3. L'œuvre musical
L'œuvre musical de Guillaume de Machaut comporte dix-neuf lais, trente-trois virelais, vingt-deux rondeaux, quarante-deux ballades, vingt-trois motets, une messe polyphonique et le Hoquetus David, composition instrumentale à trois voix, destinée, pense-t-on, à compléter l'organum Alleluia Nativitas de Pérotin.
En son Remède de fortune (1357 env.), Machaut parle de « la vieille et nouvelle forge », faisant allusion ainsi à l'art antérieur à son siècle (dit Ars antiqua par les musicologues) et à l'Ars nova de Philippe de Vitry. Machaut prend place dans l'Ars nova pour la majeure partie de son œuvre ; cependant dans ses compositions monophoniques (lais et virelais) il se montre attaché aux anciennes formes et par là continuateur des trouvères.
Seize lais sont monophoniques ; les trois autres, à deux ou trois voix, utilisent la technique du canon ou « chasse ». En adoptant une forme archaïque, Machaut assouplit les lignes mélodiques et généralise l'usage de chanter la dernière strophe du poème sur la musique de la première ; dans certains cas, il innove en reproduisant pour cette dernière strophe la mélodie de la première à la quinte supérieure.
Sur trente-trois virelais ou « chansons balladées » – forme apparentée à la ballata italienne et qui devait connaître une grande vogue au xve siècle –, vingt-cinq sont à une voix, et huit à deux voix. Il est certain que, dans ces pièces monophoniques, le chanteur était soutenu par un instrument (harpe ou vièle, selon l'ancien usage des troubadours et des trouvères).
Les rondeaux et ballades sont polyphoniques. La plupart sont à trois voix, quelques-uns à deux voix, d'autres à quatre voix. Le plus souvent une voix seule est chantée, les autres sont instrumentales. Dans certains cas (compositions sur plusieurs textes superposés), il y a deux ou trois parties vocales contre une instrumentale, ce qui n'exclut pas d'ailleurs un soutien instrumental pour les parties chantées. Formes et techniques appartiennent à l'Ars nova.
Quinze motets sont écrits sur un texte français et un sujet profane ; deux sur un texte mixte (français et latin), six en latin, dont deux seulement s'apparentent à la liturgie. Presque tous les « ténors » de ces motets, qu'ils soient empruntés au chant populaire ou au chant grégorien, sont isorythmiques ; la composition obéit aux stricts principes de l'Ars nova définis par Philippe de Vitry (isorythmie du ténor et du contraténor ; isométrie des parties supérieures).
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