5. Les risques de la définition
L'enjeu de la question du hasard et de la nécessité était de savoir si le fait d'appartenir à une tradition qui ne se satisfait pas d'une recherche de connaissances « purement pragmatiques » et associe aux sciences les valeurs d'une recherche d'intelligibilité implique une relation privilégiée entre science et déterminisme. Jusqu'ici, on a pu constater ce privilège de fait et mesurer le prix dont il se paie. Il reste une autre interprétation possible. Abandonnant la conception laplacienne, réaliste, d'un monde déterministe, ne pourrait-on soutenir que la tâche de la science est, dans chaque domaine, de définir des objets susceptibles d'une intelligibilité déterministe ? La quête d'intelligibilité traduirait donc alors non la réalité du monde, mais les exigences de la raison.
Dans quelle mesure la définition d'un objet peut-elle garantir une intelligibilité déterministe ? Pour répondre de manière concrète, il suffit de prendre l'exemple des systèmes physico-chimiques qui ont longtemps semblé, en-dehors du cas particulier de la dynamique, illustrer la possibilité d'une description déterministe.
L'état d'équilibre physico-chimique est stable, et cette stabilité peut recevoir deux interprétations distinctes quoique convergentes :
– D'une part, elle peut renvoyer directement au deuxième principe de thermodynamique, et le système physico-chimique est alors décrit par une fonction d'état, aussi appelé potentiel thermodynamique. Ce dernier est fonction de la définition du système, c'est-à-dire de sa description en termes de variables externes, ou de contrôle – qui décrivent les relations du système à l'environnement, et que l'expérimentateur peut faire varier à volonté –, et de variables internes, et il actualise de manière directe les conséquences du deuxième principe : sa valeur extremum définit l'état d'équilibre auquel mène l'évolution irréversible (productrice d'entropie) du système.
– D'autre part, la stabilité de l'état d'équilibre peut être i […]
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