Avec Dante et Pétrarque, qu'il considérait comme ses maîtres, Boccace est l'écrivain le plus célèbre du Moyen Âge italien. Le plus méconnu aussi, du moins en France où les Contes de La Fontaine ont popularisé l'image d'un auteur gaillard, sans dimension philosophique, et où la critique, ignorant le débat ouvert par les travaux de Vittorio Branca sur « Boccace médiéval », le classe volontiers parmi les écrivains de la Renaissance. Il est vrai que le Décaméron occupe une place à part, tant dans la littérature européenne que dans l'abondante production de son auteur : livre d'avant-garde en plein milieu du xive siècle et recueil fondateur de la nouvelle occidentale, c'est aussi une œuvre ambiguë qui exprime les positions contradictoires de Boccace sur la société de son temps, ainsi que ses doutes devant une entreprise littéraire vouée par avance à la condamnation des lettrés.
1. La vie et les œuvres
• De Naples à Florence
La biographie de Boccace éclaire de façon significative son parcours tourmenté d'écrivain. Né à Florence (semble-t-il) en 1313, Giovanni Boccaccio est le fils naturel d'un important homme d'affaires, Boccaccino di Chelino, originaire de Certaldo et résidant à Florence. Les registres de la taille attestent plusieurs de ses séjours à Paris. Boccaccino était lié à la compagnie des Bardi, société d'importance européenne, particulièrement puissante à Naples où elle gérait, outre ses affaires propres, les finances du royaume angevin. C'est précisément à Naples que se transfère en 1327 le père de Boccace, comme représentant des Bardi et conseiller du roi Robert qui lui confère le titre honorifique de chambellan. L'adolescent se trouve ainsi en contact avec deux milieux : celui des marchands (il remplit des fonctions de commis, de comptable, dans les entrepôts de Bardi) et celui de la cour, où il fréquente de jeunes nobles français ou napolitains et les fils de riches familles bourgeoises. Un peu plus tard, ses études juridiques (cursus obligé d'un fils de grand marc […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 7 pages…



