4. La perception esthétique
Mais les variations dans l'appréciation des œuvres selon les différents publics ne touchent pas seulement les sujets et les formes, les contenus et les styles de représentation : elles concernent tout d'abord – et trop de recherches tendent à l'oublier – le statut même des œuvres, le fait qu'elles soient ou ne soient pas appréhendées comme des objets d'art. Car, avant même de faire l'histoire et la sociologie du goût, il convient de procéder à ce qu'on peut appeler une histoire sociale du concept d'œuvre d'art – concept qui ne va de soi que pour un public déjà familiarisé avec la culture plastique. Mais dès lors que l'on intègre à la réflexion – ne serait-ce que pour en mieux marquer les limites – ce « non-public » dont il était précédemment question, on ne peut pas ne pas s'interroger sur ce que, dans une perspective de type psychosociologique, on appelle la « perception esthétique ».
La nécessité d'une telle problématique apparaît bien, en particulier, lorsque, au lieu de s'intéresser au goût de telle ou telle catégorie de public, on prend en considération, au contraire, les réactions de dégoût, dont la forme la plus primaire, et la plus radicale, est le refus d'accorder à une œuvre un quelconque statut artistique. Ce refus peut se marquer par une simple abstention (lorsqu'on ignore l'œuvre, comme c'est le cas pour maintes « installations » publiques pratiquées par certains artistes contemporains) ; ou bien, à un stade supérieur, par une réaction verbale (rejet, insultes, moqueries) ; ou bien encore, plus radicalement, par des tentatives de destruction matérielle de l'objet en question, qui rejoignent, dans un contexte très différent, les manifestations d'iconoclasme enregistrées à la Renaissance. C'est cet Iconoclasme moderne qu'analyse Dario Gamboni dans un ouvrage sous-titré « Théorie et pratiques contemporaines du vandalisme artistique », à partir des réactions du public non averti face à une exposition de sculpture contemporaine en plein air.< […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 9 pages…



