Une certaine tentation picturale, teintée d'esthétisme et d'artifice, caractérise l'œuvre photographique de Julia Margaret Cameron, exclusivement consacrée à la figure humaine.
Personnalité excentrique, Julia Margaret, deuxième des sept sœurs Pattle, naquit le 11 juin 1815, à Calcutta ; son père, James Pattle, y exerçait de hautes fonctions à la Compagnie des Indes, et sa mère, Adeline de l'Étang, d'origine française, était célèbre pour sa beauté. C'est par un heureux hasard — un appareil photographique offert en 1863 par sa fille — que Julia Margaret, à quarante-sept ans, s'initie au maniement de la camera oscura, qui allait très vite devenir une passion dévorante. Épouse d'un juriste renommé et fortuné, elle conçoit le projet d'« immortaliser » les célébrités de son temps. Elle les côtoie, en effet, grâce aux riches alliances de ses sœurs, en particulier Sarah Prinsep, qui tenait dans sa résidence londonienne Little Holland House un salon fameux où des artistes et des intellectuels — Thackeray, Browning, Ruskin, Herschel, Millais, Rossetti, Burne-Jones — étaient des habitués. Par ailleurs, son amitié avec le peintre George Watts et le poète Alfred Tennyson, voisins immédiats de Dimbola Lodge, la grande maison de Freshwater dans l'île de Wight où vivait la famille Cameron depuis 1860, la mettait en contact avec toute l'intelligentsia de l'Angleterre victorienne. Le cénacle de l'île de Wight constituait ainsi par son atmosphère exaltée un milieu propice à la création artistique. Les liens unissant J. M. Cameron à tous ces artistes la plaçaient au sein de l'avant-garde : fervente adepte des préraphaélites, elle chercha à les égaler, notamment dans ses compositions d'imagination, mises en scène d'allégories poétiques ou de thèmes légendaires. Les photographies de ses nièces préférées (Julia Jackson, May Prinsep, Pinkie Ritchie...), représentées en héroïnes bibliques, en madones, en saintes ou en reines — variations de profils langoureux et affectés, visages chargés d'effusion vague […]
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