UNDERGROUND RAILROAD

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Le Canada a longtemps été un lieu de refuge pour les esclaves noirs américains échappés des plantations du sud des États-Unis. En effet, quoique les États esclavagistes aient été nettement définis comme étant au sud de la ligne Mason-Dixon, qui séparait la Pennsylvanie du Maryland et se prolongeait à l'ouest, dès 1793 la loi contre les esclaves en fuite autorisait les propriétaires d'esclaves fugitifs à venir récupérer leur « propriété » dans les États du Nord. Ces derniers n'étaient donc pas un refuge sûr pour les rescapés. Au début du xixe siècle, des relais bénévoles se sont établis pour assister les esclaves en fuite, les guider, les héberger, les faire passer au Canada. Ce réseau secret, l'Underground Railroad, très efficace et bien organisé à partir de 1820, fonctionna jusqu'à la guerre de Sécession (1861). Après l'adoption par le Congrès, en 1850, d'une nouvelle loi plus sévère contre les esclaves en fuite, l'Underground Railroad connut une activité intense. On estime que plus de 100 000 esclaves l'ont utilisé.

Les routes conduisant au Canada étaient variées. Les principales partaient du Kentucky ou de la Virginie et passaient par l'Ohio, où se trouvait le réseau le plus complet. D'autres partaient du Maryland et traversaient la Pennsylvanie, l'État de New York et la Nouvelle-Angleterre. De nombreux « terminus » attendaient les Noirs au Canada où ils étaient accueillis.

La route était parfois empruntée dans les deux sens : par ceux qui s'enfuyaient vers le nord et par ceux qui retournaient dans le Sud soit pour rechercher leur famille, soit pour aider d'autres Noirs à s'enfuir. Il n'y eut que rarement des opérations montées par des Blancs pour libérer des esclaves encore chez leurs maîtres. L'expédition organisée en 1858 par le fameux John Brown dans le Missouri fit beaucoup de bruit, de même que celles de John Fairfield en Alabama et au Kentucky.

Toute aide aux fugitifs étant un délit, les membres du réseau se bornaient en réalité à accueillir ceux qui se présentaient, pratiquant avec bonne conscience une sorte de désobéissance civile. Ces organisations comportaient des Blancs comme des Noirs et il fallait parfois beaucoup de courage pour agir. Un des membres les plus célèbres fut Harriet Tubman, elle-même ancienne esclave, qui, à partir de 1848, fit plus de quinze incursions dans le Sud et réussit à sauver plus de trois cents esclaves. Sa tête était mise à prix et on bâtit bientôt autour d'elle une légende où elle était qualifiée de Moïse noire. Certains Blancs furent également très connus, comme Levi Coffin, qui organisa l'Underground Railroad et en fut surnommé le Président. Il passa trente-cinq ans de sa vie à agir au sein du réseau, tout spécialement à Cincinnati, dans l'Ohio. De même Thomas Garret qui, à Wilmington dans le Delaware, sauva des milliers de fugitifs, et fut condamné à huit mille dollars d'amende. Tous deux étaient des quakers, membres de la Société des amis. Parmi les Noirs, un ancien esclave, Frederick Douglass, fut très actif à Rochester, où il dirigeait un journal noir, The North Star. On estime que plus de 3 000 personnes firent partie de ces réseaux.

Après 1850, les sudistes se durcirent et virent dans l'Underground Railroad une provocation qui leur coûtait cher et les privait de main-d'œuvre. Beaucoup se rendirent dans le Nord pour essayer de retrouver les fugitifs.

Il existait aussi des comités de vigilance qui fournissaient de l'argent, des vêtements, des conseils juridiques et qui appuyaient le réseau.

Pour deux raisons au moins, l'existence de l'Underground Railroad a favorisé l'éclatement de la guerre de Sécession, qui devait aboutir, avec le 13e amendement à la Constitution, à la fin de l'esclavage aux États-Unis. Tout d'abord, en facilitant les évasions, le réseau permit aux esclaves noirs les plus révoltés de s'enfuir. Il agit ainsi comme une soupape de sûreté et évita que des révoltes graves n'éclatent dans le Sud. Ensuite, il contribua au ressentiment des propriétaires du Sud contre le Nord, par l'aide qu'il offrit aux fugitifs, et fut un bon moyen de propagande pour les abolitionnistes.

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  • : diplômée d'études supérieures de science politique, chargée d'études à la direction de la Documentation française

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Pour citer l’article

Martine MEUSY, « UNDERGROUND RAILROAD », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/underground-railroad/