2. Un poète allégorique
L'œuvre de Machaut est intégralement restituée grâce à cinq manuscrits des xive et xve siècles, conservés à la Bibliothèque nationale.
D'autres manuscrits de la même époque comportent des pièces de Machaut, dispersées au milieu de compositions diverses, et permettent aux musicologues un travail critique rigoureux.
Il est difficile de séparer l'œuvre poétique de l'œuvre musical. Les grands dits et poèmes romancés comportent des interpolations musicales et toutes les petites poésies à forme fixe (lais, virelais, rondeaux, ballades) sont inséparables de leur support musical.
On a beaucoup médit de Guillaume de Machaut poète. Si l'on recherche la beauté des vers, on ne la trouvera point ; mais à cette époque on ne recherchait point la beauté plastique pour elle-même. Machaut demandait au vers d'être maniable, fluide, léger, accordant toute son attention au rythme, souci naturel pour un musicien. Quant aux images poétiques, elles appartiennent au monde allégorique du Roman de la rose ; les symboles sont traditionnels, voire conventionnels, et il en sera ainsi jusqu'au xvie siècle dans la poésie française. Le mérite de Machaut réside davantage dans l'art de la composition, c'est-à-dire dans l'architecture de ses poèmes : chaque grand poème forme un tout harmonieusement ordonné, où les souvenirs personnels de l'auteur, les personnages réels s'insèrent dans le jeu des allégories ; celui-ci en acquiert plus de vie. Au reste le symbolisme médiéval est toujours vivace au xive siècle, et le passage d'un sens immédiat à un sens secondaire ou supérieur est naturel pour tout homme qui fait profession de penser. D'ailleurs ces préoccupations d'ordre ésotérique ne sont point absentes de la musique.
Dans le Prologue à son œuvre, rédigé probablement à la fin de sa vie (vers 1371 ?) et qui figure en tête de plusieurs manuscrits, Machaut se prétend aux ordres de Nature, qui lui a baillé pour l'aider trois de ses enfants : Sens, Rhétorique et Musique. Sens tiendra son esprit informé ; Rhétorique lui donnera l'art de construire et Musique lui fournira « chants divers et déduisants » (« partout où elle est, joie y porte »). Plus loin dans ce Prologue, le dieu Amour vient à Guillaume et lui présente à son tour ses enfants, « Doux penser », « Plaisance » et « Espérance », pour lui donner matière à faire ce que Nature lui a ordonné. La vocation du poète est ainsi définie, ainsi que les thèmes qu'il va traiter et les principes auxquels il doit obéir, la Musique occupant la place d'honneur.
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