4. L'improbable héritier
Celui qui reste perçu par les Français comme l'héritier présomptif du général de Gaulle n'aura pas à attendre longtemps son heure. Le référendum malheureux d'avril 1969 précipite le départ du général, et Pompidou n'attend pas deux jours pour déclarer sa candidature, massivement approuvée par le bureau politique de l'U.D.R. Tandis que le jeune chef de la droite centriste, Valéry Giscard d'Estaing, se rallie au candidat gaulliste, la gauche se présente en ordre dispersé. La voie est dégagée et, après une campagne consensuelle et recentrée, Pompidou obtient 44,5 p. 100 des voix dès le premier tour. Le P.C.F. appelant à s'abstenir au second tour, l'improbable héritier du général est élu contre Alain Poher, le président du Sénat, deuxième président de la Ve République, avec 58,21 p. 100 des voix.
Le nouveau chef de l'État a désormais la tâche délicate d'assurer la pérennité du régime et d'incarner le gaullisme après de Gaulle. Il engage son mandat sous le signe de la continuité et de l'ouverture, en nommant à Matignon une éminente figure de la résistance gaulliste, ancien président de l'Assemblée nationale et fin connaisseur du personnel parlementaire, symbole du recentrage politique opéré pendant la campagne : Jacques Chaban-Delmas. Ce choix judicieux va néanmoins s'avérer être une source de conflits. Dans son discours de politique générale, le Premier ministre présente son ambitieux projet de « nouvelle société ». Il s'agissait rien de moins que de « décrisper la société », de redéfinir le périmètre de l'action de l'État, de vivifier la société civile, de restaurer la compétitivité et de développer la solidarité. Le président, qui n'est pas nécessairement en désaccord sur le fond, ne fut pas averti de cette initiative et y verra une regrettable inversion des rôles.
Chaban-Delmas restera trois ans en poste avant d'être remplacé par Pierre Messmer, mais Pompidou ne se laissera plus « voler » la politique intérieure. Dans la conjoncture favorable des Tr […]
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