BOUTIQUECONTACTASSISTANCE
Zone de recherche

AltasAuteursRecherche thématiqueDictionnaire

VICTORIENNE ÉPOQUE

Médias

Médias de cet article dans l'Encyclopædia Universalis :

 

Roland MARX
Louis BONNEROT

Petite-fille de George III, Victoria succède, en 1837, à son oncle Guillaume IV. Elle est alors âgée de dix-huit ans et découvre un héritage des plus difficiles : une monarchie déconsidérée par le souvenir d'un George IV corrompu et d'un Guillaume qui, « dans sa vie privée, aurait fait un marin d'heureux caractère » ; une société bouleversée par la révolution industrielle, qui en est alors à sa deuxième phase du chemin de fer et de la métallurgie et qui grossit les villes de foules misérables et provoque l'émergence de « deux nations », la bourgeoisie conquérante et le prolétariat, dans un même État : trois ans plus tôt, en réformant la loi des pauvres d'Élisabeth, on a encore accentué l'humiliation des indigents, contraints désormais, en principe, à se laisser embastiller dans des « asiles de travail », les workhouses ; les dissensions sont telles que la première année du règne voit l'éclosion de la Ligue contre les lois protectionnistes qui réunit les intérêts industriels contre les fonciers, et la naissance du mouvement chartiste, unissant petits-bourgeois et prolétaires dans la revendication d'une démocratie ; dans un pays que la déchristianisation menace, malgré la renaissance théologique du mouvement d'Oxford, où les grandes écoles et universités connaissent une crise qui fait crier à la décadence culturelle, seules la richesse et la puissance navale paraissent émerger ; de sombres prédictions annoncent pourtant les ravages d'une révolution sociale.

En 1901, au terme d'un règne de près de soixante-quatre années, la reine lègue à son fils Édouard (VII) un pays transformé. Jamais la monarchie n'y a été aussi populaire et le républicanisme y fait figure d'excentricité. La puissance industrielle est sur le déclin, l'agriculture réduite à n'assurer que cinq mois de subsistance par an, mais le Royaume-Uni est le banquier du monde, ses flottes de commerce sont encore sans rivales, ses revenus extérieurs et l'importation à bon marché d'aliments et de matières premières consolident une monnaie forte, le pouvoir d'achat des masses s'est amélioré de 40 p. 100 dans les dernières décennies et le prolétariat socialisé n'a pas été gagné par les thèses d'un socialisme révolutionnaire. Une démocratie encore inachevée permet déjà de canaliser les mécontentements vers les urnes. L'Empire, le plus étendu et le plus riche de l'histoire, réunit sous un même sceptre le quart des terres et des hommes du monde, et il est la fierté commune de toutes les classes de la société. D'énormes efforts de rechristianisation n'ont pas fait regagner le terrain perdu, mais on s'en console en vérifiant l'emprise considérable de la morale chrétienne sur la masse des non-pratiquants.

L'époque victorienne se définit ainsi comme celle de la réconciliation des Anglais entre eux, de la Couronne et du peuple, de la grandeur internationale, de la paix. L'adjectif « victorien » s'applique aussi à tous les aspects de la morale et des mentalités, qualifie une littérature et des arts. L'époque se voit parfois artificiellement dotée d'une unité qu'elle n'a pas connue, mais reste auréolée de la légende d'un âge d'or britannique, le dernier avant les souffrances du siècle de la guerre totale.

Roland MARX

La période victorienne est un des sommets de l'histoire d'Angleterre, le triomphe d'un compromis dont l'esprit de réforme est le moyen. L'Angleterre s'engage dans une période de prospérité sans précédent. La vapeur sur terre et sur les mers donne à la production un essor décuplé par l'avance qu'elle a prise sur les autres nations ; sauf l'expédition de Crimée (1854-1855), elle fera l'économie de la guerre. La rançon de la prospérité victorienne sera un matérialisme curieusement fondé sur le compromis « Dieu et Mammon ». Le mouvement évangélique, issu du méthodisme, diffuse un esprit foncièrement réformateur, un code d'éthique puritaine où la philanthropie est justification de la puissance et de l'argent. L'orgueil national ainsi formé, sécularisé en respectabilité, devient une force de cohésion et un élan, où le zèle religieux rejoint curieusement la foi dans la raison de l'utilitarisme, la grande doctrine rivale. D'autre part, le conflit entre science et religion sépare ces deux forces ; la seconde prépare et nourrira le rationalisme de la fin du xixe siècle ; la première contribuera à la renaissance religieuse, au mouvement d'Oxford. Toutes deux, par des voies différentes, entretiennent un optimisme dont il ne faut pas exagérer la portée, car, en cette ère victorienne, chaque mouvement engendre son contraire, créant une riche complexité au profit de groupes différents : à la bourgeoisie la satisfaction complaisante, l'anxiété et le doute aux penseurs. L'optimisme s'accommodera du réalisme, dont le nom est importé de France vers 1853, parce que la bourgeoisie, principal consommateur du roman, le purgera de toute allusion risquée qui en empêcherait la lecture à haute voix dans le cercle de famille. Thomas Hardy, dans les années 1890, souffrira de cette hypocrisie, tandis que Mrs. Grundy, divinité de la pruderie, profitera d'une présence féminine pour introniser les vertus domestiques. Le roman agit sur le grand public à la manière de la télévision moderne, et cela grâce à des conditions nouvelles de vente, la publication en feuilletons mensuels, au prix maximal de un shilling, d'œuvres de Charles Dickens, de Mrs. Gaskell, d'Anthony Trollope, etc. C'est un moyen d'information sur les questions sociales, politiques et morales, tout comme le lancement de collections de livres à bon marché et de bibliothèques circulantes, efficaces et dynamiques comme « Mudie ». Des périodiques spécialement réservés à la classe moyenne, surtout la Library of Useful Knowledge, diffusent une culture d'ordre pratique, à l'usage des masses laborieuses dont s'occupera l'Éducation Act de 1870. Cette avidité, cette soif de connaissances est la grande caractéristique de ce xixe siècle, sa contribution à la civilisation, car elle a survécu, en notre temps, à l'idée contestée de progrès.

En mettant l'accent sur « savoir » (to know) de préférence à « sentir » (to feel), l'ère victorienne se distingue de l'âge précédent, mais en garde les impulsions centrales qui se propageront à travers la période de déclin du victorianisme. Dans ses premières phases, celui-ci extrait du romantisme une force de contrepoids contre le matérialisme – d'où l'élan de protestation généreuse qui entraînera la réaction idéaliste – et aussi contre la philosophie utilitariste qui n'a que mépris pour le surnaturel, l'esprit religieux et la poésie.

Avant de quitter ces généralités qui ont mis plus d'ordre et d'enchaînement que n'en comporte une réalité aussi complexe et mouvante, il faut donc préciser que la littérature dite victorienne a pris son départ en un temps de reflux. En 1832, Keats, Shelley, Byron, Hazlitt sont morts ; Coleridge et Lamb meurent deux ans après. Southey, De Quincey, Leigh Hunt sont des témoins du passé romantique ; Carlyle, Macaulay, Disraeli sont déjà bien connus ; Dickens est encore journaliste, Tennyson a vingt-trois ans, Browning vingt.

Louis BONNEROT

1.  Histoire

  Les années difficiles

Les années de jeunesse, entre 1837 et 1851, sont celles d'une difficile stabilisation politique et sociale, d'une série de crises sérieuses, mais aussi de réformes majeures et d'une intense vie de l'esprit.

Les affrontements politiques

La Constitution ne connaît aucun changement important, après la dernière réforme parlementaire et électorale de 1832. Assainie par la lutte contre la corruption, la vie politique demeure l'apanage des propriétaires, d'un électorat qui correspond à quelque 5 p. 1000 de la population et alors que le cens d'éligibilité écarte les moins fortunés. Bourgeoisie et classes foncières sont associées dans une difficile collaboration quand il s'agit d'intérêts matériels, mais sont unies pour s'opposer, au nom même de la liberté, à toutes les revendications démocratiques. Les chartistes, apparus en 1838, n'obtiennent satisfaction ni par la méthode pacifique de la pétition (1839, 1842, 1848), ni par le recours à la violence de la grève générale (1839), aux attaques sporadiques contre les machines industrielles (1842) ou aux prétendus préparatifs révolutionnaires en 1848. Le pouvoir évolue surtout dans l'exercice des droits de l'exécutif : la prérogative royale de choisir un Premier ministre a encore joué en faveur du whig lord Melbourne lorsque Victoria, en 1839, s'est brouillée avec sir Robert Peel. Mais la victoire éclatante des conservateurs, en 1841, contraint Melbourne à la démission, et le retour aux affaires de son rival consacre la règle du choix des ministres dans la majorité du Parlement. Les notables s'affrontent sur des problèmes variés : la politique extérieure, jugée trop imprudente en 1839-1840 quand Henry John Palmerston risque une guerre avec la France sur la question d'Orient ; l'impôt, quand Peel juge inévitable, en temps de paix, l'instauration de l'impôt sur le revenu (income tax) en 1842 ; le protectionnisme, en principe cheval de bataille des conservateurs, durement attaqué par les libéraux de l'école de Manchester autour de l'industriel et député Richard Cobden, chef de l'Anti-Corn-Law League. La famine irlandaise de 1846 persuade Peel, au prix d'une scission de son parti, de se rallier à l'abolition des droits sur les céréales et de donner le point de départ à une politique de libre-échange que le libéral John Russell mène à son terme en 1849 avec l'abolition des Actes de navigation ; la réforme sociale, honnie par les idéologues du libéralisme, objet des vœux du puissant courant philanthropique, qui aboutit en 1842 à la loi interdisant le travail au fond des mines des femmes et des enfants et, en 1847, à la loi de dix heures au bénéfice des femmes et des enfants en usine, grâce à l'étrange collaboration des intérêts fonciers ulcérés par la « trahison » de Peel l'année précédente et des esprits avancés ; l'organisation d'un service de l'hygiène publique, sollicitée par le rapport Chadwick sur l'état sanitaire déplorable des villes, est en fait imposée par l'épidémie de choléraLe terrain du choléra de 1848. Les partis politiques sont alors encore médiocrement disciplinés, bien des élus représentent des fidélités individuelles plus qu'ils n'adhèrent à un programme précis. Les tories sont devenus en 1836 les « conservateurs », les whigs adoptent le nom de « libéraux » en 1847, mais les politiques se font encore souvent dans les grands clubs. Les chefs reconnus se heurtent à des factions. Sir Robert Peel, le conservateur, est abandonné par nombre de ses amis après sa conversion au libre-échange, et les peelites, après l'accession au pouvoir de lord John Russell, en 1846, paraissent marginalisés ; ce dernier, parfois mal inspiré, comme lors de sa querelle avec la papauté en 1850 et le vote de sa loi contre les nouvelles titulatures des évêques catholiques en Angleterre, n'est pas à l'abri des critiques de ses amis ; ainsi Palmerston, dont le renvoi après son approbation individuelle du coup d'État de Louis Napoléon Bonaparte en décembre 1851 provoquera bientôt la chute du cabinet.

Le terrain du choléra Photographie

Le terrain du choléra La Cour du roi Choléra. Une caricature britannique de 1852 montre les conditions idéales pour la propagation de la maladie.

Crédits: Hulton Getty Consulter

Progrès et crises

Les querelles partisanes se déroulent sur la toile de fond d'une société en mutation. La puissance économique du Royaume-Uni s'affirme : on produit en 1850 plus de 50 millions de tonnes de charbon, sa consommation par tête est dix fois plus élevée que dans les autres grands pays du monde ; pour la fonte, on atteint des chiffres de production, par tête, trois fois supérieurs aux chiffres français ou américains ; le chemin de fer atteint déjà 5 000 km en 1848, il exige une production croissante de rails, de machines, de wagons, qui prépare la conquête des marchés extérieurs ; la production de l'ensemble des textiles a presque triplé de 1827 à 1852, elle a augmenté de plus du tiers entre 1842 et 1852 ; l'industrie chimique sort des limbes. Les progrès ne vont pas sans des crises de croissance inquiétantes : l'année de l'accession de Victoria au trône est celle d'une grave crise financière qui conduit plusieurs entreprises à la faillite ; en 1839-1842, une crise agricole couplée à une poussée des prix du coton importé et à de nouvelles difficultés bancaires mène à une prostration industrielle dans les régions textiles ; en 1846-1850, les excès spéculatifs dans le secteur ferroviaire, l'effondrement de grandes banques et la rigide politique des taux d'intérêt de la Banque d'Angleterre se combinent avec la crise agricole et une nouvelle flambée des prix du coton pour créer à nouveau une dépression accentuée. Passagères, mais cycliques, ces crises accentuent l'insécurité de vie des masses ouvrières et fournissent à Friedrich Engels, qui publie, en allemand, en 1845, sa Situation de la classe laborieuse en Angleterre, les aliments de sa prophétie du caractère inéluctable d'une crise majeure du capitalisme. Les études récentes soulignent la grande diversité de fait des modes de vie ouvriers, interdisent de voir en Manchester, véritable enfer de fumée, de bruit, d'entassement de population et de boue, le paradigme de la ville ouvrière britannique de l'époque ; mais partout on connaît les salaires médiocres, misérables lorsqu'il s'agit de femmes et d'enfants, la fréquence des accidents du travail, la longueur des journées de labeur qui interdit toute vie familiale, les risques désespérants de l'indigence, liée à l'âge, à l'invalidité, au nombre des enfants, la faible espérance de vie, l'entassement, dans des maisons de la cave au grenier, à cinq, voire dix personnes par pièce, tous les « vices », de l'ivrognerie aux comportements incestueux qui donnent bonne conscience à des bourgeois qui veulent ignorer leurs propres responsabilités. L'essor des workhouses dont la création se fait progressivement à partir de 1837-1838 du sud au nord du pays interdit à une proportion encore minoritaire, mais croissante, des pauvres d'espérer des secours publics sans l'indignité de l'enfermement. Benjamin Disraeli, jeune auteur de Sibyl ; or, the Two Nations (1845), constate l'existence d'un peuple d'esclaves blancs dans une Angleterre socialement divisée. On vit en effet l'époque des grands barons de l'industrie et du commerce, austères, durs pour eux-mêmes, souvent recrutés dans des groupes religieux intégristes, capables d'accumuler l'épargne qui autorise l'autofinancement de leurs entreprises. Ils complètent par une haute bourgeoisie les rangs d'une classe supérieure toujours ouverts aux aristocrates. Les classes « moyennes », au niveau inférieur, s'inspirent de leur exemple. Et le fossé se creuse, souligné par une croissante ségrégation de l'habitat dans les grandes cités. Alors que le premier syndicalisme s'est effondré depuis 1835, il ne reste aux exploités que la révolte ou l'espérance démocratique. Les classes supérieures ont l'impression de vivre sur un volcan.

Cette impression est fortifiée par le déclin de la religion. Il a été souligné par les moins suspects : William Gladstone a dénoncé dès le début des années 1830 les abus de l'Église anglicane, responsable selon lui des échecs pastoraux, et on lui doit l'inspiration de grandes réformes internes (disciplinaires et matérielles) entre 1839 et 1841 ; John Keble, théologien d'Oxford, a dénoncé en 1833 l'« apostasie nationale » et, sous son autorité d'abord, puis sous la conduite de E. B. Pusey et J. H. Newman, le mouvement d'Oxford publie les brochures, ou Tracts (d'où le nom de « tractariens »), destinées à réveiller la foi ; on aboutit à recommander une réconciliation avec bien des vues romaines. Sans preuves suffisantes, nombre d'observateurs soulignent le déclin de la pratique dans les classes laborieuses. En 1851, leur influence est assez grande pour convaincre la Chambre des lords d'autoriser un recensement religieux dont les résultats, publiés en 1853, jettent une lumière crue sur le passé : on fait alors le constat que la moitié des Anglais, les trois quarts des citadins ou des habitants de régions industrielles, ne pratiquent plus. Toute une morale traditionnelle paraît atteinte, et, avec elle, l'ordre social lui-même.

En 1843, Thomas Carlyle, dans Past and Present, évoque avec mélancolie une société féodale idéalisée et appelle « à une forme aristocratique et chrétienne du socialisme d'État ». Les poètes – tel Alfred Tennyson dans son Locksley Hall – les romanciers – Charles Dickens, qui a publié Pickwick en 1837, Olivier Twist en 1838, Elizabeth Gaskell, qui publie Mary Barton en 1848, Charles Kingsley dont Alton Locke paraît en 1850 – se font les témoins inspirés et les dénonciateurs des maux de leur temps. Les peintres, moins J. M. W. Turner que le plus modeste John Cooke Bourne, représentent les conquêtes de la ville sur l'espace et de l'industrie mécanique aux dépens de l'artisanat, évoquent la lumière spéciale née des brumes industrielles, avant d'entrer, en 1848, avec Dante Gabriel Rossetti et sa Fraternité préraphaélite, dans l'âge d'une révolte esthétique, mais aussi de l'expression d'une angoisse métaphysique. En inaugurant, en 1851, la première Exposition universelle à Londres, le prince Albert de Saxe-Cobourg, époux de Victoria depuis 1840, permet au génie architectural de se révéler dans le palais de Cristal qui sert de cadre à la manifestation. Et, soulageant les Britanniques du poids du passé, il ouvre les portes d'un âge nouveau en leur faisant prendre conscience que le Royaume-Uni, qui domine déjà un Empire colonial sans cesse étendu en Asie, en Afrique, en Océanie, dans les Amériques, est aussi le géant industriel du monde.

  L'apothéose de l'époque victorienne

L'apothéose de l'époque victorienne coïncide avec les décennies du milieu du règne, de 1851 au début des années 1870. La coupure n'a pas toujours été perçue par les contemporains ; mais, progressivement, la peur a fait place à l'espérance d'un âge d'or et d'une harmonie sociale.

La réussite politique

La Couronne contribue à l'évolution d'abord par la dignité de la famille royale, dont la simplicité contribue à renforcer l'adhésion populaire. Jusqu'en 1861, Victoria est à la fois épouse aimante du prince Albert, fait prince consort en 1857, et mère exemplaire de leurs neuf enfants ; devenue une veuve inconsolable, elle inspire d'autant plus de respect qu'elle s'acquitte avec une ardeur constante à exercer son métier de reine, toujours informée, avide de distribuer ses conseils, écoutée dans ses mises en garde parce que de plus en plus expérimentée. Elle sait laisser agir ses Premiers ministres et connaît, après une période incertaine, l'avènement en 1867 de deux nouveaux chefs de parti, Benjamin Disraeli à la tête des conservateurs et William Gladstone qui, chez les libéraux, après un bref intermède, relève le flambeau abandonné en 1865 par Palmerston mort à la tâche à l'âge de quatre-vingt-un ans. En 1867, précisément, Disraeli, avec clairvoyance, fait le pari décisif de l'évolution démocratique : alors que, trois ans plus tôt, la Ire Internationale s'est consituée à Londres, il choisit de combattre la révolution par le bulletin de vote et fait accorder, dans un premier temps, le droit de vote à un million de non-propriétaires, l'aristocratie de la classe ouvrière ; il considère que les « inférieurs » voteront pour leurs « supérieurs » à condition que leurs mérites soient visibles, que des réformes sociales garantissent la confiance des masses, qu'un grand dessein, l'expansion impériale, vienne transcender les clivages sociaux. Gladstone, imbu de justice et d'esprit de fraternité chrétienne, partage ses vues sur l'ouverture du régime et, en 1872, fait instaurer le scrutin secret. Pour l'un et l'autre partis, qui se fondaient jusqu'alors sur des groupes militants réduits, particulièrement, dans le cas des libéraux, sur des sociétés non conformistes, il importe désormais de faire naître les puissantes machines électorales de nature à convaincre et à gagner.

La conquête d'un âge d'or

Ce qui a facilité l'évolution, c'est un changement certain de la condition et des mentalités ouvrières. L'époque est celle où le Royaume-Uni, grâce à une politique systématique de libre-échange, conquiert les marchés extérieurs et devient l'« atelier du monde » ; le travail abonde dans un pays qui, en 1870, à lui seul fournit la moitié du charbon et de la fonte produits dans le monde, a porté à 22 000 km son réseau ferroviaire en 1871, possède une flotte de commerce double de l'américaine et triple de la française en 1874, pratique des échanges extérieurs pour une valeur supérieure, en 1870, aux échanges français, allemand et italien additionnés, transforme ses villes en les éventrant pour y faire pénétrer le chemin de fer ; les crises ont de moins en moins d'ampleur, d'aucunes, comme la « famine » (pénurie) du coton de 1862-1865, sont liées à des accidents, en l'occurrence la guerre civile américaine ; les salaires réels progressent enfin. Les ouvriers les mieux payés découvrent le chemin de la sécurité par l'adhésion à des syndicats qui, sur le modèle de celui des mécaniciens né en 1851, sont aussi bien des mutuelles d'assurances : 200 000 syndiqués en 1862, près d'un million et demi douze ans plus tard constituent une force impressionnante, d'autant qu'après les confédérations locales, telles que le Trades Council de Londres, la Confédération intersyndicale nationale (le Trades Union Congress, ou T.U.C.) est créée en 1868. Adhérents un moment de l'Internationale, les syndicats y renoncent dès 1867, bénéficient en 1871 de la reconnaissance légale, en 1875 d'une relative liberté de grève, et poussent à des réformes, dont la loi « employeur et ouvrier » de 1874 qui remplace l'inégalitaire loi « maître et serviteur » pour l'organisation des contrats civils de travail et leur exécution. Les prolétaires doivent aussi être les premiers bénéficiaires de la loi Forster sur l'éducation de 1870, qui, sans instaurer l'obligation ni la gratuité de l'enseignement primaire, le met désormais à la portée de tous par la création d'au moins une école dans chaque paroisse, Du coup, la foi dans les vertus du capitalisme n'habite plus seulement les bourgeois. D'autant que tous bénéficient des efforts pour améliorer l'habitat, développer l'hygiène publique, créer des adductions d'eau et des égouts dans les cités, Londres relevant d'ailleurs, à partir de 1855, du Metropolitan Board of Works, organisme unique de travaux publics. On est loin du paradis social. Gustave Doré, par ses croquis de 1869, témoigne de l'existence de poches de misère considérable dans Londres. Les workhouses continuent d'épouvanter leurs éventuels bénéficiaires, et Dickens les dénonce dans ses romans comme le font les « observateurs sociaux », tel Henry Mayhew en 1863, dans leurs explorations des bas-fonds. Chaque ville est aussi lieu de criminalité et de délinquance, sans atteindre au rôle de Babylone moderne assumé par Londres qui est le lieu de tous les vices, de tous les plaisirs, d'une prostitution à étages multiples, et d'où les pourvus commencent à fuir vers des quartiers nouveaux, des faubourgs, de proches banlieues.

Il n'en demeure pas moins que c'est dans cette période que se précise et s'organise ce qu'on a appelé la morale victorienne. Inspirée du vieux fond puritain de la bourgeoisie, elle repose sur l'exaltation de la cellule familiale, sans que la prostitution soit nécessairement perçue comme contraire à la qualité des liens familiaux ; elle se fonde sur la valeur-travail, qui trouve son génial propagateur en Samuel Smiles, auteur du best-seller des années 1860, Self Help, où est exalté l'effort, créateur de bonheur ; elle dénonce les vices, en particulier l'alcool, que des sociétés de tempérance combattent par tous les moyens, y compris les pressions sur les candidats à la députation ; elle lie progrès et vertu, grâce divine et force individuelle. Dans les grandes écoles privées, réservées aux fils d'aristocrates et de grands bourgeois, et réformées selon les principes de Thomas Arnold, principal de Rugby de 1828 à 1842, on privilégie la formation du caractère, les jeux sportifs, l'esprit de fair-play, la camaraderie virile, la culture de gentleman qui exige la connaissance des grands classiques davantage que des sciences. La peur du sexe est partout répandue, la pudibonderie est à la mode, les accommodements discrets. L'esprit pratique n'est jamais absent : il permet par exemple, dans les années 1860, dans les classes moyennes si imbues d'esprit familial, de justifier la régulation des naissances et la diminution du nombre des enfants au nom même de l'amour qu'on leur porte et de l'avenir qu'on veut leur préparer.

L'expansion mondiale

Les vertus nationales, l'ambition des cadets de famille, le refoulement d'instincts et l'exaltation d'un dynamisme de compensation contribuent à entretenir une flamme conquérante et à nourrir les administrations et armées coloniales de cadres efficaces, orgueilleux de leur appartenance nationale, imbus d'un esprit de supériorité traduit dans la certitude d'être des porteurs de civilisation... et dotés de suffisamment d'avantages matériels pour accepter de longues périodes d'exil. À cette époque, les partisans d'une « petite Angleterre » soulignent l'inutilité des colonies dans un temps de libre-échange généralisé, mettent en relief les apports de colonies sans drapeau et de marchés sans les embarras de la responsabilité : on va bien, en 1867, jusqu'à doter le Canada de l'autonomie interne et du premier statut de dominion, l'impérialisme a pu revêtir ces formes « silencieuses », mais de nouveaux pans d'Empire, des millions de kilomètres carrés, n'en sont pas moins acquis, et, en Inde, après la révolte des Cipayes et la fin de la Compagnie des Indes, la Couronne a pris le relais, permettant en janvier 1876 à Victoria de devenir l'impératrice du sous-continent indien. Développant son action en Asie, où la guerre de l'opium lui a valu, en 1842, Hong Kong et où toutes les occasions sont bonnes, dans les années 1860, pour étendre les emprises commerciales, bénéficiant de l'ouverture du Japon, développant ses colonies australiennes et néo-zélandaises, la Grande-Bretagne est une grande puissance dans le Pacifique comme ailleurs et ses flottes garantissent sa « liberté des mers ». Si Palmerston et ses successeurs ont eu le tort de ne pas comprendre le projet du canal de Suez, Disraeli rattrape l'échec en rachetant, en 1875, les actions du khédive d'Égypte.

Puissance pacifique et orgueilleuse à la fois, la Grande-Bretagne a victorieusement, et coûteusement, assumé sa part de la guerre de Crimée en 1854-1856, a arbitré un conflit franco-allemand sur le Luxembourg en 1867 en étendant au grand-duché une garantie de neutralité rappelant celle qui a été accordée à la Belgique en 1834 ; elle demeure neutre en 1870-1871 et laisse se constituer l'Empire allemand, alors tourné vers le continent et paraissant capable d'équilibrer les ambitions des tsars. En fait, les idées de Cobden sur le commerce, instrument de paix entre les peuples, et un empirisme de tous les instants, qui fait naître dès 1865 l'esprit de négociation et de compromis, inspirent un grand sang-froid aux responsables britanniques.

Le rayonnement intellectuel

Un quart de siècle aussi brillant ne pouvait que contribuer à l'épanouissement de l'esprit et permettre d'évoquer un nouvel âge élisabéthain. Sans chercher à rappeler tous les grands noms, on retiendra quelques individualités ou écoles. La pensée scientifique connaît sans doute avec Charles DarwinCharles Darwin, dont L'Origine des espèces est publiée en 1859, un tournant décisif des sciences de la vie, mais aussi la source de nouvelles incertitudes religieuses, qui mènent au modernisme de Charles Gore dans les années 1880, et aussi l'inspiration involontaire du « darwinisme social » : ses thèses élitistes et prônant une supériorité raciale éclosent et se répandent à la fin du siècle. Les débats théologiques suscitent par ailleurs une intense fermentation : dans le monde catholique, en pleine renaissance, enrichi de milliers de convertis à l'exemple de J. H. Newman en 1845, traversé de fulgurantes tentations modernistes, agité par les premières approches œcuméniques ; dans les milieux protestants, affrontés comme les autres à un renouveau prodigieux des études historiques et à la découverte et publication par l'équipe de Max Muller à Oxford, dans les années 1870, des grands textes de la philosophie hindouiste ; exposés par ailleurs à la « séduction » des thèses romaines, opportunément disqualifiées à partir de la proclamation de l'infaillibilité pontificale en 1870, divisées sur les méthodes de reconversion des masses et sur les interprétations sociales de la prédication du Christ. Les arts, qui vivent la poussée néo-gothique en architecture et la flambée du préraphaélitisme en peinture, illustrée par D. G. Rossetti, Burne-Jones, J. E. MillaisLe Huguenot, J. E. Millais, W. H. HuntRienzi, W. H. Hunt, ont découvert leur critique de génie en John RuskinRossetti et Ruskin. La diversité de la réflexion sur la société fait ressortir la grandeur et l'influence de John Stuart Mill. Pendant que les universités, alimentées par le renouveau des collèges secondaires, reprennent vigueur, que Cambridge et Oxford, toujours sans pareilles, se voient pourtant complétées par de nouvelles fondations, surtout à Londres, tout paraît témoigner de la vanité des craintes antérieures de sclérose intellectuelle d'une société dévorée par la soif de la réussite matérielle. L'éclat de la littérature, toujours illustrée par Charles Dickens, la vitalité d'une presse qui, depuis 1855, a vu disparaître des taxes exorbitantes et multiplie titres et nombre d'exemplaires du Times au Daily Telegraph, de Punch à l'Illustrated London News, tout renforce le sentiment d'une grande renaissance intellectuelle.

Charles Darwin Photographie

Charles Darwin Le naturaliste anglais Charles Darwin (1809-1882), auteur de L'Origine des espèces, a développé les théories de la sélection naturelle et de l'évolution.

Crédits: Hulton Getty Consulter

Le Huguenot, J. E. Millais Photographie

Le Huguenot, J. E. Millais John Everett Millais, Le Huguenot. 1852. Huile sur toile. Collection Makins.

Crédits: The Bridgeman Art Library/ Getty Consulter

Rienzi, W. H. Hunt Photographie

Rienzi, W. H. Hunt William Holman Hunt, Rienzi, huile sur toile. Collection particulière.

Crédits: The Bridgeman Art Library/ Getty Consulter

Rossetti et Ruskin Photographie

Rossetti et Ruskin Dante Gabriel Rossetti (1828-1882), peintre et poète britannique (à droite) et John Ruskin (1819-1900), écrivain et critique d'art britannique, vers 1863.

Crédits: Hulton Getty Consulter

L'ombre irlandaise

Étrangement, la splendeur du Royaume-Uni ne paraît amoindrie que par la persistance des menaces dans une fraction limitée de son territoire : l'Irlande. La grande agitation pour le Repeal, ou révocation de l'Acte d'union des débuts du règne, avait paru succomber sous les effets désastreux de la Grande Famine et de la perte, en quelques années, entre 1846 et 1851, de un million et demi de morts de faim et du typhus et de près d'un million d'émigrants, en même temps que du total échec de la révolution romantique des Jeunes Irlandais en 1848. Tout a recommencé avec la fondation, en 1858, du mouvement Fenian, d'actes de violence multipliés à partir de 1865, d'une tentative insurrectionnelle en 1867, suivie d'audacieux attentats en Angleterre même. Pourtant Gladstone, à partir de 1868, a voulu apporter les apaisements indispensables : par la séparation de l'Église et de l'État en Irlande en 1869, par une première loi foncière au bénéfice des tenanciers en 1870. Mais, entre 1870 et 1873, commence l'agitation en faveur du Home Rule, sous l'impulsion d'Isaac Butt. Alors que les catholiques irlandais constituent, dans leurs ghettos urbains de Liverpool, Manchester, Glasgow, l'essentiel de la communauté catholique romaine en Angleterre, la localisation du danger paraissait difficile et l'extension de nouvelles violences probable.

  La crise de la fin du règne

L'époque « tardive », du milieu de la décennie 1870 à la mort de Victoria, révèle la fragilité de l'optimisme qui, malgré tout, était devenu un point majeur de la mentalité des Britanniques.

La « grande dépression »

Les premiers doutes ont à coup sûr pour origine la première crise mondiale de l'économie capitaliste, la « grande dépression ». Pendant plus de vingt ans, avec des sursauts de reprise économique et de nouvelles plongées dans la crise, de 1873 à 1895 au moins, on sort du long cycle de croissance pour entrer dans un nouveau cycle de récession : les taux moyens de croissance se situent autour de 1,5 p. 100 par an, mais ils ne rendent pas compte d'évidentes variations sectorielles. Le maître mot est « concurrence », elle frappe de plein fouet l'agriculture, surtout dans le domaine céréalier, un peu moins les éleveurs qui bénéficient de l'abaissement des coûts du fourrage ; elle est le fait des pays neufs des deux Amériques, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, de l'Ukraine russe. Elle est trop générale pour permettre la conversion ordinaire de cultures en pâtures, elle se traduit par une chute des prix qui ruine les fermiers, met en difficulté les propriétaires et, surtout, les touche dans leur capital même avec l'effondrement des prix de la terre ; elle entraîne une réduction de moitié des espaces emblavés, une baisse de 29 p. 100 de la population active agricole ; elle ne se résout que par la spécialisation dans des productions moins directement exposées. Les effets de cette compétition sont aussi visibles dans l'industrie et le commerce : l'industrie américaine dépasse l'industrie britannique en 1890, l'industrie allemande l'imite en 1896, date à laquelle le made in Germany est devenu un label de cauchemar. Le libre-échange demeure pourtant le principe intangible, quand les protectionnismes gagnent partout : au début des années 1880, les fair-traders échouent à faire admettre leur plaidoyer en faveur de la réciprocité des avantages tarifaires. Tout n'est pas sombre. La conquête de nouveaux marchés restaure quelque peu le commerce extérieur et une balance des comptes positive est garantie par l'importance croissante des investissements à l'étranger, qui se substituent largement aux nationaux, et par la gamme des revenus invisibles. Une révolution commerciale survient dans la vente au détail et procure une clientèle « indigène » aux industries en difficulté : d'autant que l'amélioration du pouvoir d'achat née de la baisse des prix alimentaires se traduit par l'augmentation des dépenses de consommation de produits transformés. Le chômage connu, qui a dépassé souvent 10 p. 100 des salariés syndicalisés dans les années 1880, retrouve, à l'aube du siècle, des taux plus normaux, de l'ordre de 3 à 5 p. 100. L'émigration a été un exutoire recommandé et pratiqué. La morosité n'en est pas moins devenue la marque de la fin d'une époque. D'autant que le génie des entrepreneurs d'antan paraît limité aux innovateurs dans les branches nouvelles de l'électricité, de la propulsion mécanique, des industries de consommation, et que les fils des grands barons de l'industrie traditionnelle semblent se muer en rentiers avides de loisirs et paresseux : ce qu'on aurait tendance à expliquer par une éducation inadaptée au nouveau monde scientifique et technique, mais aussi par la petite taille des entreprises, l'insuffisance des liens entre banques et entreprises, la conscience que la main-d'œuvre abondante ne justifie pas des investissements mécaniques aussi développés qu'aux États-Unis.

Les luttes sociales

La crise économique a relancé d'inévitables conflits de classes. Peu préparés à des luttes sévères et victimes de la conjoncture, les syndicats sont impuissants à prévenir des réductions de salaires et des licenciements, leur idéologie comme leur appareil paraissent du coup inadaptés. Les idées socialistes, fort peu influentes malgré la présence à Londres de Karl Marx, qui y meurt en 1883, connaissent une considérable propagation : H. M. Hyndman, en 1881, apporte sa version anglicisée du marxisme révolutionnaire et, fondateur deux ans plus tard de la Fédération social-démocrate, porte la lutte sur le terrain politique ; William Morris, qui le rejoint au départ pour l'abandonner en 1885 au profit, provisoire, d'un courant anarchiste, contribue à alimenter la révolte par son émotion esthétique et par ses rêves utopiques ; rationalistes et pratiques dans leur démarche, les fabiens, rassemblés autour de G. B. Shaw, H. G. Wells, B. et S. Webb, exposent en 1887 un programme « gradualiste » de transformation de la société à la lumière des vérités qu'ils entendent propager sous la forme de brochures et d'études de cas ; le christianisme social joue un rôle important et sous-tend, à partir de la fin des années 1880, l'action socialiste de James Keir Hardie, ardent prophète d'un syndicalisme rénové, fondateur en 1893 du Parti travailliste indépendant. Les syndicats, entrés avec le « nouvel unionisme » dans l'ère socialisante à partir de 1889, un an après la grève des dockers de Londres, recrutent désormais aussi dans la masse des non-qualifiés et sont en mesure d'organiser des grèves impressionnantes. En 1900, syndicats et mouvements socialistes se fédèrent au sein d'un comité pour la représentation des travailleurs, qui est l'origine du Parti travailliste. Il n'est jusqu'à la vie religieuse, avec la création, dans les années 1890, de l'« Église des travailleurs », qui ne dénote la poussée d'une conscience de classe. Le bourgeois a pu s'émouvoir de scènes désormais passées dans la légende « rouge » de l'Angleterre : ainsi, le drapeau rouge brandi en 1886 à Trafalgar Square prélude à deux années de dures manifestations de rue des chômeurs sous la houlette des chefs de la Fédération social-démocrate. C'est pourtant à la même époque que naît la petite bourgeoisie de la boutique et de l'emploi commercial, de l'enseignement primaire, et celle des employés de bureau, qui comporte le ralliement de larges fractions ouvrières à la morale victorienne et au souci de « respectabilité », dans la « déférence envers les supérieurs », et qui a vu le triomphe du malthusianisme familial. Les contradictions sont ainsi énormes, soulignées aussi par les résultats, dans les années 1890, de grandes enquêtes sociologiques urbaines, celle de Charles Booth à Londres, celle de Seebohm Rowntree à York, et qui toutes soulignent qu'un quart à un tiers des travailleurs vivent « au seuil de l'indigence » et, dans le cas de York, illustrent la thèse désormais fameuse des cycles familiaux : au cours de sa vie, chaque ouvrier est amené à passer par des cycles successifs d'indigence ou de relative prospérité, selon son âge, celui de ses enfants, la taille de sa famille.

Affrontées à de telles réalités et menaces, les élites sociales réagissent. Par l'observation et la dénonciation parfois. En 1883, le pasteur Andrew Mearns publie sa Plainte amère du Londres de la déchéance ; l'Armée du salut, organisée en 1878, donne l'exemple d'une évangélisation teintée de plus en plus de charité et laisse son premier général, William Booth, dénoncer en 1890 dans La Plus Noire des Angleterres le « dixième immergé » de la société britannique. Après un dernier effort, dans les années 1870, pour imposer l'assistance en asileLe Bedlam, on en revient de plus en plus au secours à domicile. Donnant l'exemple dans la ville de Birmingham, dont il est le maire en 1874, Joseph Chamberlain crée le modèle du socialisme municipal : écoles, hygiène publique, logements, santé sont, selon lui, l'objet de l'attention et des mesures d'autorités locales. Dans les années 1880, devenu l'un des grands chefs de l'aile « radicale » du Parti libéral, il met l'accent sur un programme de socialisme d'État, qui paraît encore trop audacieux à son chef de file, William Gladstone, mais qui contribue à l'évolution des esprits, au vote de premières lois de protection des ouvriers, à des mesures collectives en faveur de la guerre aux taudis. Surtout, en 1888, la réforme de l'administration locale confie à des autorités élues de comtés et bourgs-comtés la responsabilité des principales améliorations à apporter à l'environnement et au logement. Le Conseil de comté de Londres se révèle, à partir de 1889, particulièrement progressiste à cet égard. On ne va jamais très loin, bien moins qu'en Allemagne à la même époque ; on refuse tout système d'assurance sociale généralisé, on n'accepte pas la revendication de la journée de huit heures qui est celle du mouvement du travail à partir de 1889. Dans l'État capitaliste, on s'effraye encore à l'idée d'augmenter les très modestes impôts sur le revenu ou sur les successions, on ne veut pas toucher à l'autorité des propriétaires fonciers ; des libéraux invétérés, tel Alfred Marshall en 1885, rendent les pauvres et leurs vices responsables de leur misère.

Le Bedlam Photographie

Le Bedlam Des malades psychiatriques, dans le quartier des femmes, au Royal Hospital of Bethlehem, en 1860. Le fameux asile londonien était surnommé le Bedlam.

Crédits: Hulton Getty Consulter

Démocratie et révolution

Ce n'est pas un hasard si, à défaut de grandes mesures sociales, on tente de développer l'appât d'un système démocratique. En 1885-1886, au prix d'un difficile consensus entre les partis, obtenu grâce à l'intercession de la reine, une nouvelle réforme électorale accorde le suffrage universel aux hommes, sous réserve qu'ils vivent dans un logement indépendant, depuis un an au moins dans la même résidence, qu'ils ne soient ni domestiques, ni criminels, ni fous ; cinq hommes adultes sur huit répondent à ces exigences. Bien que l'indemnité parlementaire n'existe pas, avec l'aide des syndicats et grâce à un choix politique délibéré du Parti libéral, les premiers travailleurs ont été élus aux Communes à partir de 1874 : Keir Hardie, élu député en 1892, est le premier ouvrier authentique à sièger sans l'aide d'un parti bourgeois. Une redistribution des sièges, l'adoption quasi générale du scrutin uninominal à un tour apportent d'autres touches à cette volonté de démocratisation. On soulignera que cette révolution n'a pas créé de choc, tant les élites s'étaient, à juste titre, persuadées de leur capacité à obtenir la plupart des suffrages de la masse. Les conséquences ne sont pas minimes. Les chefs de parti, Randolph Churchill chez les conservateurs avant sa fatale maladie, lord Salisbury, sont contraints à un certain populisme, et c'est ce dernier, Premier ministre, qui fait instaurer la gratuité de l'éducation primaire en 1891. Le radicalisme se développe au sein du Parti libéral, avant que la scission des partisans de Joseph Chamberlain, entre 1886 et 1889, n'affaiblisse quelque temps ce courant de réforme sociale. Surtout, la question irlandaise resurgit : après des concessions foncières majeures en 1880-1881, Gladstone, à deux reprises, en 1886 et en 1892, tente de faire voter le Home Rule, échoue devant l'opposition des Lords dans sa seconde tentative : à la chambre, la forte minorité, près de quatre-vingts députés, des nationalistes irlandais menace dès lors d'imposer son arbitrage dans la vie nationale tout entière. La qualité des élites politiques, le rejet de l'esprit révolutionnaire dans les masses ajoutent cependant leurs effets à la popularité toujours croissante de la Couronne : les deux jubilés de Victoria, en 1887 et en 1897, sont l'occasion de formidables manifestations d'affection et de loyalisme. Les plus déçues sont les féministes : les mouvements de « suffragettes » commencent à s'exprimer avec une véhémence qui va croissant.

Le déchaînement impérialiste

On ne saurait minimiser la part jouée par le développement d'un impérialisme de masse dans une harmonie naissante de la société. Les réalités du monde de la concurrence apportent de l'eau au moulin de ceux qui, à l'instar de Charles Dilke dès les années 1860, rêvent d'une « plus Grande-Bretagne ». Les « impérialistes de la chaire », les historiens J. A. Froude et J. Seeley, entraînent dans leur sillage les commerçants et industriels regroupés dans leurs influentes chambres de commerce, rallient de plus en plus de politiques, libéraux comme A. Rosebery ou H. H. Asquith, conservateurs comme le rallié unioniste Chamberlain, ils séduisent poètes et romanciers, de Rudyard Kipling à George Bernard Shaw qui, pour sa part, n'est pas sans être sensible à la prophétie d'un monde réservé aux géants ; le darwinisme social joue son rôle, mais aussi l'exotisme que la Société royale de géographie s'emploie à propager dès 1830, relayée depuis 1869 par la Société coloniale. L'orgueil national s'en mêle à propos de conflits extérieurs, dont la crise orientale de 1878 qui fait pousser des cris outragés dans les music-halls où naît la chanson populaire employant pour la première fois le mot « jingo » et d'où sort l'expression « jingoïsme », expression d'un chauvinisme exacerbé. Les exemples d'Athènes et de Venise font rêver d'une grande thalassocratie que permettrait l'indéniable maîtrise des mers, garantie en 1889 par l'adoption du two power standard : la flotte britannique doit constituer l'équivalent en tonnage des deux plus puissantes flottes mondiales classées après elle. L'expansion n'a pas toujours été voulue, Gladstone a été le plus réticent. Elle est parfois le fruit de premiers efforts : de la possession partielle de Suez, on passe ainsi en 1882 à l'occupation effective de l'ÉgypteOccupation britannique en Égypte, dont la protection exige des conquêtes ultérieures en direction du sud. L'action en Afrique australe de « nouveaux conquistadores », à l'exemple de Cecil Rhodes, stimule bientôt l'idée de réaliser un grand axe Le Cap-Le Caire. À partir de 1895, inquiet par ailleurs des ambitions rivales des Russes, des Français, des Allemands, les Britanniques adoptent un impérialisme systématique, sous l'impulsion du ministre des Colonies de lord Salisbury, Joseph Chamberlain. Le risque de la guerre n'est pas exclu : elle manque d'éclater contre la France, pour Fachoda, en 1898. Elle mobilise des armées de plus en plus nombreuses à partir de 1899 pour l'acquisition des Républiques boersReddition du général Cronje, 1900 , dont Victoria ne contemplera pas l'annexion, réalisée plus d'un an après sa mort. Ce « panbritannisme » inquiète les étrangers, mais stimule l'unité nationale : de grandes associations, telle la Primrose League, dont les adhérents, à la fin du siècle, approchent les deux millions, popularisent un Empire dont l'expansion paraît garantir puissance, prospérité, emplois. La nouvelle presse populaire à sensation, née en 1896, soutient à fond l'impérialisme. En pleine guerre des Boers, en 1900, l'élection « kaki » donne une immense victoire aux conservateurs, tenants du nationalisme en marche, contre un Parti libéral plus divisé, dont le chef, H. Campbell-Bannerman, a exprimé ses réserves à propos des objectifs et méthodes du conflit. Il y a contradiction entre cette grande politique coloniale et les signes certains d'un affaiblissement dans le monde, dû aux réalités économiques comme à la constitution de systèmes d'alliances en Europe continentale. Les Britanniques, en 1895-1896, dans l'affaire du Venezuela, doivent se résoudre à un arbitrage américain ; inquiets de l'alliance franco-russe de 1893, soucieux de voir se consolider l'alliance austro-allemande quand, en 1897, l'Allemagne déclenche une course aux armements navals, la Grande-Bretagne n'est peut-être pas assurée que le « splendide isolement » soit encore une bonne chose et rêve elle aussi d'alliances ou d'ententes qui ne se concrétisent pas sous le règne victorien. Le « Titan est fatigué », il rêve de coopérer aussi davantage avec ses grandes dépendances de peuplement européen, avec lesquelles, à partir de 1887, il se concerte dans les conférences coloniales. Le Royaume-Uni sait son Empire bien fragile par endroits ; ainsi en Inde où, en 1885, le Parti du Congrès a vu le jour et où des nationalistes hindous et musulmans espèrent encore que la métropole sera fidèle aux grands idéaux des droits de l'homme et de la liberté des peuples : en 1901, le temps de la patience y est pourtant comptéEmpire des Indes.

Occupation britannique en Égypte Photographie

Occupation britannique en Égypte Des soldats écossais devant le sphinx de Giseh, après leur victoire à Tell el-Kébir lors de l'intervention britannique de 1882 qui permit l'occupation de l'Égypte.

Crédits: Hulton Getty Consulter

Reddition du général Cronje, 1900 Photographie

Reddition du général Cronje, 1900 Le général sud-africain Cronje avec des membres de l'état-major de lord Roberts, commandant en chef des troupes britanniques, après sa reddition, lors de la guerre des Boers, en 1900.

Crédits: Hulton Getty Consulter

Empire des Indes Photographie

Empire des Indes Un administrateur colonial britannique dans l'Inde de la Belle Époque. Le décor et les personnages composent l'image, emblématique jusqu'à la caricature, d'une situation dont la littérature ( de Kipling à E.M. Forster) révèle les multiples facettes.

Crédits: Hulton Getty Consulter

La fin d'un monde

« Grand-mère de l'Europe », Victoria, dans ses dernières années, contemple un monde de plus en plus déchiré. Petite femme tassée, toujours de noir vêtue, elle n'abdique rien de son autorité. Elle s'émeut de tout, attend rapports et informations sur tout, ne concède aucune autorité au prince de Galles. Sa présence sur le trône contribue sans doute à fausser quelques perspectives. Parce qu'elle est toujours farouchement attachée aux choses de la religion, on s'imagine l'Angleterre reconquise au christianisme par les gigantesques efforts missionnaires de toutes les Églises et sectes : en 1901, l'irréligion caractérise probablement au moins trois Britanniques sur quatre. Parce qu'elle est elle-même d'une morale rigide, on s'aveugle devant la montée d'une société plus fiévreuse et plus avide : même si les juges n'hésitent pas à faire subir à un Oscar Wilde, dans les années qui suivent, une loi sur l'homosexualité, une déshonorante condamnation à deux ans de bagne en 1895. Sous prétexte qu'elle s'entoure surtout de représentants de l'élite traditionnelle, on n'a pas toujours conscience de l'étonnante fusion de l'aristocratie et de la haute bourgeoise, symbolisée par l'accession à la pairie de nombre de dirigeants de grandes entreprises dans les années 1890, et qui annonce un monde où l'or serait roi. Les contemporains ont hésité à définir une Grande-Bretagne qui fascine encore le monde, qu'elle contribue largement à peupler, équiper, doter de sa langue. Les uns sont sensibles aux traits de modernité, à la puissance financière, aux aspects les plus frappants de la technique moderne, à la domination des mers. D'autres la voient déjà sur la pente de la décadence et, bizarrement, à l'instar de leurs ancêtres qui dénonçaient la « barbarie » de l'Angleterre industrielle, voient dans ses entreprises coloniales l'indice d'un retour à un temps d'énergie primaire et de soubresauts désespérés.

Avec Victoria disparaît une époque « qui avait si bien couvert d'or la liberté individuelle qu'avec de l'argent on était libre en droit et en fait, et sans argent on était libre en droit et pas en fait. Une ère qui avait si bien canonisé l'hypocrisie que, pour être respectable, il suffisait de le paraître. Une grande époque à l'influence transformatrice de laquelle rien n'avait échappé, sauf la nature de l'homme et la nature de l'Univers » (John Galsworthy).

Roland MARX

2.  Littérature

  Pensée

La littérature victorienne, conditionnée par le climat de l'époque, reçoit son empreinte profonde des forces intellectuelles nouvelles. La prose domine, propice à l'exposé des problèmes religieux et des controverses que pose la pensée scientifique face à l'idéalisme. Mill (1806-1873) représente, en l'assouplissant, l'utilitarisme ; Darwin (1809-1882) l'évolutionnisme dont l'influence est la plus féconde du siècle. La géologie nie que la création du monde date de quatre mille ans. Herbert Spencer (1820-1903) édifie une histoire génétique de l'univers, ambitieuse mais moins efficace que l'œuvre de cet admirable décanteur d'idées qu'est Thomas Henry Huxley (1825-1895), biologiste, théologien, pédagogueThomas Henry Huxley. L'histoire garde des liens avec le romantisme de Walter Scott, mais s'oriente vers l'interprétation sociale et économique avec Thomas Babington Macaulay (1800-1859) et philosophique aussi avec Henry Thomas Buckle (1821-1862), disciple de Comte. La critique, appliquée à la société, la pensée religieuse, la littérature trouvent en Matthew Arnold (1822-1888) un esprit nourri de classicisme et élargi par le cosmopolitisme, l'influence de Goethe et de Sainte-Beuve. Thomas Carlyle (1795-1881), correspondant de Goethe, se fait le propagateur d'un germanisme qui imprègne sa doctrine du héros et son style, riche de fulgurations prophétiques et d'effets à la Rembrandt. En contraste complet, Newman (1801-1890) représente, par les voies de la logique et d'une intuition toute bergsonienne, une dialectique subtile, personnelle dans son admirable autobiographie Apologia pro vita sua (1869), générale dans son Essay on the Development of Christian Doctrine : 1845, date de sa conversion au catholicisme, donc de la victoire du mouvement d'Oxford. Ruskin (1819-1900) prépare le triomphe de l'esthétisme par sa défense de Turner et des préraphaélites et son propre style somptueux, mais sa philosophie de l'art est plus gênée qu'enrichie par son généreux prophétisme social moralisant.

Thomas Henry Huxley Photographie

Thomas Henry Huxley Le médecin biologiste et zoologiste britannique Thomas Henry Huxley (1825-1895).

Crédits: Hulton Getty Consulter

  Roman

Le roman victorien, patronné par la bourgeoisie, doit sa variété, sa vitalité et son originalité aux forces vives des artisans consciencieux et des génies qui lui assurent un triomphe autochtone incontestable mais non pas international. Le conformisme et l'isolationnisme retardent longtemps le plein épanouissement des méthodes réalistes pratiquées sur le continent. Dickens (1812-1870), réformateur efficace des tares sociales, frère des humbles, crée par son imagination et son humour des personnages qui ont le relief d'un Falstaff ou d'un Hamlet : il est le génie le plus national que l'Angleterre ait produit avec Shakespeare. Autour de lui gravitent quantité de talents qui exploitent le « roman social » pour dénoncer l'industrialisme et le machinisme : Benjamin Disraeli (1804-1881), observateur des « deux nations », surtout de l'aristocratie en raison de ses fonctions de ministre ; Charles Kingsley (1819-1875), fondateur de la « Muscular Christianity », doctrine d'action issue de Carlyle ; Mrs. Gaskell (1810-1865), qui a pris avec la grande misère des villes un contact direct encore qu'insuffisant quant aux conditions économiques. Charlotte Brontë (1816-1855) a sa place ici par Shirley (1849), mais Jane Eyre (1847), autobiographie transposée, par sa passion maîtrisée transcende son époque. Sa sœur Emily (1818-1848) porte à son point d'incandescence les élans mystiques d'un amour dont la mort est l'assouvissement fatal ; Les Hauts de Hurlevent (Wuthering Heights, 1847), malgré ses attaches avec le romantisme, est une très grande œuvre intemporelle. Thackeray (1811-1863) met en pratique un réalisme rival de celui de Dickens, mais visant un autre objectif : la dissection swiftienne du snobisme dans une société dont il accepte la structure, ce que nous offre son chef-d'œuvre Vanity Fair (1847-1848). Bien qu'il se réclame de la franchise de Fielding, il ne réussit pas à l'incorporer dans Pendennis, qui aurait pu être un vrai Bildungsroman. Le réalisme, prenant conscience de lui-même, favorise les interventions directes, les professions de foi chez Thackeray, Anthony Trollope, George Eliot et George Meredith. Anthony Trollope (1815-1882) est un romancier régionaliste et un peintre du clergé, admirable artisan et artiste dont la cote a grandi depuis la dernière guerre. George Eliot (Mary Anne Evans, 1819-1880) domine tout le roman victorien par son génie philosophique et les exigences de son réalisme psychologique au bénéfice des humbles ; pour elle, le roman est « élargissement de nos sympathies humaines », idéal pleinement accompli dans ses chefs-d'œuvre : Adam Bede (1859), Le Moulin sur la Floss (The Mill on the Floss, 1860) et Middlemarch (1871-1872), ce dernier considéré par certains critiques comme le plus grand des romans anglais.

Au fil du siècle, le roman en reflète fidèlement les tendances ; le victorianisme, dans ses institutions religieuses et familiales, est attaqué de front par Butler dans son grand roman « séminal », Ainsi va toute chair (The Way of All Flesh, 1903), et dans son culte du machinisme par le biais du roman d'anticipation, précurseur de la science-fiction, Erewhon (1872). Le socialisme communisant nous offre l'antithèse : le roman rétrospectif moyenâgeux de William Morris, Nouvelles de nulle part (News from Nowhere, 1891). L'exotisme est une inspiration centrale chez Stevenson ; exploité par l'art du génial conteur qu'est Kipling, il se met au service de l'impérialisme. C'est une très riche variété d'exotisme, mais dans le temps, que réalise le grand critique et esthète, disciple de Platon et de Hegel, Walter Pater, avec Marius the Epicurean (1885, 1892). George Gissing fait violence à ses goûts d'érudit et applique un réalisme relativement audacieux aux questions sociales, au féminisme dans Femmes en trop (The Odd Women, 1893), annonçant l'ère des « suffragettes ». La poésie et la philosophie, dans l'inspiration et dans la technique, imprègnent les œuvres romantiques de Meredith (1828-1909), y compris leur sommet, The Egoist (1879), et celles de Thomas Hardy (1840-1928) qui donne à ses évocations régionalistes des dimensions épiques, ainsi dans Tess d'Urberville (Tess of the D'Urbervilles, 1891).

  Poésie

La poésie, dans la littérature victorienne, a autant de densité et de variété que la prose. Matthew Arnold reprend à son compte la formule de Carlyle : « Ferme ton Byron et ouvre ton Goethe », mais il oublie ses attaques contre l'ignorance des romantiques et, comme tous ses contemporains, puise chez eux la sève nourricière de ses œuvres les meilleures ; il vénère Wordsworth, comme Browning Shelley, comme Tennyson et Rossetti Keats. Mais chez tous les victoriens s'insinue l'« élément moderne » qu'est le levain du réalisme : l'intensité et le pittoresque y gagnent, témoins les poèmes en dialecte de Tennyson, L'Anneau et le livre (The Ring and the Book, 1868-1869) de R. Browning et les pastorales de A. H. Clough (1819-1861) et de Matthew Arnold, son ami, et tout particulièrement les compositions picturales et poétiques des préraphaélites. Rossetti, dans ses sonnets de La Maison de vie (The House of Life, 1881), Morris, dans les récits épiques moyenâgeux du Paradis terrestre (The Earthly Paradise, 1868) et ses sagas islandaises ; Meredith, dans la série de pseudo-sonnets Modern Love (1862), et Thomas Hardy, dans tous ses poèmes lyriques, accentuent le réalisme jusqu'à la névrose ; sincère chez eux, et chez Swinburne (1837-1909), imprégné qu'il est d'authentique sadisme, elle devient procédé chez les décadents de la fin du siècle, tels J. A. Symonds (1840-1893) et Wilde (1854-1900). Un souci d'objectivité, correctif du romantisme confessionnel, restreint au minimum les « cris du cœur ». Browning rivalise presque avec Shakespeare comme « amateur d'âmes », mais ses explorations psychologiques se font par procuration, par l'emploi du « monologue dramatique », invention originale encore que trop intellectuelle pour aboutir à la pleine création théâtrale, et ce sera la grave carence de la littérature victorienne. La philosophie infuse dans The Prelude, Endymion et Prometheus Unbound devient élément didactique très conscient, sous la forme d'idées, dénuées de toute frange poétique, témoins qu'elles sont du monde extérieur et des conflits qui l'agitent, par exemple le concept d'évolution, vague et hésitant chez Tennyson, « Lucrèce moderne » selon Huxley, mais non évolutionnisme scientifique, un peu plus précis chez Browning quand il déclare : « L'Homme n'est pas encore Homme », mais pleinement assimilé par le « méliorisme évolutionniste », formule que Hardy substitue au mot « pessimisme ». Or, des controverses religieuses de l'exégèse allemande, de la maladie du doute, est né un pessimisme qui est nostalgie de la foi perdue avec Arnold (Dover Beach, 1867) et vision dantesque d'un athéisme total avec James Thomson (The City of Dreadful Night, 1874). Le courant de mysticisme catholique en reste indemne, dans le cas de Coventry Patmore, chantre serein de l'amour conjugal, mais non pas chez Francis Thompson torturé par l'angoisse et la misère physique. Les inquiétudes politiques et sociales profondément ressenties apportent aux poètes des occasions d'élans généreux ; c'est ainsi que, dans Chants avant l'aube (Songs before Sunrise, 1871), Swinburne réussit une magnifique transposition de l'essai de Mill, On Liberty. Tandis que Tennyson retrouve dans un Moyen Âge légendaire (Les Idylles du roi) le modèle d'une société régie par l'idéal chevaleresque et courtois. En littérature comme en architecture fleurit le courant néo-gothique. L'analyse détaillée des divers tempéraments individuels ne ferait que renforcer l'impression d'ensemble que la poésie victorienne est animée par un large pouvoir créateur qui se traduit par l'abondance, par la pratique de formes variées et par des recherches musicales qui vont de la pure mélodie tennysonienne aux vastes orchestrations polyphoniques de Swinburne, aux rythmes populaires de R. Kipling et, risquons le mot, jusqu'aux effets de jazz qu'annonce le baroque de Browning.

Terminons ce survol d'un âge littéraire que Louis Cazamian considère, « entre tous ceux de l'Angleterre, comme le plus fort et le plus grand », par le rappel que le grand sérieux victorien compose une belle médaille dont il ne faut pas négliger le revers, la sévérité de la conscience morale farouchement opposée au plaisir, qui fige comportements et sentiments en des attitudes rigides dont seuls le comique, intellectualisé chez Meredith, et l'humour, fantastique de l'absurde chez Lewis Carroll et Edward Lear, viennent soulager la tension.

Louis BONNEROT

Pour citer cet article

Louis BONNEROT, Roland MARX, « VICTORIENNE ÉPOQUE  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le  . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/epoque-victorienne/

Classification thématique de cet article :

 

Offre essai 7 jours

« VICTORIENNE ÉPOQUE » est également traité dans :

VICTORIA (1819-1901) reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande (1837-1901)

Écrit par :  Sylvain VENAYRE

Montée sur le trône en 1837, et disparue le 22 janvier 1901, la reine Victoria aura symbolisé le Royaume-Uni à l'apogée de sa puissance. L'« ère victorienne » résume ainsi le succès et les ambiguïtés de l'Angleterre de la seconde moitié du xixe siècle. Le pays a en effet été épargné par les guerres et les révolutions, tout en s… Lire la suite
BRIGHT JOHN (1811-1889)

Écrit par :  Roland MARX

… *Homme politique britannique de premier plan et grande figure du libéralisme, John Bright est un industriel du Lancashire. Appartenant à une famille de quakers, il a reçu une bonne éducation, mais n'est pas passé par les universités ; autodidacte, il a marqué l'éloquence parlementaire par la qualité de ses références littéraires et historiques. Sa… Lire la suite
BURNS JOHN ELLIOT (1858-1943)

Écrit par :  Paul CLAUDEL

… *Alors qu'il n'est qu'un jeune ouvrier mécanicien, Burns adhère au socialisme. Il participe, avec Hyndmann notamment, à la fondation de la Democratic Federation, première organisation ouvrière anglaise se réclamant du marxisme. Dénonçant le « défensisme » des leaders syndicalistes, Burns et ses camarades exigent une action ouvrière offensive… Lire la suite
CAMERON JULIA MARGARET (1815-1879)

Écrit par :  Elvire PEREGO

… *Une certaine tentation picturale, teintée d'esthétisme et d'artifice, caractérise l'œuvre photographique de Julia Margaret Cameron, exclusivement consacrée à la figure humaine. Personnalité excentrique, Julia Margaret, deuxième des sept sœurs Pattle, naquit le 11 juin 1815, à Calcutta ; son père, James Pattle, y exerçait de hautes fonctions à la… Lire la suite
CARLYLE THOMAS (1795-1881)

Écrit par :  Michel FUCHS

Que Carlyle ait été tenu pour le prototype du « sage » à l'époque *victorienne peut paraître paradoxal : nul n'a dénoncé avec plus de persévérance et de violence l'imposture universelle de son siècle. Pourtant, la vénération qui entoure, à la fin de sa vie, cet homme si peu conservateur qu'il rejette tout ce qui… Lire la suite
CHAMBERLAIN JOSEPH (1836-1914)

Écrit par :  Roland MARX

… *Né à Londres, devenu industriel à Birmingham, unitarien tôt tourné vers les questions sociales et en particulier éducatives, Joseph Chamberlain entre dans la vie publique à partir de 1873. Il va être successivement le fondateur du socialisme municipal, l'intransigeant nationaliste hostile à toute sécession irlandaise, l'apôtre du néo-impérialisme… Lire la suite
CHARTISME

Écrit par :  Roland MARX

… *Mouvement politique et social anglais qui se développe au cours des années 1838-1848 et qui tire son nom de la Charte du peuple, document exposant six revendications majeures : suffrage universel pour les hommes à partir de vingt et un ans ; éligibilité de tous les citoyens ; élection annuelle du Parlement ; scrutin secret ; indemnité… Lire la suite
CHRISTIANISME SOCIAL ANGLAIS

Écrit par :  Roland MARX

… *Le lien entre la foi religieuse et la volonté d'obtenir une société plus juste a été affirmé très tôt dans l'Angleterre du xixe siècle, aussi bien par les Églises non conformistes que par l'Église anglicane. Les racines historiques du christianisme social anglais plongent loin dans le passé : à la fin du Moyen Âge, les lollards… Lire la suite
COBDEN RICHARD (1804-1865)

Écrit par :  Roland MARX

… *Industriel et homme d'État anglais. Né dans une petite famille de fermiers du Sussex, Richard Cobden est un type de self-made man. D'abord employé, puis représentant de commerce, il devient à partir de 1832 un industriel prospère de Manchester, spécialisé dans la production de cotonnades imprimées. Quelques années plus tard, il se lance dans l'… Lire la suite
CONSERVATEURS, Royaume-Uni

Écrit par :  Roland MARX

… *L'un des grands partis politiques britanniques, dont le nom apparaît vers 1836 pour succéder au traditionnel terme « tory ». Dès la naissance du parti, Robert Peel lui fixe l'objectif d'associer classes moyennes et supérieures et de favoriser les évolutions qui ne compromettraient pas les fondements de l'ordre et de la vie nationale. Constamment… Lire la suite
CROMER EVELYN BARING 1er comte (1841-1917)

Écrit par :  Roland MARX

… *Le nom de Baring, élevé à la pairie avec le titre de Cromer en 1901, est associé à la grande période de l'impérialisme britannique et, plus particulièrement, à la mainmise sur l'Égypte. Né dans le Norfolk, ayant perdu très jeune son père qui avait siégé aux Communes, il se destine à la carrière militaire et devient officier d'artillerie en 1858.… Lire la suite
CURZON GEORGE NATHANIEL, marquis de Kedleston (1859-1925)

Écrit par :  Roland MARX

… *Fils d'un pasteur du Derbyshire, brillant élève à Eton et étudiant à Oxford, très tôt attiré par l'Orient, Curzon entame en 1884 une belle carrière politique dans les rangs du Parti conservateur britannique. Protégé par lord Salisbury, dont il est devenu à cette date le secrétaire adjoint, il réussit à se faire élire au Parlement en 1886. Revenu de… Lire la suite
DEANE sir THOMAS NEWENHAM (1828-1899)

Écrit par :  Jean-Pierre MOUILLESEAUX

… *Les trois générations de Deane, architectes irlandais, qui se succèdent recouvrent presque toute la période victorienne. Le père, sir Thomas (1792-1871) a travaillé à Dublin et à Cork, s'associant à Benjamin Woodward (1815-1861). L'association est reprise en 1850 par le fils, sir Thomas Newenham qui développe la firme. L'équipe réalise Trinity… Lire la suite
DICKENS CHARLES (1812-1870)

Écrit par :  Sylvère MONOD

… suit toute réputation et souffrit du discrédit général dans lequel tomba la littérature de l'époque *victorienne. Depuis la Seconde Guerre mondiale, Dickens suscite un intérêt considérable et sans cesse grandissant. On découvre dans son œuvre des valeurs nouvelles : son rôle de lutteur pour la justice sociale explique son succès en U.R.S.S. ;… Lire la suite
DISRAELI BENJAMIN (1804-1881) comte de Beaconsfield

Écrit par :  Roland MARX

… *Homme d'État britannique. Fils d'un père juif converti à l'anglicanisme, Benjamin Disraeli se fait d'abord connaître par ses talents d'écrivain. Après plusieurs œuvres mineures, dont Vivian Grey en 1827, il publie en 1844, 1845 et 1847 ses trois grands romans : Coningsby ; Sybil, or The Two Nations et Tancred, or TheLire la suite
GLADSTONE WILLIAM EWART (1809-1898)

Écrit par :  Roland MARX

… *Homme d'État britannique, plusieurs fois Premier ministre de son pays (1868-1874, 1880-1885, 1886 et 1892-1894). Fils d'un marchand de Liverpool, Gladstone entre dans la vie politique en 1832 comme député conservateur de Newark ; il est alors un ferme tenant de l'Église anglicane établie, ce qui lui vaut de vives attaques de libéraux comme T. B.… Lire la suite
HITCHCOCK HENRY-RUSSEL (1903-1987)

Écrit par :  Jérôme COIGNARD

…  sir Nikolaus Pevsner – se tourna dès la fin des années 1940 vers l'architecture de l'Angleterre *victorienne. Son Early Victorian Architecture in Britain, paru en 1954, stimula grandement les études victoriennes alors à leurs débuts par la richesse et la précision de son recensement. Notons que Hitchcock figure parmi les membres… Lire la suite
HOME RULE

Écrit par :  Roland MARX

… *L'expression signifie « autonomie interne » et a pu être employée dans des occasions variées. Historiquement, elle appartient à l'Irlande : elle est la revendication, à partir de 1870, d'un mouvement pour « un gouvernement autonome » qui, opposé à la violence révolutionnaire et peu convaincu des chances d'obtenir une complète indépendance, a décidé… Lire la suite
JINGOÏSME

Écrit par :  Roland MARX

… *Terme anglais synonyme de chauvinisme patriotique. Il apparaît en 1878, au moment d'une grave crise en Orient, et désigne alors les partisans d'une guerre. Il est tiré d'un refrain populaire, et le mot « jingo » lui-même n'a pas de signification particulière : « Nous ne souhaitons pas combattre, mais, par Jingo ! si nous en venons là, nous avons… Lire la suite
JOHN BULL

Écrit par :  Universalis

… *Dans la littérature et la caricature anglaises, John Bull représente l'Anglais « typique » ; on trouve pour la première fois le personnage dans La loi est un puits sans fond... (Law is a Bottomless-Pit..., 1712), l'une des cinq satires politiques connexes écrites par John Arbuthnot et qui furent à nouveau publiées par… Lire la suite
LONDRES

Écrit par :  Roland MARXFrédéric RICHARD

Dans le chapitre "La métropole victorienne et édouardienne"  : …  *Londres reflète parfaitement, dans la seconde moitié du xixe siècle et avant la Grande Guerre, l'orgueil triomphant de la domination du plus vaste empire jamais construit et, malgré le déclin relatif de la fin de la période, l'étonnante richesse d'ensemble et la réelle prospérité d'un géant économique mondial. La première… Lire la suite
MACAULAY THOMAS BABINGTON baron (1800-1859)

Écrit par :  Roland MARX

… *Historien et homme d'État britannique. Fils d'un négociant, lui-même homme de loi de formation, Macaulay a connu une brillante carrière politique dans les rangs des whigs. Membre du Conseil des Indes de 1834 à 1838, plusieurs fois ministre, en particulier de la Guerre de 1839 à 1841, il demeura activement mêlé à la vie parlementaire jusqu'en 1855… Lire la suite
OWEN ROBERT (1771-1858)

Écrit par :  Antoine LION

… *Né au pays de Galles, Robert Owen partit de rien et devint à vingt-huit ans le propriétaire d'une importante manufacture de coton à New Lanark (Écosse). Industriel philanthrope, paternaliste et autoritaire, il en fait une usine modèle, bientôt célèbre à travers l'Europe. Ses innovations pédagogiques en particulier retiennent l'attention : jardin d'… Lire la suite
PALMERSTON HENRY JOHN TEMPLE 3e vicomte (1784-1865)

Écrit par :  Roland MARX

… *L'un des plus grands hommes d'État britanniques du xixe siècle, Palmerston est le véritable inspirateur de la politique étrangère du Royaume-Uni entre 1830 et 1865. Issu d'une famille aristocratique irlandaise, député à l'âge de vingt-trois ans, il débute dans le parti tory et fait ses premières armes ministérielles sous des… Lire la suite
PARNELL CHARLES STEWART (1846-1891)

Écrit par :  Roland MARX

… *Homme politique et nationaliste irlandais. Né dans une famille de petits propriétaires fonciers d'origine anglo-irlandaise et de confession protestante, Parnell entre au Parlement en 1875. Séduit par l'idéologie des Fenians et par le mouvement en faveur du Home Rule, il devient à partir de 1877 le chef de la fraction irlandaise des Communes et… Lire la suite
PAUVRES LOIS DES

Écrit par :  Roland MARX

… *Le miséreux, dans l'Angleterre d'Élisabeth Ire comme dans celle de Victoria trois siècles plus tard, n'est pas seulement une victime qui mérite la charité de cœurs chrétiens ; c'est aussi un marginal dangereux pour l'ordre social. Organiser par un code de lois une série de mesures protectrices de la société plus que de l'individu secouru… Lire la suite
PEEL sir ROBERT (1788-1850)

Écrit par :  Roland MARX

… *Fils de l'un des principaux manufacturiers anglais du coton, très tôt destiné à la carrière politique, Robert Peel, député dès 1809, a occupé de nombreux postes ministériels avant d'être appelé à diriger le cabinet de 1841 à 1846. Plusieurs de ses choix politiques ont joué un rôle majeur dans la vie britannique et, étrangement, ont été presque tous… Lire la suite
PRÉRAPHAÉLITES

Écrit par :  Mary Gardner BENNETT

Dans l'atmosphère viciée de la peinture anglaise du début de l'ère *victorienne, les préraphaélites apportent une vision originale et des objectifs nouveaux. Ils dénoncent l'inertie académique, la sentimentalité béate, le fini sombre, bitumeux, de la peinture des années 1840, et témoignent de leur curiosité juvénile, d'un sens hardi de… Lire la suite
RHODES CECIL JOHN (1853-1902)

Écrit par :  Roland MARX

… *Homme d'affaires brillant et grand homme d'État britannique, apôtre de l'expansionnisme colonial, nouveau conquistador, philanthrope, Cecil Rhodes a été aussi passionnément admiré que vilipendé. Fils d'un pasteur anglican, cinquième d'une famille de onze enfants, né dans le Hertfordshire, de constitution délicate, rien ne paraît le destiner à un… Lire la suite
ROYAUME-UNI - Histoire

Écrit par :  Bertrand LEMONNIERRoland MARX Universalis

Dans le chapitre " L'époque victorienne"  : …  L'époque *victorienne couvre la plus grande partie du xixe siècle. La reine dont elle tient son nom est montée sur le trône en 1837, à l'âge de dix-huit ans, elle est morte en janvier 1901. Mariée en 1840 à Albert de Saxe-Cobourg, qui fournit ainsi à sa dynastie une nouvelle dénomination, elle ne se consola jamais d'un veuvage… Lire la suite
ROYAUME-UNI - L'empire britannique

Écrit par :  Roland MARX

Dans le chapitre "Le heurt des doctrines"  : …  *Jamais on n'a autant discuté des destinées de la colonisation. Au premier rang, les « manchestériens », ainsi nommés parce que leur « école » a recruté ses chantres les plus connus dans les milieux de l'industrie cotonnière, dont la capitale est indéniablement la métropole du Lancashire. Ils sont politiquement représentés par Richard Cobden et John… Lire la suite
SHAFTESBURY ANTHONY ASHLEY COOPER 7e comte de (1801-1885)

Écrit par :  Roland MARX

… *Connu jusqu'en 1851 sous le nom de lord Ashley, Shaftesbury fut l'un des plus fameux philanthropes anglais de son temps. Politiquement conservateur, adversaire déclaré de tous les socialismes, adhérent du courant religieux de l'évangélisme anglican, lord Ashley a consacré sa vie publique, à partir de 1828, à lutter contre les maux évidents de la… Lire la suite

Afficher la liste complète (32 références)

 

Voir aussi

 

Bibliographie

Histoire

En français : F. Basch, Les Femmes victoriennes, roman et société, Payot, Paris, 1979

S. Baudemont, L'Histoire et la légende dans l'école élémentaire victorienne (1862-1901), Klincksieck, Paris, 1980

F. Bedarida, La Société anglaise, 1851-1975, Seuil, Paris, rééd. 1990

L'Angleterre triomphante (1832-1914), Hatier, Paris, 1974

L'Ère victorienne, coll. Que sais-je ?, P.U.F., 1997

L. Cahen, L'Angleterre au XIXe siècle, son évolution politique, Armand Colin, Paris, 1941

M. Charlot & R. Marx, La Société victorienne, ibid., 1978

K. Chesney, Les Bas-Fonds victoriens, trad. franç., Laffont, Paris, 1981

F. Crouzet, L'Économie de la Grande-Bretagne victorienne, S.E.D.E.S., Paris, 1978

De la supériorité de l'Angleterre sur la France, l'économique et l'imaginaire XVIIe-XXe siècle, Perrin, Paris, 1985

H. Grimal, De l'Empire britannique au Commonwealth, Armand Colin, 1971

« Aux sources de l'ère victorienne »

in Revue française de civilisation britannique, 1, 1980

E. Halévy, Histoire du peuple anglais au XIXe siècle, t. II, III, IV et V, 1913-1946, éd. corrigée Hachette, 1975

A. Jumeau, L’Angleterre victorienne, P.U.F., Paris, 2001

R. Marx, La Grande-Bretagne contemporaine, Armand Colin, 1973

J. P. Navailles, La Famille ouvrière dans l'Angleterre victorienne, Champ Vallon, 1983.En anglais : G. Best, Mid-Victorian Britain, 1851-1875, Weidenfeld & Nicolson, 1971

A. Briggs, Victorian People, Penguin Books, 1965

S. G. Checkland, The Rise of Industrial Society in England, 1815-1885, Longman, 1971

J. J. Dyos & M. Wolff, The Victorian City, Images and Realities, 2 vol., Routledge & Kegan Paul, 1973

C. C. Eldridge, Victorian Imperialism, Hodder & Stoughton, 1978

N. Gash, Aristocracy and People, Britain 1815-1865, Arnold, 1979

G. S. Haight, The Portable Victorian Reader, Penguin Books, 1972

H. J. Hanham, The Nineteenth Century Constitution, Cambridge Univ. Press, 1969

J. F. C. Harrisson, The Early Victorians, 1832-1851, Weindenfeld & Nicolson, 1971

R. Rhodes James, The British Revolution, Bristish Politics, 1880-1939, 2 vol., 1976, Methuen, 1978

L. C. B. Seaman, Victorian England, Methuen, 1973

P. J. Waller, Town, City and Nation, 1850-1914, Oxford U.P., 1983

B. Williams, Victorian Britain, Jarrold Publ., Andover, 2005

A. N. Wilson, The Victorians, Arrow Books, Londres, 2003.

Littérature

J. L. Althoz, Victorian England, 1837-1901 (bibliogr.), Cambridge (G.-B.), 1970

Art et littérature à l'époque victorienne, colloque, Les Belles Lettres, Paris, 1985

C. Dawson, Victorian Noon : English Literature in 1850, Baltimore, 1979

F. E. Faverty dir., The Victorian Poets. A Guide of Research, 2e éd., Cambridge (Mass.), 1969

S. M. Gilbert & S. Gubar, The Madwoman in the Attic : the Woman Writer and the Nineteenth Century Imagination, New Haven (Conn.) Londres, 1979

W. E. Houghton, The Victorian Frame of Mind, 1830-1870, Londres, 1957

L. Madden, How to Find out about the Victorian Period, Oxford, 1970

S. Marcus, The Other Victorians : a Study of Sexuality and Pornography in Mid-Nineteenth Century England, Londres, 1964

L. Stevenson dir., Victorian Fiction. A Guide of Research, Cambridge (Mass.), 1964

G. M. Young dir., Early Victorian England, 1830-1865, Londres, 1934.

 

Accueil - Contact - Mentions légales
Consulter les articles d'Encyclopædia Universalis : 0-9 A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
Consulter le dictionnaire de l'Encyclopædia Universalis
© 2015, Encyclopædia Universalis France. Tous droits de propriété industrielle et intellectuelle réservés.

chargement du média