3. L'adhésion au stalinisme et ses conséquences
• Une tentative de conciliation
Lorsque le conflit avec l'Internationale communiste éclate, Lukács adopte une position qui correspond à une sorte de gentleman's agreement : il renonce à exprimer sa pensée, le Parti renonçant de son côté à lui demander ce qu'il pense. C'est après l'arrivée de Hitler au pouvoir que Lukács reprendra le cours de ses publications, commençant une œuvre qui l'amènera périodiquement à des autocritiques extrêmement controversées. De cette œuvre considérable par son étendue, et qui contient à la fois des analyses de très grande valeur et d'autres très contestables, il faut se contenter de mentionner celle qui paraît la plus importante. Au moment où Lukács recommence à écrire, la pensée communiste est marquée par l'élimination du trotskisme et l'essor de la dictature et de la théorie staliniennes. Or, dans sa critique et son analyse du stalinisme, Trotski avait caractérisé celui-ci comme bonapartisme, ce concept désignant pour lui non seulement Bonaparte mais une réalité universelle, celle des dictatures postrévolutionnaires. Les staliniens avaient toujours nié le caractère bonapartiste du régime soviétique et refusaient intégralement l'analyse trotskiste, dont la seule mention constituait, dans les partis communistes, un crime de haute trahison. Lorsque, devant la menace hitlérienne, Lukács adhère au stalinisme, il développe une synthèse originale de ces deux positions. En fait, il admet l'analyse trotskiste du stalinisme comme bonapartisme, mais, contrairement à Trotski, met l'accent sur le fait que, vus dans une perspective globale, Napoléon et la France napoléonienne font partie de la Révolution française et s'expliquent dans une large mesure par la pression militaire du monde réactionnaire extérieur et par la nécessité de défendre, face à lui, les conquêtes essentielles de la Révolution.
Inutile de dire que, dans le cadre du Parti communiste, cette analyse ne pouvait être exprimée directement. Aussi […]
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