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Les années Khrouchtchev (1953-1964)

La disparition de Staline marque une étape décisive, la fin d'une époque, sinon la fin d'un système. Elle révèle « le paradoxe d'un système prétendument inscrit dans les lois du développement social, et dans lequel tout dépend tellement d'un seul homme que, cet homme disparu, le système a perdu quelque chose qui lui était essentiel » (François Furet). En quelques années, l'Union soviétique passe d'un système qui peut être qualifié de totalitaire à un système autoritaire et policier. Les années Khrouchtchev sont à la fois celles de la sortie de la dictature stalinienne – dépénalisation des relations sociales, fin des répressions de masse, déstalinisation mesurée – et celles des derniers grands mythes et des dernières mobilisations (retour au léninisme, construction du communisme, campagne du maïs, conquête des terres vierges, etc.).

Khrouchtchev aux Nations unies

Photographie : Khrouchtchev aux Nations unies

Le 29 septembre 1960, lors de la quinzième session de l'Assemblée générale des Nations unies, Nikita Khrouchtchev (1894-1971) sort de ses gonds lors d'un discours du Premier ministre britannique Harold MacMillan (1894-1986). 

Crédits : Hulton Getty

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Les luttes pour la succession (1953-1957)

Staline ayant délibérément agi comme si sa succession ne devait jamais s'ouvrir, sa disparition suscite un immense désarroi dans la population et d'intenses luttes de succession. Malenkov prend la tête du gouvernement, Khrouchtchev choisit la direction de l'appareil du parti, Beria garde le contrôle sur le puissant ministère de l'Intérieur. En quelques semaines, des mesures spectaculaires sont prises, annonciatrices d'un nouveau climat politique. Le 27 mars 1953, une amnistie permet la libération de plus d'un million de détenus (les « politiques » étant exclus du bénéfice de cette mesure). Le 4 avril, la Pravda annonce que l'affaire des médecins avait été montée de toutes pièces par la police politique. Le désarroi d'une population désorientée par la disparition du guide suprême s'accroît encore quand il apparaît que c'est Beria lui-même qui semble prendre la tête du combat pour le rétablissement de la « légalité socialiste ». La crainte de voir Beria élargir son influence et ses clientèles bien au-delà de l'appareil omnipotent de la police politique pousse les autres dirigeants à se coaliser contre lui ; il est arrêté le 26 juin 1953 et exécuté. Les conditions de la chute de Beria, la dissimulation de son exécution derrière un faux procès, les chefs d'accusation fantaisistes, dans la plus pure tradition stalinienne, retenus contre lui, témoignent des difficultés de passer à un système où l'arbitraire céderait le pas à la légalité.

Après la chute de Beria, les luttes de succession mettent aux prises Malenkov et Khrouchtchev. En s'attaquant résolument à l'un des principaux problèmes de l'économie soviétique, l'agriculture, Khrouchtchev prend l'avantage. Au plénum du comité central de septembre 1953, il fait adopter un substantiel relèvement des prix payés par l'État aux kolkhozes, mesure indispensable pour éviter un effondrement complet de l'agriculture. Ces hausses s'accompagnent d'un abaissement des taxes sur le produit des ventes au marché libre. En mars 1954, Khrouchtchev fait entériner un vaste projet de mise en valeur des terres vierges du Kazakhstan et de l'Altaï (37 millions d'ha, soit 30 p. 100 de la superficie cultivée du pays). Durant quelques années, le pari des terres vierges est payant : en 1956-1957, l'URSS engrange la plus forte récolte céréalière de son histoire (125 Mt). En 1955, Khrouchtchev lance une nouvelle mobilisation, la campagne du maïs. En deux ans, dix-huit millions d'hectares sont ensemencés, y compris dans des régions peu propices à cette culture. Déjà s'affirment ces actions désordonnées, intempestives, autour d'un projet fétiche, si caractéristiques des années 1950.

Tout en capitalisant à son profit les premiers résultats encourageants des réformes agricoles, Khrouchtchev engage un train de mesures visant à dépénaliser les rapports sociaux : abolition des lois de 1938-1940 qui instituaient la responsabilité pénale pour les retards et les absences au travail, élaboration d'un nouveau code pénal, moins répressif, suppression des collèges spéciaux jugeant les affaires relevant de la police politique, profondément réorganisée (sous le nom de Comité à la sécurité d'État ou KGB). Ce cours nouveau est d'autant plus apprécié qu'il s'accompagne d'une amélioration de la situation matérielle (durée hebdomadaire du travail ramenée de 48 à 42 heures ; âge de la retraite abaissé à 60 ans pour les hommes, 55 ans pour les femmes ; construction accélérée de logements : + 80 p. 100 pour la période 1955-1964).

En politique internationale, les années 1953-1956 sont marquées par l'instauration de relations privilégiées avec la Chine (accord de coopération, 26 mars 1953, visite de Khrouchtchev à Pékin en octobre 1954), par la réconciliation avec la Yougoslavie (voyage de Khrouchtchev, Boulganine et Anastassi Mikoyan à Belgrade du 26 mai au 3 juin 1955) aux conditions de Tito, et par la recherche empirique d'un début de détente avec l'Occident. L'évolution des relations Est-Ouest se manifeste dans l'empressement des dirigeants soviétiques à mettre fin à la guerre de Corée, puis dans leur volonté d'aboutir dans les négociations de Genève (1954). Le principal problème reste celui du réarmement de l'Allemagne. Si le projet de Communauté européenne de défense (CED) échoue finalement, au grand soulagement de Moscou, l'inclusion de la RFA dans l'OTAN (Paris, octobre 1954) entraîne le gouvernement soviétique à mettre sur pied le pacte de Varsovie (mai 1955). En mai 1955, l'URSS, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France signent le « traité d'État » garantissant la neutralité de l'Autriche. Ce traité contribue à atténuer la tension Est-Ouest. En septembre 1955, le voyage à Moscou du chancelier Konrad Adenauer, qui établit des relations diplomatiques entre la RFA et l'URSS, témoigne de la vigueur de « l'esprit de Genève », un état d'esprit qui débouche, au XXe congrès du PCUS (14-25 février 1956), sur la théorie de la « coexistence pacifique ».

Anastassi Ivanovitch Mikoyan et John F. Kennedy, 1962

Photographie : Anastassi Ivanovitch Mikoyan et John F. Kennedy, 1962

L'homme d'État soviétique Anastassi Ivanovitch Mikoyan (1895-1978) rencontre le président des États-Unis John F. Kennedy (1917-1963), le 1er décembre 1962, à la Maison-Blanche, après la crise de Cuba. 

Crédits : Hulton Getty

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Nikita Khrouchtchev et Tito, 1963

Photographie : Nikita Khrouchtchev et Tito, 1963

Le numéro un soviétique Nikita Khrouchtchev (1894-1971), à droite, et le président yougoslave Tito (1892-1980) en croisière le long des côtes de l'Istrie, en 1963. 

Crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

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Le XXe congrès du PCUS se réunit le 14 février 1956 pour faire le point sur le chemin parcouru depuis la mort de Staline et entériner les évolutions qui s'étaient produites au cours des trois dernières années. Khrouchtchev souligne l'importance de la détente internationale, fondée sur la « nouvelle ligne générale de la politique extérieure de l'URSS, la coexistence pacifique » et reconnaît le pluralisme des voies menant au socialisme. Ce qui fait cependant du XXe congrès un événement majeur de l'histoire soviétique est la divulgation, par Khrouchtchev, après la clôture officielle du congrès, devant les seuls délégués soviétiques, du Rapport secret. Ressort de ce texte une nouvelle image de Staline – celle [...]

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1914 à 1939. De Sarajevo à Dantzig

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Nicolas WERTH, « U.R.S.S. - Histoire », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/u-r-s-s/