NOIRS AMÉRICAINS

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Longtemps considérés par les Blancs américains comme des êtres inférieurs, les Noirs ont émergé peu à peu hors de la condition qui leur était réservée pour réclamer l'égalité non seulement théorique, mais réelle, dans la démocratie américaine. De là, l'importance de ce qu'on appelle couramment la « question noire » (ou « problème noir ») dans la vie quotidienne des États-Unis. Sans doute, les Noirs sont-ils inséparables de toute l'histoire des États-Unis, depuis ses origines, mais des développements nouveaux et imprévus n'ont cessé de troubler le mécanisme, en apparence parfaitement rodé, des institutions américaines.

Toutes les tentatives mises en œuvre mettent en lumière la difficulté de mener à bien la double tâche de la déségrégation et de la protection des droits civiques par des moyens non violents, dans un pays où l'autorité fédérale se heurte à l'autonomie des États. Il aura fallu des décennies pour faire admettre Blancs et Noirs dans les mêmes écoles et faire de ces derniers des électeurs de plein droit. Ainsi s'explique le recours à la violence comme moyen de libération, au cours des années 1950-1960. L'opinion fut frappée par les affrontements qui, de Philadelphie à Los Angeles, de Omaha à Detroit, opposèrent régulièrement les communautés noires et les forces de l'ordre tous les étés. Plus symptomatique encore est la formation de mouvements activistes, ouvertement armés, qui prêchent la croisade raciale. Avant même l'assassinat, demeuré mystérieux, de Martin Luther King, en 1968, la violence raciale avait été érigée en principe par certains leaders comme Malcolm X, dissident du mouvement séparatiste des Black Muslims, Stokely Carmichael et Rap Brown, qui avaient réussi à entraîner une partie de la jeunesse, et, peu après, par les Black Panthers, de Bobby Seale et de Huey P. Newton. Ces mouvements ont disparu du fait de la répression mais aussi de leurs propres contradictions, mais il est significatif que, pour certains, la solution du « problème noir » doive encore être cherchée dans l'affrontement, et non dans la concorde.

Lyndon Johnson et Martin Luther King, 1964

Photographie : Lyndon Johnson et Martin Luther King, 1964

Le président des États-Unis Lyndon Johnson et le pasteur Martin Luther King (1929-1968), militant des droits civiques, en 1964. 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Instauration de la ségrégation

L'esclavage

Les Noirs sont intimement liés à tout le développement économique des colonies anglaises, puis des États-Unis, mais n'ont guère posé de problème jusqu'à leur émancipation, en 1863-1865, au moment de la guerre de Sécession.

Les premiers Noirs furent débarqués sur le continent nord-américain, en 1619, à Jamestown, en Virginie, en tant que « travailleurs sous contrat ». Ils firent immédiatement apprécier leurs services dans ce pays chaud, riche, mais dépourvu de main-d'œuvre, puisque les Blancs supportaient difficilement le climat et que les Indiens se refusaient à travailler pour eux.

L'importation des Noirs alla de pair avec le développement des plantations dans les colonies du Sud et du Centre, mais resta très limitée en Nouvelle-Angleterre où, pour des raisons sociales et climatiques, la plantation ne pénétra jamais. Pendant les xviie et xviiie siècles, les négriers de Bristol ou de Newport (Rhode Island) débarquèrent par milliers des Noirs africains, achetés à vil prix sur les côtes de Guinée et revendus dans les villes du Sud ou les ports des Antilles. Ils étaient principalement employés dans la culture du riz, de l'indigo, de la canne à sucre et surtout du tabac, la principale production des plantations au xviiie siècle. Esclaves, ils ne possédaient aucun droit, pouvaient être vendus comme une simple marchandise, avec ou sans famille, suivaient le sort de la plantation à laquelle ils étaient attachés. Leur maître possédait un droit absolu sur eux, puisqu'ils n'avaient aucune capacité juridique.

Traite des Noirs

Photographie : Traite des Noirs

Des Africains arrachés à leur terre sont enchaînés et entassés dans la cale d'un navire négrier. Après la traversée de l'Atlantique, ils seront esclaves au Nouveau Monde. Gravure, 1835. 

Crédits : Rischgitz/ Getty Images

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Au moment de l'Indépendance, on estime leur nombre à environ 700 000, dont plus des trois quarts dans le Sud. À titre d'exemple, le Massachusetts en comptait alors 5 000, et l'État de New York, 20 000. Aucune mention n'est faite des Noirs dans la Constitution de 1787, si ce n'est qu'ils étaient pris en compte pour les trois cinquièmes de leur nombre pour la délimitation des circonscriptions électorales et la réparti [...]

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Lyndon Johnson et Martin Luther King, 1964

Lyndon Johnson et Martin Luther King, 1964
Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Traite des Noirs

Traite des Noirs
Crédits : Rischgitz/ Getty Images

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Charleston en ruines

Charleston en ruines
Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Portrait de Booker T. Washington, H. O. Tanner

Portrait de Booker T. Washington, H. O. Tanner
Crédits : The State Historical Society of Iowa/ Des Moines

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  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Paris
  • : chargé de recherche au Centre d'études et de recherches internationales

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Pour citer l’article

Claude FOHLEN, Daniel SABBAGH, « NOIRS AMÉRICAINS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/noirs-americains/