CRANE WALTER (1845-1915)

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Illustrateur anglais, né à Liverpool. Fils d'un portraitiste qui encourage très tôt son fils à la peinture, Walter Crane s'amuse à treize ans à décorer des livres d'encadrements floraux et d'initiales ornées ; son père le présente au graveur londonien William Linton chez qui il fait son apprentissage et qui participe à l'extraordinaire essor de la gravure sur bois. Le garçon y développe ses dons pour la décoration, étudie la gravure de Dürer et l'art japonais tout en s'intéressant à l'école des préraphaélites. La rencontre avec Edmund Evans, imprimeur spécialisé dans la production en couleurs, est décisive pour sa carrière : celui-ci comprend très vite que le talent et l'imagination de Crane seraient employés idéalement à l'illustration de livres pour enfants à propos desquels de grandes maisons d'édition se livraient à une concurrence stimulante, dans les années 1860. Crane s'engage à fond dans cette voie en élaborant pour Evans de créatifs toy-books, minces livrets de huit pages en couleurs consacrés au répertoire de contes, alphabets et nursery rhymes. Produits au rythme de trois par an, ses albums, soignés, imaginatifs et séduisants, lui apportent la renommée. Il travaille sous la direction technique et artistique d'Evans qui collabore avec les éditeurs F. Warne, M. Ward et surtout Routledge dont les collections Six Penny Toys Series ou Shilling Series se vendent très bien. L'artiste trouve l'occasion idéale de mettre en application ses idées précises sur la perception de l'image par l'enfant, sur les responsabilités de l'illustrateur vis-à-vis de l'imagination enfantine, stimulée par les couleurs vives, une ligne expressive et la représentation symbolique ; il insiste aussi sur le rôle de l'humour et du pathos.

Don Quichotte de la Manche

Photographie : Don Quichotte de la Manche

Walter Crane (1845-1915), Don Quichotte de la Manche. Collection privée. 

Crédits : Bridgeman Images

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Crane excelle dans les histoires en images (Perrault, Les Mille et Une Nuits, le folklore enfantin anglais...) qu'il présente de façon novatrice. Le texte très court, traité en bloc typographique encadré d'un filet noir et inclus dans l'image, devient ainsi un élément de la composition ; le motif narratif est utilisé à une fin décorative, tel le chat de Puss-in-Boots (1874), dont la forme sombre et stylisée structure l'espace visuel par sa triple apparition sur la même page ; la couleur enfin n'est pas un simple faire-valoir du graphisme mais devient un fondement de la conception esthétique de l'objet-livre : les coloris utilisés par Crane, bleu ciel, jaune citron, vermillon et vert prairie, cernés par des contours noirs, participent davantage à la conception décorative du vitrail qu'à une volonté de représentation réaliste. Aussi les livres que Crane illustre en noir et blanc, s'ils témoignent d'une maîtrise de la ligne (par exemple le frontispice des Household Stories de Grimm, 1882, ou, dans le même volume, la planche consacrée à Rapunzel, d'un lyrisme sophistiqué), sont-ils beaucoup moins attractifs que les petits toy-books où chaque élément, révélateur d'un savoir-faire, fait partie d'un tout : rien n'est gratuit dans cette élaboration de l'objet-livre qui attribue une fonction à la couverture, aux ornements de la page de garde, à la double page du milieu.

En artiste accompli, Crane s'intéresse aux divers aspects des arts décoratifs : tissu, céramique, tapisserie, vitrail, papier mural, décoration intérieure, etc. Il souligne en théoricien l'importance du choix du matériau, s'insurge contre le monopole du goût français Second Empire, lourd et volumineux, qui dominait alors dans l'agencement des appartements et le choix du mobilier. Ainsi prend-il avec William Morris la tête du mouvement Arts and Crafts qui réunit d'éminentes personnalités telles que Ruskin et Burne-Jones et prône le rétablissement du rôle déterminant de l'artisan dans la société. On essaie alors de retrouver les anciennes traditions du gothique anglais et Crane, à la manière de la gravure médiévale, s'exprime par une ligne forte et noire — ce qui entraîne une tendance à des formes statiques. On peut observer l'éclectisme de ses goûts en matière de décoration dans la représentation de scènes d'intérieur foisonnantes de détails : la double page de The Sleeping Beauty ou celle de The Frog Prince (1874), où abondent mobilier, vaisselle et tissus, témoigne des influences antiquisante (pot [...]

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Pour citer l’article

Laura NOESSER, « CRANE WALTER - (1845-1915) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/walter-crane/