2. Le système continental
À Tilsit, Napoléon a atteint son apogée. L'alliance russe lui assurait la possibilité de vaincre l'Angleterre sur le plan économique. La défaite de Trafalgar avait en effet interdit tout nouveau projet de débarquement sur le sol anglais, mais les conseillers de l'empereur avaient attiré son attention sur le point faible de l'adversaire : la livre sterling. Tant d'or avait été envoyé sur le continent pour soutenir les coalitions contre la Révolution française que les finances britanniques semblaient très menacées. Frapper les exportations de l'Angleterre sur le continent, c'était abattre son crédit et contraindre le cabinet à capituler.
Depuis le début des hostilités, les Anglais, forts de leur supériorité maritime, ne pratiquaient-ils pas la saisie des marchandises à bord des vaisseaux neutres ? Par un ordre en conseil du 16 mai 1806, ne déclaraient-ils pas les côtes françaises en état de blocus ? Napoléon riposta par le décret de Berlin, le 21 novembre 1806, qui mettait à son tour en état de blocus les îles Britanniques. En réalité, faute de pouvoir bloquer la Grande-Bretagne avec une flotte, il ferma le continent tout entier aux marchandises anglaises, produits coloniaux ou objets manufacturés. De là le nom, au demeurant inexact, de Blocus continental donné au système douanier mis en place par Napoléon.
Pour que le Blocus fût efficace, il fallait qu'il fût général. Napoléon s'est ainsi trouvé acculé à une série d'annexions qui donnèrent à sa politique une apparence de mégalomanie dont la propagande adverse sut tirer parti.
Dès 1807 en effet, les troupes françaises s'étaient installées en Poméranie suédoise. En Italie, pour lutter contre la contrebande qui prenait un brusque essor depuis le décret de Berlin, l'empereur annexa Parme et Plaisance. Le pape ayant refusé d'intervenir dans un conflit temporel, ses États furent peu à peu occupés : on s'orientait ainsi vers un affrontement entre Pie VII et Napoléon. Quant au Portugal, qui restait une véritable colonie britanniq […]
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