PAPIERS PEINTS

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Dès la seconde moitié du xive siècle, en Europe, la technique de la gravure sur bois, en relief, permet de décorer des toiles ou du papier. Au xve siècle, on sait fabriquer des papiers peints de couleur unie, ou ornés de gravures faites à la planche et imitant les dessins des tissus, ou même, en Allemagne vers 1470, donner à des toiles ou à des papiers veloutés, ou « tontisses », saupoudrés d'étoffes hachées, l'apparence des velours. Théoriquement, le papier pouvait être utilisé, dès cette époque, en guise de tenture. Il reste que ce matériau était alors rare et produit en feuilles de petites dimensions ; l'état des murs, l'insuffisance du chauffage, la fragilité des couleurs, entre autres, ne permettaient d'utiliser ce revêtement fragile que dans de rares circonstances et pour de petites surfaces. Ainsi, les poutres du plafond de Christ's College, à Cambridge, étaient ornées de papiers imprimés en 1509 ; cependant, jusqu'au xviie siècle, les papiers décorés, imprimés à la planche puis peints à la main, dits dominos, ou les papiers tontisses, plus rares, n'ont guère été employés que pour couvrir et protéger les intérieurs de coffres ou de meubles. On préférait alors utiliser pour les murs, outre les badigeons ou les fresques, des étoffes imprimées, mais surtout le bois, ou des tapisseries, ou des cuirs décorés importés d'Espagne ou d'Italie.

Dans la seconde moitié du xvie siècle, cependant, on trouve en Angleterre, en guise de tentures murales, des papiers imprimés ou des tontisses ; il s'en fabrique aussi dans les Pays-Bas. Les dessins des feuilles sont conçus « à raccords », de manière à former à l'assemblage un décor continu, en lés verticaux. Les spécimens conservés font apparaître la maladresse et la grossièreté relative de ces productions, et ceux qui s'y essaient, au siècle suivant, tels un sieur Le François à Rouen (1630) et l'Anglais Jerome Lanyer (1634) qui fabriquent des tontisses sur papier et sur toile, n'obtiennent guère de meilleurs résultats.

C'est chez les « dominotiers », fabricants d'images, de cartes à jouer et de papiers décorés, que se font les progrès les plus sensibles ; chez les plus ingénieux d'entre eux au moins, tel Jean-Baptiste Michel Papillon à Paris. Celui-ci tire le meilleur parti de tous les progrès réalisés à la fin du xviie siècle (notamment par son père, Jean) en matière de gravure sur bois, d'encrage, d'assemblage et de collage des feuilles. Ses décors continus peuvent être rehaussés de couleurs imprimées et non plus peintes à la main ou au pochoir. L'Anglais Jackson, dans la première moitié du xviiie siècle, s'attache surtout à monter des décors faits de motifs d'architecture, ou de sculpture, ou de peintures célèbres. Ces perfectionnements sont dus également à la vogue croissante des papiers d'Extrême-Orient, connus en Europe dès la fin du xviie siècle, et à celle des toiles imprimées, ou indiennes, dont les techniques et les dessins font école.

Cependant, si le papier de tenture s'impose enfin, au milieu du xviiie siècle, comme un matériau d'usage courant, c'est grâce à la qualité esthétique et technique des papiers veloutés anglais (flock papers), beaux et résistants, et surtout au génie inventif de Jean-Baptiste Réveillon. Celui-ci eut, entre autres, l'idée de recourir à de véritables artistes, d'employer non plus des encres grasses mais des peintures à la détrempe qui donnent du relief au décor ; il rechercha, en outre, une production de luxe, très coûteuse, la seule qui pût rivaliser avec les boiseries, les cuirs et les étoffes alors en usage chez les gens fortunés. Les successeurs de Réveillon continuèrent dans la même perspective, tout en s'efforçant de satisfaire aussi une clientèle plus populaire. Au début du xixe siècle, Dufour à Paris et Zuber à Rixheim lancent la mode des grands décors panoramiques qui nécessitent la gravure de centaines, voire de milliers de planches, chefs-d'œuvre d'une imagerie murale encore très prisée. Les mêmes fabricants se font aussi industriels et utilisent les cylindres gravés employés dès la fin du xviiie siècle pour les étoffes. Cet usage a été rendu possible vers 1830 par la fabrication à la machine d'un papier « continu », et non plus produit en feuilles. La machine, encore, remplaçant la planche gravée appliquée à la main, permet une grande régularité d'impression, facilitée aussi par les progrès accomplis en matière d'encres et de procédés divers. Le papie [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par :

Classification

Autres références

«  PAPIERS PEINTS  » est également traité dans :

DOMINO, papier

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre SEGUIN
  •  • 374 mots

Le mot « domino », peut-être d'origine italienne, désigne dès le xv e siècle les productions d'artisans qui travaillent le papier et le carton pour en faire des plats de reliure et des boîtes ; ils impriment aussi et ils peignent des feuilles décoratives, des images et des cartes à jouer. Rabelais cite les dominotiers, que des édits de la fin du xvi e siècle associent aux tapissiers. Les dominot […] Lire la suite

MARE ANDRÉ (1885-1932)

  • Écrit par 
  • Colombe SAMOYAULT-VERLET
  •  • 262 mots

Peintre et décorateur français. Mare est peintre avant d'être décorateur, et son goût pour les valeurs traditionnelles et la qualité du travail influencera ses conceptions. Il commence par dessiner des reliures aussi bien que des meubles. Le point de départ de son succès date de son association avec le peintre et architecte Louis Süe (1875-1968) et de la fondation en 1919 de la Compagnie des arts […] Lire la suite

MORRIS WILLIAM (1834-1896)

  • Écrit par 
  • Philip Prichard HENDERSON
  •  • 1 987 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « L' influence de l'art médiéval »  : […] William Morris naît le 24 mars 1834 à Walthamstow, petit village de l'Essex situé non loin de Londres, dans une famille bourgeoise. En 1853, il entre au Exeter College de l'université d'Oxford. Il y rencontre Edward Jones, futur peintre et dessinateur qui prendra le nom de Burne-Jones. Profondément touchés par le mouvement d'Oxford au sein de l'Église anglicane, les deux amis semblent se diriger […] Lire la suite

NABIS

  • Écrit par 
  • Antoine TERRASSE
  •  • 3 179 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Rencontres, échanges, activités »  : […] C'est par Aurélien Lugné-Poe, son ancien camarade du lycée Condorcet, que Maurice Denis avait été mis en rapport avec les milieux littéraires symbolistes. Il rencontra ainsi Jean Jullien, directeur de la revue Art et Critique , puis le poète Adolphe Retté, qui le présenta à son tour à Verlaine et à Jean Moréas. Gauguin, de son côté, avait été présenté par Émile Bernard à Albert Aurier. Il allait […] Lire la suite

TONTISSE, papier de tenture

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre SEGUIN
  •  • 297 mots

Le procédé du « veloutage » qui permet d'obtenir les papiers « tontisses » est toujours en usage. Il consiste à saupoudrer d'une manière égale, avec des hachures d'étoffes et des poudres colorées, des toiles ou des papiers sur lesquels on imprime au préalable, au moyen de bois gravés ou de cylindres, un mordant incolore sur lequel se fixent les poussières de « tontures ». Ainsi apprêtés, tissus et […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jean-Pierre SEGUIN, « PAPIERS PEINTS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/papiers-peints/