2. Une éminence grise, entre de Gaulle et Rothschild
Dépourvu de tout mandat électif, Georges Pompidou n'a pas encore fait de la politique un métier à part entière. Sans s'éloigner du général, il diversifie ses activités et entre au service des frères Rothschild en 1953, comme administrateur de nombreuses sociétés du groupe bancaire. Cette expérience de presque dix ans le familiarise avec les questions économiques, pour lesquelles il manifestera un intérêt tout particulier comme homme d'État. Son retour en politique coïncide avec celui du général de Gaulle, en 1958. S'il refuse d'entrer au gouvernement, il devient son directeur de cabinet et membre du Conseil constitutionnel en 1959. Et, s'il reprend ses activités chez Rothschild, il reste à disposition de son mentor en politique, qui le charge d'une mission de négociation avec le Front de libération nationale (F.L.N.) en 1961.
Un mois après les accords d'Évian qui mettent un terme à la guerre d'Algérie, le général de Gaulle – devenu entre-temps premier président de la Ve République –, estime que Pompidou est l'homme de la situation, et en fait son Premier ministre en 1962, en remplacement de Michel Debré. C'est un quasi-inconnu du grand public qui se voit propulsé sur le devant de la scène. Cet homme de confiance et de talent, qui n'a jamais affronté le suffrage universel, ne doit son autorité qu'à celle du président : il sera donc ce chef de gouvernement qui permettra d'assurer la prééminence de l'Élysée sur le Parlement. Censuré par l'Assemblée nationale le 5 octobre, Pompidou est reconduit le 28 novembre après le référendum sur l'élection du président au suffrage universel direct. Il occupera le poste de Premier ministre plus de six ans.
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