L'importance de l'apport du philosophe hongrois Lukács à la pensée occidentale contemporaine est un fait incontestable.
À travers l'analyse chronologique des principales œuvres de Lukács, on perçoit comment, à chaque étape de la recherche lukacsienne, correspondent des (re)découvertes et mises au point de concepts opératoires dont l'utilisation a permis l'essor des sciences humaines positives.
Depuis la publication de ses premiers ouvrages (1908-1910) jusqu'aujourd'hui, Lukács a toujours été l'un des théoriciens les plus discutés et les plus contestés. Il apparaît toutefois de plus en plus évident, pour ses défenseurs comme pour ses adversaires, qu'il est depuis Marx le plus important penseur philosophique se rattachant à l'école marxiste, et même aux yeux de certains – dont l'auteur de ces lignes – qu'il est tout simplement le principal philosophe de la première moitié du xxe siècle.
Les circonstances historico-politiques, en particulier la menace nazie, l'amenèrent à modérer sa position critique à l'égard du dogmatisme théorique de la période stalinienne, et, après la Seconde Guerre mondiale, cette figure de premier plan subit une éclipse. Mais son influence déterminante sur des penseurs tels que Karl Mannheim, Karl Korsch et surtout Martin Heidegger rend indispensable la connaissance de son œuvre pour tous ceux qui sont réellement intéressés par le développement de la pensée occidentale. Et c'est surtout comme fondateur du structuralisme génétique que Lukács est analysé ici.
1. Le créateur de l'existentialisme
Né à Budapest le 13 avril 1885, Georges Lukács poursuit ses études en Allemagne à partir de 1909 où il entre en contact avec Georg Simmel, à Berlin, avec l'école philosophique sud-ouest allemande, et surtout avec deux figures extrêmement importantes de la vie intellectuelle de l'époque, Émile Lask et Max Weber. Pendant cette période, il publie deux ouvrages qui joueront un rôle capital dans la pensée européenne.
D'abord père de l'existentialisme avec L'Âme et les formes (Die Seele und die […]
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