LAUD WILLIAM (1573-1645)

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Fils d'un drapier de Reading, Laud devient chapelain du roi d'Angleterre Jacques Ier en 1611, évêque de Saint David's en 1621, protégé du duc de Buckingham, conseiller de plus en plus écouté de Charles Ier, évêque de Londres en 1628, archevêque de Canterbury et primat de toute l'Angleterre en 1633. Cette carrière éblouissante s'explique par les extraordinaires capacités de l'homme, mais surtout par la fermeté d'une doctrine politique et religieuse conforme aux aspirations autoritaires des premiers Stuarts.

Laud a voulu lier indissolublement le destin de l'Église et celui de l'État : il apporte à la monarchie le support théologique du droit divin des rois et l'endoctrinement des sujets par un clergé dévoué ; il entend obtenir pour l'Église établie un appui inconditionnel du monarque et un monopole absolu de la foi et de la pratique, sous la garantie des tribunaux royaux d'exception, dont la Chambre étoilée. Il cléricalise l'État, mais fait de la religion le pilier essentiel du pouvoir absolu. Conformément d'ailleurs aux positions antérieures de son Église, il refuse toute liberté d'interprétation de la foi, même celle qui ne porterait pas atteinte à l'unité ecclésiale, proclame la nécessité d'une discipline fondée sur l'autorité des évêques, eux-mêmes légitimes descendants des Apôtres ; il entend obtenir la réforme des abus et une vie exemplaire pour tous les clercs, en même temps qu'il leur procurera les moyens matériels d'une vie décente en favorisant une meilleure exploitation des terres d'Église et un rendement convenable de la dîme ; pratiquement maître des nominations épiscopales après 1625, il recrute des évêques dociles, souvent d'origine roturière, et les encourage à multiplier les tournées dans leurs diocèses. Il devient le champion de la lutte contre toutes les sectes « hérétiques », fait condamner par la Cour de haute commission les clercs suspects, par la Chambre étoilée les auteurs d'écrits volontiers qualifiés de séditieux (en 1636, William Prynne, John Bastwick et Henry Burton) ; il contraint pratiquement à l'exil ou à l'émigration vers l'Amérique nombre de « dissidents ». Fermement opposé au catholicisme romain, il encourt des soupçons en rétablissant dans les rites des pratiques ostentatoires, dans l'espoir de ranimer la flamme religieuse des masses, et en soutenant l'arminianisme hostile à une prédestination radicale ; il semble ainsi avoir été un ancêtre de l'« anglo-catholicisme ». Il est à l'origine de l'extension de l'Église anglicane en Irlande et surtout, en 1637, de la tentative d'instaurer en Écosse une Église semblable à l'anglaise.

Mêlé par ailleurs à toutes les affaires politiques, Laud est l'un des grands responsables de l'impopularité du régime : il s'est aliéné une fraction du clergé hostile à son autoritarisme, nombre de notables irrités par les atteintes au droit de patronage et par les aspects économiques de son action, de grandes familles qui auraient aimé pousser leurs cadets vers l'épiscopat, les partisans d'une religion plus austère, nombreux dans la bourgeoisie marchande. Il a fourni le prétexte de la révolte écossaise, qui donne le signal des premiers troubles révolutionnaires en Angleterre. Accusé de haute trahison dès décembre 1640, emprisonné en février 1641, condamné à mort par le Parlement à la fin de 1644, il est exécuté en janvier 1645. Nombre des principes de Laud seront repris, avec plus de souplesse, par l'épiscopat anglican de la Restauration.

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  • : professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

Roland MARX, « LAUD WILLIAM - (1573-1645) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/william-laud/