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COMPAGNONS DE LA LIBÉRATION

Se considérant comme l'incarnation de la légitimité mais non du pouvoir légal et désireux de ne pas attribuer de croix de guerre sauf pour « exploit contre l'ennemi », le général de Gaulle, chef des Français libres, institua une décoration spécifique dès le 16 novembre 1940. L'ordonnance signée à Brazzaville, le 17, et modifiée le 7 janvier 1944, a créé l'Ordre de la Libération, « destiné à récompenser les personnes ou les collectivités militaires et civiles qui se seront signalées d'une manière exceptionnelle dans l'œuvre de Libération de la France et de son empire ». 

Initialement dénommés Croisés de la Libération – d'où peut-être les premières remises de croix en Palestine, à Katsina, le 26 mai 1941 –, les Compagnons de la Libération ont été au total, entre janvier 1941 et janvier 1946, 1059, dont 238 nommés à titre posthume et 108 morts pour la France avant la fin de la guerre. Deux croix supplémentaires furent attribuées par le général de Gaulle, unique grand maître de l'ordre, l'une à Winston Churchill le 18 juin 1958 et l'autre, à titre posthume, au roi George VI, le 4 avril 1960, à la veille du voyage officiel en Grande-Bretagne du premier président de la Ve République. Parmi les trente étrangers nommés Compagnons figurent un autre Britannique, un Allemand, quatre Américains (dont le général Eisenhower), trois Belges, un Espagnol, un Géorgien, un Néerlandais, trois Hongrois, trois Italiens, un Letton, un Libanais, un Luxembourgeois, un Marocain – le sultan Mu.hammad ibn Yūsuf, futur roi Mohammed V, honoré le 18 juin 1945 au cours d'une visite en France –, un Polonais, un Russe, trois Tchèques et un Suisse. Six femmes et 157 résistants des Forces françaises de l'Intérieur reçurent le ruban vert rayé de noir – couleurs du deuil et de l'espérance – supportant l'écu de bronze surmonté de la croix de Lorraine et, au revers, de la devise latine « patriam servando, victoriam tulit » (« En sauvant la patrie, il [elle] a remporté la victoire ».

Dix-huit unités combattantes – 3 de la marine, 5 de l'armée de l'air, 10 de l'armée de terre – restent Compagnons de la Libération ainsi que cinq communes : Nantes, Grenoble, Vassieux-en-Vercors, Paris et l'île de Sein. À l'initiative de Nantes, les villes-Compagnons sont liées, depuis le 3 décembre 1981, par un pacte d'amitié visant à conserver la mémoire de l'ordre après la disparition de ceux dont il avait consacré « les mérites illustres ». Dans la crypte du mont Valérien, le caveau réservé au cercueil du dernier compagnon est encore vide mais, dès 1971, André Malraux a décrit la dernière veillée, la montée du « silence séculaire de l'acharnement » : « Avec la phosphorescence des yeux des morts [...] l'ombre étroite qui s'allongera lentement sur la France, aura encore la forme d'une épée. »

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