'ConnellDaniel O'Connell. Authentique Gaël, formé dans les collèges irlandais de Saint-Omer et de Douai, ténor d'un barreau ouvert depuis peu aux catholiques, il fonde, en 1823 une Association catholique qui, bientôt dissoute, renaît de ses cendres sous le nom de Nouvelle Association catholique. Soutenue par l'Église, enrôlée un peu malgré elle, l'Association réveille les paysans, soutient leurs griefs, les mobilise en période d'élections. Mais, s'ils peuvent voter, les catholiques restent inéligibles. En 1828, O'Connell lance un formidable défi au château de Dublin et au gouvernement de Londres, en se présentant dans le comté de Clare contre un membre du cabinet anglais, très populaire dans sa circonscription. Il est triomphalement élu, et fait, le 15 mai 1828, une entrée remarquée à Westminster. Sir Robert Peel et Wellington, tirant la leçon de ce coup de force, contraignent le Parlement à voter, le 13 avril 1829, l'Acte d'émancipation qui accorde aux catholiques le libre accès à toutes les fonctions militaires ou civiles, à l'exception de la vice-royauté d'Irlande et des postes de chancelier d'Angleterre et de chancelier d'Irlande.

Daniel O'Connell Photographie

Daniel O'Connell Brillant avocat irlandais catholique, Daniel O'Connell (1775-1847) devient un homme politique de premier plan. Élu maire de Dublin, il réunit en 1843, pour prôner l'émancipation de son pays, une foule immense sur la colline de Tara. 

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L'Acte d'émancipation ne ralentit pas la course d'O'Connell. La paysannerie catholique, qui croule sous les charges, n'en peut plus de payer la dîme à l'Église d'Irlande, sœur de l'Église anglicane d'Angleterre. En 1830, on refuse ici et là de payer l'impôt ecclésiastique. En 1831, des bandes d'hommes armés molestent percepteurs et gendarmes. Les whigs au pouvoir ont besoin des députés irlandais : l'administration du château de Dublin est réformée et la dîme abhorrée est réduite à 75 p. 100 de sa valeur et convertie en taxe foncière. Tirant avantage de la réforme municipale, O'Connell est élu lord-maire de Dublin le 1er novembre 1841. Il n'a jamais été aussi populaire.

Mais, en exigeant le rappel de l'union, pour lequel il mobilise des foules énormes, il va au-delà de ce qu'un gouvernement armé de toute sa puissance peut légitimement tolérer. Tandis que se succèdent en Irlande les monster meetings, on vote une loi de répression, une de plus, on débarque des troupes, on fortifie les postes et les casernes. C'est à peu de chose près le même scénario qu'en 1798. O'Connell, qui a vu de ses yeux les excès sanguinaires de la Révolution française, se refuse à jeter l'Irlande dans une nouvelle insurrection qu'il sait condamnée d'avance. Au grand dam des foules chauffées à blanc par son éloquence, il cède à la force et contremande le meeting de Clontarf interdit par les autorités. À dater de ce jour funeste, le pouvoir du « Libérateur » s'effrite. En route pour Rome, le vieux lutteur s'éteint à Gênes le 15 mai 1847.

Formidable aura été son impact sur l'Irlande. Impact positif autant que négatif. Au crédit, on doit lui savoir gré d'avoir fait d'une tourbe de serfs avilis un peuple conscient de ses droits et sûr de sa force. Au débit, il faut bien admettre qu'il n'a pas entamé, ou si peu, le régime agraire colonial ni la férule implacable des seigneurs de l'ascendancy. Pire, en faisant de l'Église catholique le relais de son action et l'armature de son mouvement, il a définitivement perdu l'Ulster presbytérien rejeté dans le parti de l'union et gagné au fanatisme de l'ordre d'Orange.

Même dans son propre camp, O'Connell a ses détracteurs. Les intellectuels romantiques du mouvement Jeune Irlande dénoncent son utilitarisme et veulent rendre à l'Irlande anglicisée ses coutumes, ses traditions, sa langue, pour lui restituer sa personnalité propre de nation gaële étouffée par la conquête et la colonisation. Ce combat culturel se heurte cependant à un fléau plus implacable que tous les envahisseurs réunis.

La Grande Famine et ses conséquences

Le paysan irlandais se nourrit exclusivement de pommes de terre ; les céréales qu'il cultive et les bêtes qu'il élève lui permettent tout juste de payer la rente au propriétaire. Que survienne une guerre ou une mauvaise récolte, c'est la famine garantie. Ce n'est pas une, mais trois mauvaises récoltes consécutives qui surviennent inopinément de 1846 à 1849. C'est un désastreÉmeutes de la faim en Irlande (1846). La faim et le choléra déciment des villages entiers. La campagne irlandaise n'est plus qu'un immense charnier.

Émeutes de la faim en Irlande (1846) Photographie

Émeutes de la faim en Irlande (1846) La foule tente de pénétrer dans une boulangerie à Dungarvan, comté de Waterford, en 1846. De 1845 à 1849, la grande famine, due à la maladie de la pomme de terre, principale ressource des paysans, frappa l'Irlande, entraînant une forte mortalité et une émigration massive, et fit passer la population de 8 millions à moins de 6 millions d'habitants en 1851. 

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De l'horreur à la révolte, il n'y a qu'un pas, que les membres les plus exaltés de la Jeune Irlande croient pouvoir franchir, en entraînant le peuple dans un soulèvement général. L'insurrection, maladroitement déclenchée par Smith O'Brien à l'été de 1848, se réduit à quelques escarmouches peu glorieuses, dont la dernière en date s'achève piteusement dans les carrés de choux d'un potager de Ballingary. Épisode dérisoire noyé dans le maelström de ces quatre années de misères et d'agonies. Un million et demi de morts, un autre million d'êtres humains faméliques, contraints d'émigrer pour fuir la hideur et la désolation du pays natal, tel est le lourd bilan de la Grande Famine.

L'émigration n'est pas le salut. À Manchester, à Glasgow, à Londres, les Irlandais s'entassent dans des bidonvilles abjects où ils se heurtent aux ouvriers anglais. De l'autre côté de l'Océan, cela ne vaut guère mieux. Dans les quartiers d'immigrants misérables et insalubres de la côte est des États-Unis, l'âge moyen est de quatorze ans. L'alcoolisme, la violence et la prostitution y font des ravages. À force de courage et d'obstination, les Irlandais émergent peu à peu de cet enfer. Ils prennent le contrôle de l'Église catholique américaine, montent à l'assaut de l'administration, des syndicats, du Parti démocrate. Ils s'emparent de la police et des bas-fonds de New York.

Pendant ce temps, à Paris, James Stephens, un des insurgés de 1848, et John O'Mahony, un autre exilé, caressent le projet de fonder une société secrète révolutionnaire ayant pour but de conquérir l'indépendance de la verte Erin. O'Mahony gagne New York, où il organise bientôt la Fenian Brotherhood, du nom des légendaires guerriers de l'antique Hibernie, tandis que James Stephens, de retour en Irlande, fonde l'Irish Republican Brotherhood (I.R.B.) dont il se nomme dictateur provisoire. Des deux côtés de l'Océan, le fenianisme fait des progrès foudroyants. Malgré la condamnation de l'Église, qui abhorre ces disciples de Mazzini, et l'opposition des modérés, qui récusent la violence, les cellules de la société secrète révolutionnaire prolifèrent dans les villes, dans les campagnes, et jusque dans l'armée.

À la perspective de ce nouveau soulèvement, le Château s'alarme et prend les devants. En septembre 1865, les chefs fenians sont arrêtés, l'habeas corpus suspendu, le régiments noyautés expédiés aux colonies. Mais Stephens passe à travers les mailles du filet, tandis que l'Irish Republican Brotherhood tombe sous la coupe des officiers américano-irlandais qui ont combattu dans les rangs nordistes et sudistes pendant la guerre de Sécession. L'insurrection éclate en mars 1867, mal préparée comme toujours et desservie par le mauvais temps. Des engagements très vifs ont lieu à Dublin, dans les comtés de Cork, de Kerry, de Limerick, de Clare, de Waterford et de Lough. La gendarmerie et l'armée, depuis longtemps sur le pied de guerre, ont vite raison de cette révolte. Les fenians déclenchent alors des coups de main spectaculaires qui frappent l'opinion.

L'Angleterre comprend qu'il est temps de lâcher du lest. Le Premier ministre libéral, W. E. Gladstone, « désétablit » l'Église anglicane d'Irlande, abolit ses privilèges, et fait voter une première loi agraire qui étend aux paysans du sud la régime de faveur dont jouissent les tenanciers protestants d'Ulster.

Indignation des landlords. Si l'Angleterre pactise avec l'émeute, à quoi bon maintenir l'union ? On voit ainsi apparaître sous la direction d' Isaac Butt un mouvement fédéraliste aux contours ambigus, qui rassemble aussi bien des protestants ultras que des nationalistes modérés et des fenians convertis à l'agitation légale. À la surprise générale, il remporte une soixantaine de sièges aux élections de 1874. L'aile gauche du mouvement s'ingénie à perturber les débats de la Chambre des communes en utilisant tous les moyens d'obstruction autorisés par le règlement. Elle passe bientôt sous le contrôle d'un stratège parlementaire de première force, Charles Steward Parnell. Grand propriétaire protestant, élevé à Cambridge, il est un pur produit de la société coloniale, à ceci près qu'il partage les aspirations de Wolfe Tone et de Robert Emmet, la propension à la violence en moins. Sous sa férule, les députés irlandais paralysent le fonctionnement du parlement britannique. Aux élections de mars 1880, Parnell est triomphalement réélu avec soixante et un députés activistes. Le mois suivant, il est porté à la présidence du Parti parlementaire irlandais. Succédant à Daniel O'Connell, il est sacré « roi non couronné de l'Irlande ».

Parnell et la guerre agraire

Le pays est en crise. Les propriétaires continuent d'extorquer des rentes exorbitantes et d'évincer les paysans avec la dernière brutalitéExpulsion d'une famille de paysans irlandais (1880). L'émigration draine des milliers d'Irlandais vers le Nouveau Monde. Une série de mauvaises récoltes fait planer la menace d'une nouvelle famine. Mais, cette fois-ci, la paysannerie renâcle. Michael Davitt, un ancien fenian, fonde la Ligue agraire et en offre la direction à Parnell, qui tient désormais les rênes de l'agitation rurale et de la revendication constitutionnelleCharles S. Parnell expulsé des Communes, en 1881. La résistance aux évictions s'organise. Contre les propriétaires qui y ont recours, et contre les tenanciers qui osent prendre la place des expulsés, on utilise une arme terrible : l'ostracisme. Un des premiers à en faire les frais est un certain capitaine Boycott, qui donnera son nom à cette nouvelle forme de lutte. Mais il n'y a pas que le boycott et l'action concertée et pacifique de la paysannerie, canalisée par la Ligue agraire. La violence ravage les campagnes. On saccage les récoltes du propriétaire, on mutile ses bêtes et, si cela ne suffit pas, on le crible de chevrotines aussitôt qu'il commet l'imprudence de se séparer de la troupe de gendarmes qui l'escorte partout et campe l'arme au pied sur ses terres.

Expulsion d'une famille de paysans irlandais (1880) Photographie

Expulsion d'une famille de paysans irlandais (1880) Un tenancier et sa famille sont expulsés de leur exploitation pour ne pas avoir payé le loyer, en 1880. L'arrivée en 1879 de Charles Parnell à la tête de la Ligue agraire irlandaise marqua le début d'une vaste campagne de manifestations, destinée à combattre les expulsions des petits tenanciers, souvent catholiques, endettés et privés de tout droit. 

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Charles S. Parnell expulsé des Communes, en 1881 Photographie

Charles S. Parnell expulsé des Communes, en 1881 Le député nationaliste Charles S. Parnell (1846-1891) est expulsé de la Chambre des communes pour obstruction, sa tactique favorite (1881). Au même titre que sa virulence oratoire au Parlement, ses idées révolutionnaires à la tête de la Ligue agraire et son attitude en faveur des petits paysans irlandais lui valurent la prison en octobre 1881 et entraînèrent la dissolution de la Ligue. 

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Le gouvernement anglais décide d'apporter remède à la crise sociale. En 1881, une loi ambitieuse est votée qui consacre les droits du paysan sur la terre qu'il cultive. Elle reconnaît au tenancier le droit de vendre sa tenure, celui d'exiger un juste fermage révisable tous les quinze ans, et celui enfin de se maintenir sur la terre sans avoir à redouter à tout moment l'éviction porteuse de misère et de mort dans les campagnes. C'est un véritable droit de copropriété qui est reconnu aux paysans. L'aristocratie terrienne anglo-irlandaise est sur le déclin.

Le problème agraire en partie réglé à l'avantage des paysans, Parnell relance la campagne pour l'autonomie interne, le Home Rule, terre promise de l'agitation constitutionnelle. Il persuade Gladstone, qui inscrit la revendication irlandaise au programme du Parti libéral. Aussitôt le pays s'enflamme. L'extrémisme fleurit de toutes parts. Les traditions britanniques les plus établies vacillent. Le projet libéral déchaîne une frénésie annonciatrice de guerre civile.

Les presbytériens d'Ulster enflammés par l'ordre d'Orange et par les appels à la révolte de lord Randolph Churchill s'arment pour défendre l'union. En juin et juillet 1886, ils en profitent pour mettre à feu et à sang les quartiers catholiques de Belfast.

L'un après l'autre, les projets de Home Rule sont repoussés. On essaie par tous les moyens d'abattre Parnell. On le traîne devant les tribunaux pour répondre d'une accusation de complicité avec la fraction terroriste du mouvement fenian. La pièce maîtresse de l'accusation est un faux en écriture. Le chef irlandais triomphe. Par son calme et sa dignité, il en impose à l'Angleterre et galvanise une Irlande qui ne doute plus de sa victoire.

Mais le roi non couronné a un point faible. Il entretient une liaison avec la femme, séparée de fait, d'un politicien irlandais véreux qui intente un procès en divorce à sa femme et jette le scandale en pâture à l'opinion publique. Le chef irlandais est traîné dans la boue. La prude société victorienne et la puritaine Irlande se déchaînent contre l'homme adultère. L'idole d'Erin, le stratège génial qui tenait le lion britannique à la gorge devient soudain un proscrit aux abois qui meurt, abandonné de tous, le 6 octobre 1891.

Parnell éliminé, les conservateurs essaient de balayer les dernières velléités autonomistes en promulguant de vastes et opportunes réformes. Ainsi du Wyndham Act, voté en 1903, qui systématise le rachat à l'amiable des terres par les paysans grâce à des avances de l'État remboursables par annuités sur près de soixante-dix ans. C'est une réforme agraire qui préfigure le transfert général de la propriété foncière et porte le coup de grâce à la vieille aristocratie anglo-irlandaise. Ainsi également de certaines tentatives de modernisation rurale. Ainsi enfin du gouvernement local rendu électif par une loi de 1898. Mais, parallèlement, les conservateurs multiplient les brimades policières, gaspillant ainsi très largement l'effet salutaire de leurs « bontés » politiques.

La marche vers l'indépendance

Écœurée par l'échec du grand rêve de Parnell, la jeune génération se recueille et prête l'oreille à d'autres sirènes. On est en pleine « renaissance irlandaise » : toute une pléiade d'auteurs, comme Standish O'Grady, William Butler Yeats, Lady GregoryAugusta Gregory, George Russell, James Stephens, récusent l'utilitarisme anglo-saxon et célèbrent les vertus de l'antique Celtie, redonnant aux jeunes Irlandais foi en eux-mêmes. La Ligue gaélique, fondée par Douglas Hyde en 1893 pour préserver et étendre l'usage de la langue et des traditions irlandaises, connaît un vif succès, comme les écoles nationalistes fondées et dirigées par le poète Padraic Pearse. Il en va de même pour le Sinn Fein, créé en 1905 par Arthur Griffith à l'effet d'inciter les Irlandais à boycotter les institutions coloniales britanniques et à reprendre en main leur propre destin. La classe ouvrière n'est pas la dernière à s'organiser : sous l'influence de « Big Jim » Larkin, puis de Jammes Connolly, apparaissent les premiers mouvements socialistes et les premiers syndicats purement irlandais. De nouvelles méthodes agricoles sont acclimatées, l'industrialisation séduit les meilleurs esprits de la bourgeoisie. Le Parti parlementaire irlandais, divisé, déconsidéré, panse ses blessures et refait son unité sous la houlette de John Redmond qui relance la campagne autonomiste pour le Home Rule. Cette véritable révolution culturelle, fortement teintée de nationalisme, creuse un fossé de plus en plus grand entre l'establishment colonial et l'Irlande nationale.

Augusta Gregory Photographie

Augusta Gregory Augusta Gregory (1852-1932), dramaturge irlandaise et administrateur de l'Abbey Theatre de Dublin. 

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Reste l'Ulster. Dans le coin nord-est de l'île, les descendants des colons anglo-écossais du xviie siècle refusent toujours de faire cause commune avec les nationalistes du sud. Et, lorsque le gouvernement libéral d'Asquith, après avoir neutralisé la Chambre des lords, décide, en avril 1912, de donner partiellement satisfaction à Redmond en concédant à l'Irlande tout entière une faible mesure d'autonomie, ils pétitionnent, s'arment, lèvent des milices, défilent dans les rues, courtisent le Kaiser et désignent même un gouvernement provisoire pour s'opposer à la politique libérale. Ils sont soutenus par la City, les conservateurs et l'armée qui refuse de marcher contre eux. En fait de loyalisme, ce que fomentent les chefs unionistes, Edward Carson et James Craig, c'est un véritable coup d'État qui constitue l'acte de naissance de l'Irlande du Nord. Coup d'État victorieux, puisque, aussi bien, les libéraux n'osent point relever le défi et cèdent à la force en reconnaissant que l'Ulster a droit à un « traitement séparé » qui porte en germe la future partition. La loi de Home Rule promulguée en 1914, et aussitôt suspendue, veut plaire à tout le monde et ne donne satisfaction à personne.

Le temps n'est plus aux tergiversations. La violence appelle la violence. La leçon du chantage armé des ulstériens n'a pas été perdue. Au sud aussi on s'arme et on lève des milices : Citizen Army ouvrière et Irish Volunteers nationalistes. Mais au lieu de la guerre civile, c'est la Première Guerre mondiale qui éclate. L'union sacrée est rétablie. Sur cent soixante-dix mille volontaires, onze mille à peine refusent d'endosser l'uniforme britannique. Manipulés en sous-main par une fraction du conseil militaire secret de l'I.R.B., ils ne sont guère plus de mille à se lancer, tête baissée, dans l'insurrection déclenchée à Dublin le lundi de Pâques 1916. Contre toute attente, ils tiendront une semaine, luttant à un contre quinze dans les ruines fumantes de la capitale irlandaise. Il ne faudra pas moins de seize mille Tommies soutenus par l'artillerie de campagne et les pièces d'une canonnière remontant la Liffey pour venir à bout de la résistance désespérée des insurgés. Cinq années tragiques s'écouleront avant que l'Irlande obtienne son indépendance, mais il est clair qu'une nouvelle page de son histoire vient d'être tournée dans la fureur des combats de rues dublinois d'avril 1916.

Pierre JOANNON

2.  Langue et littérature

  Aperçu sur la langue irlandaise

La langue celtique, parlée en Irlande depuis le début de la période historique, est souvent appelée gaélique ou goïdelique, du vieil irlandais goidel, terme d'origine brittonique dont l'équivalent moderne est le mot gallois gwyddel, « irlandais ». On ne sait pas exactement quand le goïdelique a été introduit en Irlande : il semble que ce soit aux environs du début de l'ère chrétienne.

De façon assez arbitraire, on divise l'évolution de la langue irlandaise en quatre périodes : celle des inscriptions en ogham (c'est-à-dire un alphabet indigène), que l'on situe entre 300 et 600 ; le vieil-irlandais entre 600 et 900 ; l'irlandais moyen de 900 à 1200 ; enfin, l'irlandais moderne. Après 1600, la langue littéraire cesse d'être en usage et les dialectes modernes, dont le gaélique écossais et le mannois, font leur apparition.

Les témoins les plus anciens sont des inscriptions funéraires en alphabet oghamique. Elles attestent une langue archaïque, phonologiquement très proche du brittonique ancien des inscriptions celtiques de Grande-Bretagne et de Gaule ; on pourrait comparer ses rapports avec l'irlandais trouvé dans les sources littéraires les plus anciennes à ceux qui existent entre le latin et le vieux français.

Le vieil-irlandais se présente comme une langue qui vient de se dégager du stade archaïque et qui est pourtant déjà dotée d'une structure remarquablement complexe de verbes composés et de pronoms infixes qui survivent pendant plusieurs siècles. Au cours de la période de l'irlandais moyen, elle se simplifie au point de ressembler aux premiers spécimens du gallois. Cette tendance s'est développée dans le gaélique écossais et le mannois où, tout comme dans le danois moderne, il n'y a qu'une forme verbale pour chaque temps de verbe. Aujourd'hui plus de cinq cent mille personnes parlent l'irlandais, surtout dans la région de Galway, à l'ouest du pays.

  Le temps des filid

Depuis les temps les plus reculés, la littérature irlandaise fut une littérature aristocratique, l'apanage d'une classe professionnelle, les filid (au singulier fili, prophète, conteur). On a suggéré avec beaucoup de vraisemblance que fili, brithem (juge), senchaid (historien) et druí (druide) appartenaient à la même classe privilégiée. Le druide fut évincé par le clergé chrétien, mais il est resté un personnage important des sagas ; dans les lois anciennes, les autres classes professionnelles sont mises sur le même rang que l'aristocratie terrienne.

Poésie et pièces versifiées

Peu de chose demeure de la poésie la plus ancienne, sans doute à cause de son hermétisme. Le Fáeth Fiada (Le Cri du cerf) est une incantation rythmique que la tradition attribue à saint Patrick. Bien que l'ancienneté de ce poème soit certaine, il ne peut guère avoir été écrit auve siècle. L'Amra (Éloge) en l'honneur de saint Columba (521-597), de style rhétorique, aux phrases courtes liées par allitération, est attribué à Dallan Forgaill, qui était le chef des poètes (rigollam) d'Irlande. Cette forme de prose rythmée allitérative apparaît aussi dans les sagas et le terme technique qui la désigne est emprunté au latin, retoric.

La poésie officielle était faite en grande partie de panégyriques, d'élégies que les filid composaient pour leurs patrons. Le Tromdám Guaire (Les Convives tyranniques de Guaire) est une satire dans laquelle un roi, après avoir écouté un poète, dit « que c'est un bon poème pour qui peut le comprendre » ; les poètes usaient souvent en effet à dessein d'un style sibyllin, à la manière des trobar clus provençaux. Ce sont évidemment leurs œuvres officielles qui ont été le mieux conservées, mais on a retrouvé quelques fragments d'œuvres plus libres qui témoignent d'un véritable génie lyrique.

Toute la tradition écrite est monastique, et le nom donné à la science chrétienne, legend (du latin legendum), évoque le passage de l'oral à l'écrit. Dès l'établissement de l'Église en Irlande, celle-ci non seulement toléra l'emploi de la langue vulgaire dans les écrits religieux, mais l'encouragea et, après les premiers siècles, l'irlandais avait entièrement supplanté le latin dans tous les domaines, sauf pour les textes liturgiques. La tradition littéraire et le sentiment religieux ont communié dans la poésie de la nature. Déjà la poésie locale, tant dans ses poèmes lyriques que dans les sagas et les chants de saison, s'y était montrée sensible. D'autre part, le mouvement monastique dans l'Église irlandaise favorise le courant « pastoral » ; cette poésie presque franciscaine plaisait aux scribes monastiques, ce qui lui valut d'être en grande partie conservée.

Les filid étaient capables d'adapter leur technique à des conditions nouvelles, comme le montre un poème sur la mer (du xie s.), marqué par l'influence scandinave.

Dans l'œuvre des filid, une place importante était réservée à la chronique du passé ; en fait, certains de leurs poèmes sont plutôt des généalogies en vers. Cínaed ua Artacain (  975) résuma en un long poème, Fianna bátar i nEmain (Les Guerriers qui étaient à Emain), les matériaux de la saga, tandis que Fland Mainistrech (  1056) recueillait les œuvres des générations de filid qui avaient synchronisé l'histoire traditionnelle de l'Irlande avec celle du monde extérieur telle qu'on la connaissait. Importante aussi est la grande collection, à la fois en vers et en prose, appelée Dindshenchus, qui forme, comme l'a fort bien dit R. Flower, « une sorte de dictionnaire national de topographie qui donne à chaque paysage d'Irlande sa légende appropriée ». Le développement, d'une forme très souple, à la rime facile, fit fleurir les vers mnémoniques sur les sujets les plus variés : hagiographie, grammaire, lexicologie, métrique, droit...

La saga

La première forme d'épopée irlandaise est un récit en prose qui contient généralement des passages non narratifs dans un style plus élevé, rhétorique ou poétique ; ces derniers passages sont souvent écrits sous forme de dialogue. C'est à E. Windisch que l'on doit d'avoir découvert la ressemblance de la saga irlandaise avec les premiers textes sanscrits ; selon lui, la tradition en remonterait aux premiers temps indo-européens. Il semble, au moins, que ce soit du celtique commun. Des procédés analogues se retrouvent dans le Gododdin gallois. Les poèmes qui composent ce texte ne forment pas une épopée, mais pourraient être les intermèdes lyriques d'une antique saga dont on aurait perdu la prose : ainsi en Irlande le fameux poème de La Vieille Femme de Beara.

La langue des sagas les plus anciennes fait supposer qu'elles ont été transcrites au viie et au viiie siècle, il est toutefois probable que ces versions sont dues à des clercs qui ont voulu fixer par écrit des contes appartenant à la tradition orale. Ces versions elles-mêmes ont été imparfaitement conservées puisqu'on ne possède pas de manuscrits antérieurs au xiie siècle. Seuls les récits courts sont restés dans une forme proche de l'original ; le reste abonde en doublets et répétitions parce que les sources ont été traitées sans esprit critique. La prose rythmée des anciens textes devint vite inintelligible et fut remplacée, dans les versions tardives, par des poèmes plus longs en mètres syllabiques.

Si l'ensemble de ces récits est dénué de valeur historique, il est possible que certains détiennent un fonds traditionnel susceptible d'une interprétation historique. Les plus anciens offrent l'image d'une société primitive et pré-chrétienne, les batailles de chars, les têtes prises comme trophées, la position privilégiée des druides, le pouvoir du tabou (Geis) comme sanction surnaturelle – dont il y a très peu de témoignages dans les sources historiques.

Le classement de ces textes est peu aisé. Le cycle mythologique, ainsi nommé à cause de ses références aux êtres immortels, ne peut être séparé du cycle des rois. Le cycle le plus important est celui des Ulaid (le peuple qui a donné son nom à l'actuelle province d'Ulster). Il est certain que les personnages de Conchobar, roi des Ulaid, Cú Chulainn, l'enfant-guerrier, Medb, reine de Connaught, Noísi et Déirdre, les amoureux infortunés, sont des personnages importants de la première littérature irlandaise et plus encore du renouveau anglo-irlandais.

C'est sur des éléments des sagas des Ulaid que s'édifie ce qui ressemble le plus à une épopée. La Táin Bó Cúailnge (La Razzia du bétail) semble être issue d'un effort délibéré pour doter l'Irlande d'une épopée comparable à L'Énéide. On y trouve des épisodes dramatiques, comme le dialogue de Medb avec le devin, et les démêlés de Cú Chulainn avec les éclaireurs de Connaught, mait les longues séries de combats singuliers deviennent monotones, et l'histoire traîne en longueur. Les meilleures parties sont certainement celles où Fergus, exilé de l'Ulster, retrace pour Medb et Ailill les exploits de jeunesse de Cú Chulainn. Cette histoire de l'enfance d'un héros abonde en touches saisissantes de vérité ; c'est évidemment l'œuvre d'un artiste accompli et, par un heureux hasard, elle a été transmise sous une forme assez correcte. Pourtant, à la considérer dans son ensemble, la Táin ne présente pas un aussi grand intérêt littéraire ; continuellement retravaillée, elle offre une sorte de document stratifié de la dégénérescence du style irlandais. De même que la simple prose de la première période est remplacée par les passages emphatiques allitératifs et le retoric, émouvant dans son obscurité, par de longs poèmes maladroits, de même le rude humour avec lequel les tueries de Cú Chulainn sont décrites est remplacé par la sentimentalité qui préside à son combat avec son ami d'enfance Fer Diad.

Autour du Táin vinrent se grouper bon nombre d'histoires accessoires dont certaines ont fait l'objet d'adaptations modernes dues à des auteurs de l'école anglo-irlandaise, J. M. Synge et W. B. Yeats.

Ces premières sagas poussent l'exagération jusqu'au grotesque : de même on y trouve peu de traces de surnaturel. Cela ne s'explique guère par l'origine monastique des manuscrits. Les quelques éléments chrétiens qui y sont introduits sont des interpolations facilement décelables et il est probable que les dieux païens avaient, eux aussi, une part minime dans ces récits, même dans les versions les plus anciennes. On y trouve, certes, des immortels, mais ils se mêlent peu des affaires des hommes et ils ne constituent pas une sorte de panthéon ; ils vivent dans des demeures (síd) qui sont des montagnes ou des îles, et qui les cachent aux yeux des humains. En général, les mortels ne peuvent se rendre aux sid que si, par exemple, une immortelle est amoureuse d'un homme. La vie y est éternelle mais aucun mortel ne peut retourner dans le monde sans que lui soit compté le temps qu'il a vécu dans le sid. L'Irlandais pré-chrétien croyait-il à l'immortalité de l'âme ? Rien ne l'indique dans les sagas.

L'une des plus charmantes de ces histoires est Imram Brain (Le Voyage de Bran, édité en anglais par K. Meyer et A. Nut, 1895), qui décrit un voyage à Tír inna imBan (le pays des femmes). Le même plan préside aux autres imrama qui devaient trouver leur pendant ecclésiastique dans la Navigatio Brendani (Le Merveilleux Voyage de saint Brandan).

Dans la suite, les récits accentuèrent le merveilleux plutôt que le surnaturel. Une des versions du Tochmarc Etaíne (La Quête d' Etain) raconte comment Etain, autrefois une immortelle royale, fut réincarnée en une femme mariée à Eochaid Airem. Son mari immortel, Midir, la retrouve, la gagne au jeu à son mari terrestre et l'emporte à nouveau au sid où il la garde en dépit de tout ce qu'on tente pour l'enlever. Les charmes de l'autre monde sont décrits de façon délicieuse dans les chants où Midir évoque pour sa femme le pays qu'elle a quitté.

Dans Togail Troí (La Prise de Troie) et dans un autre récit qui choisit pour héros Alexandre, on commence à voir des influences de l'Antiquité gréco-latine, mais l'érudition classique n'a guère eu d'emprise avant la période suivante. Quant au cycle de « l'homme des bois » associé au nom de Suibne Geilt, il semble originaire de Strathclyde, où la littérature irlandaise et la littérature brittonique se sont rencontrées à une époque très ancienne. Le mélange d'hagiographie, de saga, et de sentiment de la nature en fait un ensemble de récits parmi les plus attachants de cette période.

Religion et spéculations

Les vies de saints n'offrent pas un grand intérêt du point de vue littéraire. Écrites avant tout dans le but d'édifier, ce sont des œuvres de fantaisie, qui englobent de plus en plus de folklore et de matériaux épiques, et où l'accent est toujours mis sur le miraculeux. Elles contiennent une ample information sur la vie quotidienne dans l'Irlande ancienne et représentent, de ce fait, un document culturel de premier ordre. La tradition latine et la tradition irlandaise s'y trouvent mêlées. Autre genre important de prose religieuse, la vision ; le plus connu de ces récits est Fís Adamnáin ou Vision d'Adamnan, dont l'âme quitte le corps pour quelque temps afin de visiter, sous la conduite d'un ange, le ciel et l'enfer. On a beaucoup débattu jusqu'à quel point ce genre de prose religieuse irlandaise, parfois écrite en latin, a pu influencer Dante. Vies de saints et visions peu à peu tombèrent dans l'exagération, si bien que ces deux genres donnèrent lieu à des parodies, dont le meilleur exemple est Aislinge Meic Con Glinne (La Vision de Mac Conglinne) qui montre un roi possédé du démon de la gloutonnerie et guéri par le récit qui lui est fait d'une vision du pays de Cocagne.

Dans la vie culturelle des Irlandais, la théorie a toujours eu au moins autant d'importance que la pratique et les filid ont édifié tout un ensemble de recherches abstraites. Il en reste quelques obscurs fragments sur la nature de l'inspiration et sur l'origine du langage, combinée avec des instructions pratiques sur des questions de style et de métrique. Dans plusieurs textes très anciens, le débat sur l'art du poète est mêlé à celui relatif à son statut légal. Dès le xe siècle, les changements survenus dans le langage avaient nécessité des gloses et des interprétations des textes plus anciens ; Cormac mac Cuilennáin, le roi-évêque de Cashel (  908) avait compilé un glossaire de mots archaïques avec illustrations, étymologies (de l'école d'Isidore) et exemples.

Pour les filid, l'étude de l'histoire et de la généalogie était tout aussi importante que celle de la langue et de la littérature. Une histoire synthétique de la période pré-chrétienne fut ainsi établie, et l'on put faire remonter jusqu'à Adam la généalogie des familles nobles. La séquence d'événements relatés dans une compilation telle que Leabhar Gabhála (Le Livre des Conquêtes) a été une source féconde de spéculation pour les archéologues et les historiens modernes. On peut néanmoins accorder plus de crédit aux annales conservées dans les monastères ; on estime qu'elles sont sûres à partir du vie siècle.

Le droit et la médecine constituaient deux professions importantes dans l'ancienne Irlande. La science médicale se transmettait oralement de maître à élève, et sans doute il en était de même pour le droit au début ; toutefois, on est en possession de textes qui ont dû être composés dans la période la plus ancienne (vie s.). Remarquablement archaïques, par le contenu autant que par la langue, ils représentent certainement plusieurs traditions, mais la première place appartient au Senchas Mór (Grand Livre des anciennes lois), une codification ayant autorité, conçue par une commission qui siégeait sous saint Patrick. Actuellement, on estime que les strates les plus anciennes des lois apportent le meilleur témoignage à la fois sur l'irlandais archaïque et sur la société dans l'Irlande des premiers temps chrétiens. L'ensemble n'est pourtant qu'une description des relations légales d'une petite aristocratie terrienne. Lorsque la vie est devenue plus compliquée, il semble que le système se soit effondré, et que les juges aient rendu leurs arrêts ainsi que de simples arbitres, en les appuyant sur des citations mal comprises.

  Du temps des bardes à l'aube de la Renaissance

Le xiie siècle est une période de contradictions. D'une part, les plus anciens codes survivants étaient recopiés dans les monastères qui préservaient les lettres du passé avec une remarquable fidélité ; d'autre part, les bardes, élaborant de nouvelles formes poétiques, tenaient compte des changements de la langue ; ils codifièrent à l'usage de la poésie un langage très proche de la langue courante. Après le xiie siècle, les familles de bardes héréditaires devinrent gardiennes de la littérature irlandaise jusqu'à la chute du régime gaélique.

David GREENE

La poésie des bardes

La réforme poétique des bardes fut radicale. La langue poétique fut accordée au langage parlé de l'époque. On réduisit le nombre des mètres poétiques ; la plus grande partie des pièces conservées sont des éloges, des poèmes adressés au patron temporaire ou permanent du poète, ou à Dieu. C'était le résultat du nouveau statut des poètes : n'étant plus associés à des fondations monastiques, ils dépendaient entièrement de patrons pour pouvoir mener la vie large à laquelle ils prétendaient avoir droit.

Pour le goût moderne, même les meilleurs exemplaires de cette poésie officielle ont peu d'intérêt, ce sont les rares poèmes de circonstance qui ont le plus de valeur. Un des plus anciens poètes de la grande famille de bardes Ó Dálaigh, Muireadhach Albanach (env. 1214-1240), a laissé, en même temps qu'une vibrante défense pour le meurtre d'un percepteur, une élégie sur la mort de sa femme, qui est une des plus belles œuvres de la littérature irlandaise. De tels joyaux sont rares.

Une note nouvelle fut introduite dans les lettres par les envahisseurs normands gaelicisés, celle de l'amour courtois ; et la combinaison de cet élément avec l'esprit du style des bardes a donné nombre de charmants poèmes.

Le cycle Fenian (ou ossianique)

La presque totalité de la prose de cette période concerne le héros Finn et sa bande de guerriers (fian, d'où « Fenian »). J. Mac Neill a peut-être raison de voir en eux des traditions plus populaires car les éléments de folklore y sont beaucoup plus nombreux que dans le cycle aristocratique de l'Ulster. L'œuvre la plus marquante est Agallamh na Seanórach (La Conversation des vieillards) : Oisin et Caoilte réchappent à la bataille de Gabhra ; ils continuent à vivre jusqu'à l'époque de Patrick que Caoilte accompagne à travers l'Irlande, lui expliquant l'origine des noms des endroits qu'ils visitent – c'est là certainement un procédé narratif emprunté au Dindshenchus, tout comme la forme où à la prose se mêlent constamment les pièces versifiées. Mais, alors que, dans le cycle d'Ulster, l'introduction du héros d'autrefois n'est qu'une façon d'authentifier le récit, dans les histoires Fenian, elle vise à éveiller la nostalgie des gloires du passé. On voit bien là le contraste entre une vieille société hiérarchique et une société en pleine mutation confrontée à un monde hostile. La prose dégénère en un style ampoulé qui devient franchement de mauvais goût dans Cath Fíonntrágha (La Bataille de Ventry). On retrouve des échos de ce style dans les « séries » de contes populaires modernes où règne encore la tradition Fenian. La technique des bardes se simplifia tellement que la versification devint même plus facile que dans la ballade anglaise ; les thèmes changèrent quand cette littérature passa aux mains du peuple. Saint Patrick y paraît encore, mais c'est maintenant un personnage malveillant, brutalisant les vieux héros qui représentent la tradition païenne et guerrière. Ces ballades eurent un énorme succès auprès du peuple. Le recueil qu'en a fait James Macgregor, doyen de Lismore, au début du xvie siècle, montre que la tradition des ballades ayant pour héros Oisin et Finn, sur lesquelles James Macpherson allait plus tard fonder ses pastiches d' Ossian et Fingal, était déjà florissante.

Pierre JOANNON

Reprises et adaptations

Les récits populaires des filid furent repris et mélangés à des éléments de folklore : c'est le cas notamment pour la très vieille saga de Fergus mac Léti qui fut récrite au xive siècle pour y inclure l'histoire de gens de petite taille, les leprechauns. On a suggéré que Jonathan Swift avait peut-être eu connaissance d'une version de cette histoire et s'en serait inspiré dans ses Voyages de Gulliver. Il existe un cas curieux où la technique de la saga a été appliquée à un grand personnage historique : Cogadh Gaedheal re Gallaibh (Le Combat de l'Irlandais avec l'étranger), qui a pour sujet les guerres menées par Brian Bóroimhe. Le style en est alambiqué et déclamatoire : il eut cependant de nombreux imitateurs.

C'est vers la fin du Moyen Âge que les traductions du latin et de l'anglais se multiplient et que l'on commence à publier un nombre considérable d'ouvrages techniques. Au cours de toute cette période, la science et l'enseignement du continent ont éclipsé la tradition du pays. Les clercs ont réussi l'exploit, remarquable pour l'époque, de traiter de la philosophie dans la langue vernaculaire ; malheureusement, très peu de ces traités sont parvenus jusqu'à nous.

Au xve siècle, l'imprimerie mettait la littérature à la portée de tous dans la plupart des pays d'Europe. Mais en Irlande, bien que l'irlandais fût la langue du pays presque tout entier et que la littérature y fût très vivante, les Irlandais n'avaient pas le contrôle des villes et, par conséquent, n'avaient pas accès à l'imprimerie. La littérature irlandaise resta donc une littérature aristocratique, réservée à ceux qui pouvaient offrir aux écrivains le vélin coûteux que le papier ne remplaça qu'assez tardivement. Cela explique que cette littérature n'ait pu atteindre la masse du peuple.

  Étouffement et renouveau

Sous le règne d'Élisabeth (1558-1603), l'Angleterre parvint à réduire la puissance de la noblesse irlandaise et anglo-irlandaise, et, vers le milieu du xviie siècle, la victoire lui était assurée. À partir de ce moment, la langue irlandaise allait perdre peu à peu sa place.

Cependant, la littérature irlandaise n'était pas morte ; de même que les bardes avaient pris la succession des filid au xiie siècle, de même une nouvelle école de poètes succéda aux bardes. La langue poétique se rapprocha de plus en plus de la langue du peuple et ce fait, allié à la liberté qu'offrait la nouvelle métrique, redonna vigueur à la poésie. Si les écrivains obtenaient difficilement des patronages, ils disposaient en revanche de papier, de sorte que leurs œuvres se propageaient, même sans le secours de l'imprimerie. Bien entendu, la poésie, durant tout le xviie siècle, fut un cri passionné contre le régime anglais et la première expression cohérente de patriotisme. Ces poètes-paysans ont maintenu une littérature fidèle au passé jusqu'à la fin du xviiie siècle. La tradition de Munster a jeté un dernier et magnifique éclat dans Cúirt an Mheánoíche (La Cour de Minuit) de Brian Merriman, un maître d'école de Clare (traduit en anglais par Frank O'Connor, 1945). C'est peut-être le mieux venu de tous les poèmes écrits en irlandais.

Pendant le xviie siècle se poursuivit la tradition d'œuvres en prose, qui ont aujourd'hui une valeur inestimable, car les écrivains avaient puisé à des sources qui sont actuellement perdues. Le premier livre imprimé en irlandais fut la traduction protestante du Nouveau Testament (1603) mais il n'exerça évidemment que peu d'influence.

En fait, l'apathie du public ne cessait de croître et il devenait de plus en plus incapable de lire la langue irlandaise.

Au début du xixe siècle, la langue et la littérature irlandaises éveillèrent un intérêt d'ordre savant, et les publications de J. Hardiman, J. O'Donovan et E. O'Curry attirèrent l'attention de la classe bourgeoise cultivée, assez mince, dont la langue était l'anglais depuis plusieurs siècles. L'ouvrage de O'Curry On the Manners and Customs of the Ancient Irish (1873) eut une influence considérable. L'un des chefs de « Jeune Irlande », Thomas Osborne Davis (1814-1845), fut le premier à comprendre que la restauration de la langue irlandaise pourrait devenir une force politique dans un mouvement nationaliste. Toutefois, l'intérêt resta longtemps purement académique et se cantonna dans la préservation et l'extension de la langue, jusqu'à l'établissement de la Ligue gaélique en 1893.

Des mouvements semblables se manifestaient d'ailleurs dans tous les pays d'Europe, de la Catalogne à la Finlande, mais les obstacles ne furent nulle part aussi difficiles à surmonter qu'en Irlande.

Les Irlandais parlant leur langue nationale avaient un statut de minorité. De plus, pendant plus de deux cents ans, la langue du nationalisme irlandais avait été l'anglais et personne ne songeait à faire de la langue irlandaise la condition préalable d'une nation séparée. On arriva à ce résultat curieux : la renaissance de l'irlandais est due à l'enthousiasme des érudits et des nationalistes, dont presque aucun ne connaissait la langue, beaucoup plus qu'aux paysans qui la parlaient – une situation qui s'est maintenue jusqu'à un certain point. Le mouvement de renaissance gaélique a trouvé son apogée dans la République irlandaise où l'anglais et l'irlandais jouissent des mêmes droits devant la loi et où tous les enfants sont instruits dans les deux langues.

Il fut malaisé de résoudre le problème de l'écriture d'une langue qui avait perdu ses structures et s'était fractionnée en dialectes. C'est seulement au milieu du xxe siècle qu'une langue officielle a été choisie par décret. Cela se serait fait tout naturellement si plus de gens parlant l'irlandais s'étaient trouvés dans la province de Munster où les traditions littéraires étaient le mieux conservées.

C'est un prêtre de Munster, le père Peter O'Leary qui a donné l'élan à la renaissance avec toute une série de romans, d'essais et de traductions. Et c'est un pêcheur de Munster, Thomas O'Criomhthain qui a écrit le plus beau livre de la renaissance : An tOileanách, traduit en anglais par R. Flower (The Islandman, 1934). En dialecte de l'Ulster, on retiendra quelques ouvrages intéressants de Séamus O'Grianna (Máire) et de son frère Seosamh Mac Grianna. Le Connaught a donné trois bons auteurs de nouvelles : Pádraic O'Conaire, Mairtin O'Cadhain et Liam O'Flaherty (qui écrit également en anglais).

D'une façon générale, c'est la nouvelle qui a le plus de succès. Le théâtre, privé d'un vaste public, se cantonne dans les traductions ; quant à la poésie lyrique, elle compte des auteurs pleins de sensibilité comme Máirtin Ó Direáin, Máire Mhac an tSaoi, Michael Longley, Derek Mahon, et surtout Seamus HeaneySeamus Heaney, prix Nobel de littérature en 1995.

Seamus Heaney Photographie

Seamus Heaney Poète visionnaire, Seamus Heaney s'est montré capable de remonter le temps à la recherche du « peuple des tourbières » et de faire ressentir dans sa langue les déchirements de l'Irlande. 

Crédits: NITB Consulter

David GREENE

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AUTONOMIE

Écrit par :  François BOURRICAUD

Dans le chapitre "La « solution autonomiste »"  : …  de groupes allogènes minoritaires à la fois du point de vue ethnique, linguistique et religieux.* C'est le cas des Irlandais dans leur lutte contre le Royaume-Uni à partir de 1801, date à laquelle William Pitt décide de fermer le Parlement de Dublin et d'envoyer les députés irlandais siéger à Westminster, jusqu'à 1921, date à laquelle est… Lire la suite
BRIAN BORU (941-1014) roi d'Irlande (1002-1014)

Écrit par :  Paul QUENTEL

… *Fils de Cenneidigh, Brian Boru (ou Brian Borumha) devint roi de Munster (978), puis roi suprême (ard-ri) de l'ensemble du pays ; il se distingua dans la lutte contre les envahisseurs danois. En 968, Mahon, autre guerrier célèbre, battit les Danois à Sulchoit, près de Tipperary. Brian battit le roi de Leinster qui s'était allié aux… Lire la suite
CELTES

Écrit par :  Christian-Joseph GUYONVARC'HPierre-Yves LAMBERTStéphane VERGER

Dans le chapitre "Religion celtique"  : …  pour contester les secondes. En réalité, l'archaïsme des textes insulaires est indubitable : l'*Irlande n'a jamais été romanisée et elle s'est convertie directement de sa religion nationale au christianisme ; les moines et évêques de la chrétienté celtique ont transmis et transcrit les légendes et les vieilles annales à titre d'histoire… Lire la suite
CHAMBERLAIN AUSTEN (1863-1937)

Écrit par :  Roland MARX

… *Fils aîné de Joseph Chamberlain, demi-frère du plus jeune, Neville, Austen Chamberlain appartient à la famille qui influença de manière décisive la politique britannique de la fin de l'ère victorienne à la Seconde Guerre mondiale. Son prestige personnel fut immense dans l'entre-deux-guerres, bien que progressivement éclipsé par celui de son frère,… Lire la suite
CHARLES Ier (1600-1649) roi d'Angleterre (1625-1649)

Écrit par :  Pierre JOANNON

… *Roi d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande, second fils de Jacques VI Stuart, roi d'Écosse, qui deviendra roi d'Angleterre en 1603 sous le nom de Jacques Ier, Charles Ier monte sur le trône en 1625. Jeune, séduisant et indécis, il est un jouet entre les mains de son entourage. L'impopulaire duc de Buckingham le pousse à attaquer… Lire la suite
CORNWALLIS CHARLES (1738-1805)

Écrit par :  Universalis

… Pour ses services en Inde, il est fait marquis en 1792. Nommé vice-roi (Lord lieutenant) de* l'Irlande (1798-1801), il gagnera la confiance et des orangistes protestants et des catholiques. En 1798, après avoir maté une révolte irlandaise et déjoué une invasion française (9 septembre), il a la sagesse de limiter la répression aux chefs… Lire la suite
COSGRAVE WILLIAM THOMAS (1880-1965)

Écrit par :  Universalis

… Homme* d'État irlandais, né le 6 juin 1880 à Dublin, mort le 16 novembre 1965 à Dublin. William Thomas Cosgrave rejoint très tôt le Sinn Fein. Membre du conseil municipal de Dublin en 1909, il sera ensuite réélu sous la bannière du mouvement nationaliste. Il rejoint la milice nationaliste des Volontaires irlandais créée en 1913 et, en août 1914,… Lire la suite
CROMWELL OLIVER (1599-1658)

Écrit par :  Roland MARX

Dans le chapitre "Du général au chef d'État"  : …  d'un pouvoir civil. Chef d'armée, il a été l'homme de la féroce répression du soulèvement de l'*Irlande en août-septembre 1649 : le massacre de Drogheda, le 12 septembre, où « Dieu [reconnaîtrait] les siens » est une page particulièrement sanglante dans une expédition qui aboutit à la sujétion des Irlandais et à la dépossession de nombre d'… Lire la suite
DAVITT MICHAEL (1846-1906)

Écrit par :  Roland MARX

… *Agitateur irlandais, fils d'un petit fermier catholique émigré en Angleterre, Davitt a occupé une place particulière dans la révolte de l'Irlande. Membre à partir de 1865 du mouvement fenian, il a commencé par partager les idées de ses camarades nationalistes sur la priorité à l'indépendance et sur la valeur exclusive de la violence : il participe… Lire la suite
DROGHEDA

Écrit par :  Roland MARX

… *Ville de la côte est de la république d'Irlande, à 50 kilomètres environ au nord de Dublin. Située sur la Boyne, à proximité de son embouchure, Drogheda (en irlandais Droichead Átha, « le pont sur le gué ») a été fondée par les Normands au début du xe siècle. Forteresse et centre commercial, elle voit son rôle s'accroître encore… Lire la suite
DRUIDES

Écrit par :  Christian-Joseph GUYONVARC'H

Dans le chapitre "Le témoignage des textes"  : …  fonctionnelle de la société gauloise, très clairement décrite par César, correspond à celle de la* société irlandaise médiévale : tandis qu'en Gaule la première fonction (sacerdotale), la deuxième (guerrière) et la troisième (artisanale et productrice) sont représentées respectivement par les druides, les equites et la plebs,… Lire la suite
DUBLIN

Écrit par :  Brigitte DUMORTIER

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ÉLISABETH Ire (1533-1603) reine d'Angleterre (1558-1603)

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ÉPIDÉMIES

Écrit par :  Jacqueline BROSSOLLETGeorges DUBYGabriel GACHELINJean-Louis MIÈGE Universalis

Dans le chapitre "La peste jaune"  : …  détruisit une grande multitude de gens. Ensuite la peste surgit, non moins gravement, dans l'île d'*Irlande. » Dans les éditions critiques de Bède, plusieurs commentateurs ont ajouté à cet endroit : « Cette maladie fut appelée la peste jaune d'après la couleur des victimes. » S'agissait-il alors d'une nouvelle attaque de la maladie qui avait ravagé… Lire la suite
EUROPE - Géographie

Écrit par :  Jacqueline BEAUJEU-GARNIERCatherine LEFORTPierre-Jean THUMERELLE

Dans le chapitre "Les montagnes septentrionales"  : …  de la Cornouailles sont formés de terrains primaires plissés et de restes de noyaux cristallins. *En Irlande, en dehors du nord-est, les montagnes se disposent en blocs périphériques : monts du Connaught au nord-ouest (Neuphin, 807 m), de Munster et de Kerry au sud-ouest (point culminant de l'Irlande : Carrantuohill, 1 042 m), de Wicklow à l'est… Lire la suite
FENIANS

Écrit par :  Roland MARX

… *Prétendant tirer leur nom de fianna, guerriers héroïques de la légende gaélique, les fenians ou Frères républicains irlandais sont des nationalistes décidés à recourir à la violence pour obtenir l'indépendance de leur île. Ils constituent leur société simultanément à New York sous la direction de John O'Mahony et à Dublin en 1858 et… Lire la suite
FLEETWOOD CHARLES (1618?-1692)

Écrit par :  Pierre JOANNON

… *Soldat et homme politique anglais. Lorsque la guerre civile éclate, Charles Fleetwood se range dans le camp des parlementaires. Il reçoit le commandement d'un régiment en 1644 et participe à la mise en pièces des troupes royales à Naseby (14 juin 1645). On le soupçonne d'avoir trempé dans le complot visant à s'emparer de la personne du roi Charles … Lire la suite
GRATTAN HENRY (1746-1820)

Écrit par :  Roland MARX

… *Avocat et homme politique irlandais. Entré au parlement de l'Irlande en 1775, Henry Grattan a été pendant plus de vingt-cinq ans le défenseur éloquent de l'indépendance de l'île et le partisan d'une émancipation au moins graduelle de ses concitoyens catholiques. Associé à Henry Flood, il organise un corps de volontaires irlandais, en principe… Lire la suite
GRIFFITH ARTHUR (1872-1922)

Écrit par :  Pierre JOANNON

… *Fils d'une longue lignée d'imprimeurs, Arthur Griffith fut un redoutable journaliste de combat. Sa plume fit plus pour mettre fin à la présence britannique dans le sud de l'Irlande que toutes les révoltes nationalistes du xixe siècle finissant. Jeune homme, il dévore les écrits des grands polémistes anti-anglais, participe… Lire la suite
HENRI VIII (1491-1547) roi d'Angleterre (1509-1547)

Écrit par :  Roland MARX

Dans le chapitre "Les changements dans l'État"  : …  et de gouvernement. En 1541, Henri se proclame d'autre part roi (et non plus seigneur) de l'*Irlande. La Chambre étoilée, toujours, considérée comme une section judiciaire du Conseil, gagne en initiative, même si il lui est interdit de prononcer des peines capitales. Le pouvoir exécutif est confié à un nombre restreint de personnes : de 1533… Lire la suite
HOME RULE

Écrit par :  Roland MARX

… *L'expression signifie « autonomie interne » et a pu être employée dans des occasions variées. Historiquement, elle appartient à l'Irlande : elle est la revendication, à partir de 1870, d'un mouvement pour « un gouvernement autonome » qui, opposé à la violence révolutionnaire et peu convaincu des chances d'obtenir une complète indépendance, a décidé… Lire la suite
HYDE DOUGLAS (1860-1949)

Écrit par :  Pierre JOANNON

… *Il est des hommes qui entretiennent une relation privilégiée avec le terroir où ils sont nés. Tel est bien le cas de Douglas Hyde. Ce fils d'un pasteur anglican, natif du comté de Roscommon en Irlande, fut essentiellement un homme enraciné. Son père se chargea de son éducation. Les longues randonnées à travers la campagne irlandaise et la… Lire la suite
IRLANDE RÉPUBLIQUE D' (EIRE)

Écrit par :  Brigitte DUMORTIERPierre JOANNON Universalis

L'île *d'Irlande est divisée en deux États. La république d'Irlande occupe une superficie de 70 280 kilomètres carrés sur un total de 84 421 kilomètres carrés. Sa population était de 4 581 000 habitants au recensement de 2011. L'échec de la revendication du Home Rule (autonomie interne) soutenue par Parnell… Lire la suite
IRLANDE DU NORD ou ULSTER

Écrit par :  Pierre JOANNON

 Failed entity, *entité politique vouée à l'échec, séquelle d'une décolonisation inachevée aux yeux des uns, province assiégée du Royaume-Uni issue de l'exercice légitime du droit à l'autodétermination aux yeux des autres, l'Irlande du Nord trouve son fondement dans une loi britannique de 1920, le… Lire la suite
JACOBITE DIASPORA

Écrit par :  Claude NORDMANN

… *Refusant la domination anglaise, pour des causes autant religieuses que politiques, l'émigration des jacobites (légitimistes partisans de Jacques II Stuart et de son fils) exprima la non-assimilation de la périphérie celte d'Irlande, d'Écosse et du nord-ouest de l'Angleterre. Cet exode, de près de trois quarts de siècle, sur le continent conduisit… Lire la suite
LIMERICK

Écrit par :  Roland MARX

… *Ville de la côte ouest de la république d'Irlande, dans la province de Munster, située au fond de l'estuaire du Shannon. L'implantation humaine semble être très ancienne à Limerick (gaélique : Luimneach) ; à proximité se trouve le site de Lough Gur, le plus important habitat néolithique irlandais connu. De très nombreuses traditions se rapportent à… Lire la suite
MAC BRIDE SEAN (1904-1988)

Écrit par :  Pierre JOANNON

… *De sa naissance à Paris le 26 janvier 1904 et de ses études au collège Saint-Louis-de-Gonzague, l'Irlandais Sean Mac Bride avait gardé un accent français qui égayait fort ses compatriotes. Il palliait cet exotisme par un nationalisme farouche hérité du milieu familial : sa mère, la belle et impétueuse Maud Gonne, était l'égérie de l'Irlande rebelle… Lire la suite
MALACHIE saint (1095 env.-1148)

Écrit par :  Jacques DUBOIS

… *Mael (Maol) Maedoc Ua Morgair, nom qu'on a transposé en Malachie, naquit à Armagh en Irlande du Nord. Il fut le disciple d'un reclus, puis d'évêques qui s'efforçaient d'introduire dans l'île les règlements de l'Église romaine. Ce fut, cependant, en vertu des vieux usages irlandais que Malachie obtint l'abbaye de Bangor par l'héritage d'un oncle. En… Lire la suite
MICHAEL COLLINS (N. Jordan)

Écrit par :  Pierre JOANNON

… Michael Collins *fut le stratège incontesté de la guerre d'indépendance irlandaise qui vit s'affronter entre 1916 et 1921 les forces de la couronne britannique et quelques milliers de nationalistes sinn feiners résolus à s'émanciper de la férule anglaise. Inventeur de cette guerre de l'ombre, dont la décolonisation, à travers le monde, et, en Europe… Lire la suite
MYTHOLOGIES - Dieux des peuples "barbares"

Écrit par :  Régis BOYERPierre-Yves LAMBERT Universalis

Dans le chapitre "Une cosmologie mal connue"  : …   : un chef unique, une réunion annuelle dans la forêt des Carnutes, une formation très longue. *Leur importance sociale est aussi attestée dans l'Irlande ancienne (récits épiques, vies des saints) : là, le druide a une autorité supérieure à celle du roi. Par le caractère exclusivement oral de leur enseignement, les druides gaulois gardaient le… Lire la suite
NUADA

Écrit par :  Christian-Joseph GUYONVARC'H

… *Dans la mythologie celtique irlandaise, Nuada est le roi des Túatha Dé Dánann, ou tribus de la déesse Dana. Au cours de la première bataille de Mag Tured, livrée contre les Fir Bolg pour la possession de l'Irlande, Nuada a le bras droit coupé et doit renoncer à régner. Les nobles d'Irlande élisent pour le remplacer un roi fomoire, Bres, qui se… Lire la suite
O'BRIEN WILLIAM SMITH (1803-1864)

Écrit par :  Roland MARX

… *Homme politique irlandais. Membre de la gentry protestante, ayant fait ses études à Harrow et à Cambridge, descendant lointain d'une dynastie royale irlandaise, O'Brien demeura longtemps étranger à l'idéologie nationaliste et siégea aux Communes comme député tory de Ennis dès 1828 avant de représenter, de 1835 à 1848, la circonscription de Limerick… Lire la suite
O'CASEY SEAN (1880-1964)

Écrit par :  Louis BONNEROT

… *Le plus grand nom du théâtre irlandais moderne. O'Casey (anglicisation de Shaun O'Cathasaigh), génie enraciné dans son Dublin natal, tire sa sève des détresses et des misères sociales, vécues avec une résignation héroïque et qu'il a observées, autour de lui, avec une indignation vengeresse. Dernier enfant d'une famille nombreuse, souffrant d'une… Lire la suite
O'KELLY SEAN T. (1882-1966)

Écrit par :  Universalis

… Homme politique *irlandais, Sean O'Kelly fut l'un des premiers chefs du parti nationaliste Sinn Fein. Il fut le président de l'Irlande de juin 1945 à juin 1959. Né le 25 août 1882 à Dublin, Sean Thomas O'Kelly travaille pendant quelques années dans cette ville, à la Bibliothèque nationale d'Irlande. En 1905, il devient l'associé du journaliste… Lire la suite
O'NEILL LES

Écrit par :  Roland MARX

… *L'une des plus importantes dynasties royales irlandaises, qui, à partir de la deuxième moitié du ve siècle, a étendu son autorité sur le nord de l'île. Soumis au début du xie siècle à un souverain régnant sur toute l'Irlande, candidats au trône pendant un siècle et demi, accédant au milieu du xiiiLire la suite
ORMONDE LES

Écrit par :  Roland MARX

… *Vieille famille aristocratique anglaise très tôt dotée de domaines en Irlande où, à partir du xive siècle, elle joue un rôle majeur. Des Ormonde participent à tous les grands conflits civils et extérieurs qui touchent l'Angleterre ou l'Irlande du xve au xviiie siècle. Le cinquième comte d'… Lire la suite
PARNELL CHARLES STEWART (1846-1891)

Écrit par :  Roland MARX

… *Homme politique et nationaliste irlandais. Né dans une famille de petits propriétaires fonciers d'origine anglo-irlandaise et de confession protestante, Parnell entre au Parlement en 1875. Séduit par l'idéologie des Fenians et par le mouvement en faveur du Home Rule, il devient à partir de 1877 le chef de la fraction irlandaise des Communes et… Lire la suite
PATRICK saint (385 env.-env. 461)

Écrit par :  Jacques DUBOIS

… *Né en Bretagne insulaire ; son père, qui appartenait à la société romaine chrétienne, était décurion. Patrick avait seize ans quand il fut enlevé par des pirates irlandais qui l'emmenèrent dans leur île ; il y fut employé comme berger pendant six ans. Il réussit à s'enfuir, débarqua en Gaule et se rendit à Auxerre où il étudia sous la direction de… Lire la suite
RORY O'CONNOR (1116-1198) roi d'Irlande (1156-1198)

Écrit par :  Anne-Marie LERICHE

… *Le dernier ard-ri, ou roi suprême, d'Irlande fut Rory O'Connor (Rory An Ruaichu O'Connor). Son prédécesseur, Murtough O'Loughlin, roi de l'ouest de l'Ulster, avait accordé son alliance à Dermot MacMurrough, roi de Leinster, qui n'était guère aimé des chefs de son propre royaume. Devenu ard-ri, Rory O'Connor chassa Dermot de ses… Lire la suite
ROYAUME-UNI - Géologie des îles Britanniques

Écrit par :  Frederick Wiar DUNNING

Dans le chapitre "L'unité structurale inférieure métamorphique"  : …  dizaines de kilomètres. Du côté sud-est, le complexe métamorphique est limité en Écosse par une faille inverse raide, la faille limite des Highlands (Highland Boundary Fault) ; en *Irlande, on retrouve, au sud de la faille, du Dalradien inférieur très métamorphique, affleurant en boutonnière sous l'Ordovicien inférieur fossilifère transgressif… Lire la suite
ROYAUME-UNI - Géographie

Écrit par :  Jacqueline BEAUJEU-GARNIERCatherine LEFORTFrédéric RICHARD

Dans le chapitre "Entre déséquilibres et redistributions interrégionales"  : …  (8,3 p. 100) pour l'Écosse, 3 millions (4,8 p. 100) pour le pays de Galles et 1,8 million pour *l'Irlande (2,9 p. 100). En termes de densités de peuplement, ce déséquilibre est plus accentué. Avec une densité moyenne de 254 habitants par kilomètre carré (114 hab./km2 pour la France), le Royaume-Uni est un petit pays au regard de sa… Lire la suite
ROYAUME-UNI - Histoire

Écrit par :  Bertrand LEMONNIERRoland MARX

Dans le chapitre "Le régime politique"  : …  Pourtant, ce régime autorise bien des abus et des politiques de force, y compris sur les marges : *les Irlandais, d'abord satisfaits dans les années 1780 de quelques concessions et décidés, sous l'impulsion de protestants comme Henry Grattan, à lutter pour une réelle autonomie, subissent le contrecoup du succès du plus radical mouvement des… Lire la suite
ROYAUME-UNI - L'empire britannique

Écrit par :  Roland MARX

Dans le chapitre "Les « élus »"  : …  Parmi les appelés à un nouveau destin, on ne rencontre pas que des enthousiastes. *Les Irlandais « du sud » sont des irrédentistes, qui revendiquent l'unité de l'île d'Érin comme condition première d'une association sincère avec l'Angleterre que ses dirigeants ont combattue par les armes lors de la révolution de Pâques 1916 et, surtout, entre 1918… Lire la suite
SHERIFF

Écrit par :  Roland MARX

… *Fonctionnaire royal en Angleterre, dans les territoires dépendants et en Écosse. La fonction existe dès l'époque anglo-saxonne et a été étendue, après la conquête, dans toute l'Angleterre ; elle est ensuite créée en Irlande et au Pays de Galles et imitée à la fin du xiie siècle en Écosse, où elle prend un caractère héréditaire.… Lire la suite
SPORT (Disciplines) - Le rugby

Écrit par :  Pierre LAGRUE

Dans le chapitre "L'internationalisation du rugby"  : …  oppose l'Angleterre à l'Écosse, laquelle, aujourd'hui encore, demeure un événement du calendrier. *Les quatre Unions britanniques (Angleterre, Écosse, pays de Galles et Irlande) s'affrontent régulièrement à partir de 1881. En 1883, on décide que l'équipe qui remporte ses trois matchs se verra attribuer la Triple Couronne ; cette tradition perdure… Lire la suite
STRAFFORD THOMAS WENTWORTH comte de (1593-1641)

Écrit par :  Roland MARX

… *Issu d'une famille de la gentry du Yorkshire, Thomas Wentworth a connu une vie publique très contrastée sous les deux premiers Stuarts. Presque constamment élu aux Communes entre 1613 et 1628, il s'y fait le champion des libertés anglaises, attaque vigoureusement les prétentions qu'émettent Jacques Ier puis Charles Ier de… Lire la suite
SWIFT JONATHAN (1667-1745)

Écrit par :  Henri FLUCHÈRE

Dans le chapitre "Le patriote irlandais"  : …  s'en réjouit. Il écrivait quelques poèmes et quelques lettres, mais surtout il s'identifiait à *l'Irlande dont il comprenait les problèmes et partageait les angoisses. Il s'insurgea en 1720 contre une loi votée par le Parlement de Westminster, qui devait aggraver l'assujettissement de l'Irlande à la Grande-Bretagne. Quatre ans plus tard, il… Lire la suite
TARA

Écrit par :  Roland MARX

… *Teamhair, en irlandais, est un terme générique qui désigne un lieu élevé où se tient une assemblée. Il y a ainsi en Irlande plusieurs Teamhair, ou Tara, forme courante officialisée comme nom de lieu. L'un d'eux, Tara des rois, à une trentaine de kilomètres au nord de Dublin, a été et reste un des hauts lieux d'Irlande. Aujourd'hui, ce n'… Lire la suite
UNIONISTES

Écrit par :  Roland MARX

… *Nom donné aux partisans, en Angleterre et en Irlande, du maintien partiel ou total de l'Irlande dans le Royaume-Uni. Il est employé publiquement en 1885-1886 par ceux des libéraux britanniques qui sont hostiles au projet de Gladstone d'accorder un Home Rule aux Irlandais. Derrière Joseph Chamberlain, une coalition de radicaux et de whigs constitue… Lire la suite
VICTORIENNE ÉPOQUE

Écrit par :  Louis BONNEROTRoland MARX

Dans le chapitre "L'ombre irlandaise"  : …  paraît amoindrie que par la persistance des menaces dans une fraction limitée de son territoire : l'*Irlande. La grande agitation pour le Repeal, ou révocation de l'Acte d'union des débuts du règne, avait paru succomber sous les effets désastreux de la Grande Famine et de la perte, en quelques années, entre 1846 et 1851, de un million et… Lire la suite
WOLFE TONE THEOBALD (1763-1798)

Écrit par :  Pierre JOANNON

… *Occupant une place prééminente dans le panthéon des nationalistes irlandais, Theobald Wolfe Tone repose dans le petit cimetière de Bodenstown où des républicains de toutes nuances se pressent chaque année au mois de juin. Fils d'un modeste fabricant de voitures Wolfe Tone naît à Dublin le 20 juin 1763. Il rêve de devenir soldat. Mais ses parents… Lire la suite

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Bibliographie

Histoire

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